Le Hezbollah a reçu 200 M de $ de l’Iran – sources

Washington conteste, affirmant que le groupe terroriste 'tente de sauver la face' ; le Hezbollah chercherait à rétablir sa présence dans les zones pilotes du Sud-Liban

Des personnes rassemblées près d'un portrait géant de l'ancien chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sur la place Tahrir, à Bagdad, le 26 septembre 2026, pour marquer le deuxième anniversaire de son élimination lors d'une frappe israélienne de grande envergure contre la banlieue sud de Beyrouth, au Liban. (Crédit : Murtadha Ridha/AFP)

Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a reçu 200 millions de dollars de l’Iran pour venir en aide aux Libanais déplacés par la guerre de cette année contre Israël, ont déclaré deux personnes ayant une connaissance directe de ce transfert. Il s’agirait de la première aide significative apportée par ce groupe terroriste à ses partisans.

Les États-Unis ont contesté cette affirmation. Dans un communiqué, le porte-parole du département d’État américain, Tommy Pigott, a déclaré que cet argent « n’existait pas », accusant le Hezbollah de « tenter de sauver la face avec de fausses informations concernant des afflux de liquidités en provenance d’Iran ».

Selon ces sources, le Hezbollah aurait reçu cet argent le mois dernier, malgré le resserrement de l’étau économique américain sur l’Iran et les difficultés croissantes à acheminer des fonds vers le proxy libanais de Téhéran.

Les intermédiaires qui ont acheminé l’argent ont prélevé une commission de 20 %, reflétant les risques liés aux relations avec le groupe terroriste. L’un d’entre eux a indiqué que ce montant représentait quatre fois la commission habituelle.

Interrogé à ce sujet, un responsable du Hezbollah a déclaré qu’une somme avait été obtenue et qu’un plan de distribution serait annoncé dans les prochains jours, sans donner plus de détails sur la provenance des fonds.

Le ministère iranien des Affaires étrangères, la mission permanente de l’Iran à Genève et le gouvernement libanais n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

Un homme arborant un drapeau du Hezbollah passant en voiture devant un bâtiment endommagé à la suite d’un cessez-le-feu entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais, dans la ville de Nabatiyeh, au sud du Liban, le 22 juin 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Début mars, le Hezbollah a attaqué Israël pour soutenir son parrain, l’Iran, alors que ce dernier faisait face à une offensive israélo-américaine. Les bombardements et l’invasion du sud du Liban qui ont suivi ont contraint des centaines de milliers de partisans chiites du groupe terroriste à fuir leurs foyers.

Mais ces personnes déplacées n’ont jusqu’à présent reçu que peu, voire aucune aide de la part du Hezbollah, groupe terroriste créé en 1982 par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien qui a essuyé de lourdes défaites face à Israël après avoir déclenché deux guerres depuis 2023.

Pigott, du département d’État américain, a déclaré que le Hezbollah avait causé des souffrances aux Libanais et avait lui-même été décimé, tandis que Téhéran, son soutien, souffrait d’un blocus américain sur ses exportations de pétrole.

« Les États-Unis continueront d’étrangler les finances du Hezbollah par le biais de sanctions, tout en soutenant la capacité du gouvernement légitime du Liban à reconstruire le sud du pays », a ajouté Pigott.

Aide à 50 000 familles

Le Hezbollah utiliserait ces fonds pour verser une aide initiale de 3 000 dollars par famille, en donnant la priorité à celles dont les villages ont été détruits ou sont inaccessibles en raison de la présence des forces israéliennes, ont indiqué les sources. Celles-ci s’élèvent à environ 50 000 familles, a précisé l’une des sources.

Malgré des années de sanctions américaines paralysantes, l’Iran a maintenu son soutien financier au groupe terroriste chiite libanais : il a transféré 1 milliard de dollars au Hezbollah au cours des dix premiers mois de 2025, selon le département du Trésor américain.

Téhéran n’a jamais reconnu financer le Hezbollah. La politique iranienne consistant à financer des proxys régionaux a déjà suscité par le passé la colère de la population contre les dirigeants religieux et pourrait s’avérer particulièrement sensible à l’heure où les difficultés s’aggravent en Iran.

Des personnes réagissant tandis que le secrétaire général du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, Naïm Qassem, s’adresse à la foule via un écran lors de la première journée des commémorations de l’Achoura au mausolée de l’ancien dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 17 juin 2026. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

L’Iran avait promis davantage de financement au groupe terroriste chiite libanais après la signature, en juin, d’un accord provisoire entre Téhéran et Washington autorisant l’Iran à vendre son pétrole, avait rapporté Reuters à l’époque. Cet accord a échoué en juillet.

Depuis, Washington a intensifié la pression économique sur l’Iran, en durcissant les sanctions et en imposant un blocus naval pour bloquer les exportations de pétrole iranien.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré dans un discours le mois dernier que le groupe terroriste contribuerait prochainement à un projet visant à loger des milliers de personnes déplacées par la guerre, en utilisant « les ressources disponibles et les dons », sans donner plus de détails.

La capacité du Hezbollah à financer des services locaux et à fournir une aide post-conflit a par le passé contribué à renforcer son soutien. À la suite de la guerre avec Israël en 2006, le groupe avait immédiatement distribué d’importantes sommes d’argent aux personnes touchées et s’était empressé d’aider à la reconstruction de son fief dans la banlieue sud de Beyrouth.

