Le legs des Schwam au Chambon-sur-Lignon : 4 millions d’euros évaporés, la commune au bord de la tutelle

Quatre ans plus tard, les finances sont au plus mal, les projets en suspens, et la préfecture pourrait reprendre la main

La mairie du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire. (Crédit : Havang(nl)/Wikimedia commons)

C’est une histoire qui devait honorer le passé et bâtir l’avenir. En 2021, le petit village du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, héritait d’un legs exceptionnel de plus de 4 millions d’euros. Un don venu d’un couple autrichien, Erich et Charlotte Schwam, tous deux décédés en 2020. L’homme et sa famille juive avaient trouvé refuge ici pendant la Seconde Guerre mondiale. Sauvé par la population locale, il a voulu, en retour, soutenir les enfants de cette commune, leurs écoles, leur avenir. Quatre ans plus tard, les finances sont à sec, et la préfecture envisage une mise sous tutelle de la mairie, ont rapporté fin juin Le Progrès et Le Parisien.

La tension est montée d’un cran lors d’une récente réunion publique. Les habitants étaient si nombreux qu’une seconde réunion a dû être organisée dès le lendemain. En cause, un budget municipal déséquilibré, qui a poussé le préfet à enclencher une procédure exceptionnelle. Si le conseil ne parvient pas à adopter un nouveau budget à l’équilibre, la commune perdra la main sur ses finances.

Ce legs, l’un des plus importants jamais reçus par une commune de cette taille, provenait en grande partie de placements financiers, et de la vente d’un bien immobilier. Une ultime somme de 500 000 euros, issue d’une assurance vie, est arrivée encore cette année dans les caisses. Mais pour une partie de l’opposition municipale, l’argent a été englouti dans des dépenses mal calibrées, loin des intentions du couple donateur. « Erich Schwam voulait que ce don profite aux enfants. Or, les dépenses de fonctionnement ont bondi, des projets onéreux ont été lancés sans étude sérieuse, et l’école maternelle, qui devait être rénovée, n’a même pas vu le début des travaux », accuse un élu interrogé par Le Parisien.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 500 000 euros pour une salle d’exposition qui n’a jamais été finalisée, près d’un demi-million pour un aménagement de plage peu subventionné, et un chantier d’école initialement estimé à 2,5 millions, désormais évalué à plus de 4,6 millions… sans qu’un seul coup de pelle n’ait été donné. Depuis 2022, les élus de la majorité semblent avoir poursuivi leurs projets coûteux comme si de rien n’était. Le maire, sollicité à plusieurs reprises par Le Parisien, n’a pas souhaité répondre.

Selon plusieurs conseillers municipaux, il n’y aurait pas de détournement de fonds. Mais des erreurs, des choix discutables, et une gestion insuffisamment rigoureuse. Pour certains Chambonnais, le malaise est avant tout moral : ce legs n’était pas un simple cadeau, mais un symbole. Un geste de mémoire, de reconnaissance. « Le minimum aurait été de maintenir les bourses d’études promises en hommage à ce couple. Depuis des mois, la commission ne s’est même plus réunie », souffle un élu toujours auprès du Parisien. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de redresser les comptes. Il faut aussi retrouver du sens. « Cet argent nous a été confié avec foi. On ne peut pas le dilapider sans rendre des comptes. »

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