Mais cette fois-ci, il n’y a guère eu de signes de reconstruction. Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a déclaré le mois dernier que le coût total de la reconstruction après les deux guerres depuis 2024 pourrait dépasser les 27 milliards de dollars.

Une guerre coûteuse

Les deux sources n’ont fourni aucun détail sur la manière dont l’argent est parvenu au Liban.

L’une d’elles a indiqué qu’il était de plus en plus difficile pour le Hezbollah de transférer des fonds via les sociétés financières qui traitaient autrefois ces transferts. Ces sociétés, basées en Irak et à Dubaï, n’étaient plus une option, et elles subissaient désormais également des pressions en Turquie, a précisé la source.

Une pelleteuse creusant tandis que les secouristes recherchent des survivants parmi les décombres à la suite d’une frappe aérienne israélienne menée pendant la nuit sur le village de Kfar Roummane, dans le sud du Liban, le 7 septembre 2026. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Les adversaires du Hezbollah considèrent que l’argent est actuellement « l’oxygène » du groupe terroriste, a ajouté la source. Malgré les difficultés à obtenir des financements, le Hezbollah n’a pas cessé de rémunérer ses combattants ni de verser des indemnités aux familles des personnes tuées au combat.

Au Liban, la guerre a infligé un lourd tribut à la communauté musulmane chiite dont le Hezbollah tire son soutien. Israël a rasé des villages dans une bande de territoire conquise dans le sud du pays, affirmant agir ainsi pour protéger le nord d’Israël des attaques du groupe terroriste.

Le Hezbollah a déclaré vouloir rétablir sa présence dans les zones pilotes du Sud-Liban

Le Hezbollah mène également des activités limitées dans les trois zones pilotes du sud du Liban après le retrait de l’armée israélienne et l’autorisation donnée aux Forces armées libanaises (FAL) de s’y déployer, a rapporté mercredi la chaîne publique Kan.

Les troupes israéliennes ont commencé à se retirer des zones pilotes en juillet dans le cadre d’un plan négocié par les États-Unis. Ce plan prévoyait que les troupes de l’armée libanaise confisquent les armes du Hezbollah dans certaines parties du sud du Liban, ainsi qu’un retrait progressif des troupes israéliennes, qui sont censées quitter le Liban à terme.

Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, qui avait été repoussé au nord du Litani, chercherait désormais à rétablir sa présence dans les localités de Zawtar al-Gharbiyeh, Froun et Srifa, en s’appuyant sur des acteurs locaux et en recueillant des renseignements.

Une personnalité politique libanaise opposée au Hezbollah a déclaré à Kan que le gouvernement ne remplissait pas son rôle, ajoutant que le désarmement du groupe terroriste était au moins aussi crucial que le retrait d’Israël.

« Si le Hezbollah s’installe partout où Israël se retire, cela constitue également un point critique », a-t-il ajouté.

Un soldat libanais se tenant devant une maison détruite après son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiyeh, au sud du Liban, le 26 juillet 2026. (Crédit : Ahmad Mantash/AP)

Tsahal n’a pas immédiatement commenté cette information.

Par ailleurs, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a indiqué qu’un de ses postes avait été pris pour cible par des tirs d’armes légères près de la frontière avec Israël, mercredi, sans faire de victimes.

« Ce matin, plusieurs salves de tirs d’armes légères ont atteint une position de la FINUL près de Kfar Shouba, le long de la Ligne bleue, dans le secteur est », a déclaré la force de l’ONU dans un communiqué, en référence à la frontière de facto entre Israël et le Liban.

Les Casques bleus ont qualifié ces tirs « d’inacceptables »

« De telles attaques délibérées mettent gravement en danger la vie des soldats de la paix », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle menait une enquête sur cet incident.

La FINUL n’a pas précisé qui elle soupçonnait d’avoir pris pour cible ce poste. Tsahal n’a pas immédiatement réagi à ces allégations.

Sous la pression des États-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé en août de fixer à décembre la fin du mandat de la FINUL, déployée depuis 1978.

Le mois dernier, le Premier ministre libanais a insisté à l’ONU sur la nécessité « d’éviter le vide » qui résulterait du retrait de la mission de maintien de la paix déployée dans le sud du pays sans qu’un remplacement viable soit prévu.

Un véhicule blindé de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) passant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, sur une photo prise depuis une position située au nord d’Israël, près de la frontière avec le Liban, le 22 juillet 2026. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

La FINUL compte actuellement 7 500 casques bleus provenant d’une cinquantaine de pays.

Israël soutient depuis longtemps que la FINUL a échoué dans sa mission, n’ayant guère empêché le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah de renforcer ses effectifs près de la frontière israélienne au fil des décennies.

Les attaques israéliennes au Liban auraient fait plus de 4 300 morts depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé, qui ne fait pas de distinction entre terroristes et civils.

L’armée israélienne a déclaré avoir tué plus de 2 500 terroristes du Hezbollah, dont des centaines appartenant à la force d’élite Radwan du groupe terroriste, depuis début mars.

Quarante soldats de Tsahal et un contractuel civil du ministère de la Défense ont été tués dans le sud du Liban au cours de la même période. Deux civils ont également été tués par des roquettes du Hezbollah, et un civil israélien a été tué par erreur dans le nord lors d’un bombardement d’artillerie israélien.

read more: