Un Juif lègue 2 M d’euros au Chambon-sur-Lignon, où il s’était réfugié enfant
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Un Juif lègue 2 M d’euros au Chambon-sur-Lignon, où il s’était réfugié enfant

Erick Schwam a offert à la commune de Justes de Haute-Loire qui l'a sauvé pendant la Shoah la majeure partie de ses biens

La mairie du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire. (Crédit : Havang(nl)/Wikimedia commons)
La mairie du Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire. (Crédit : Havang(nl)/Wikimedia commons)

Erick Schwam était un survivant de la Shoah né le 21 octobre 1930 en Autriche. Décédé le 25 décembre dernier chez lui à la Tour-de-Salvagny (Rhône), il a légué ses biens au Chambon-sur-Lignon, commune de Justes de la Haute-Loire, où sa famille juive fuyant les nazis avait trouvé refuge en 1943, a rapporté le journal local L’Éveil de la Haute-Loire.

Le maire Jean-Michel Eyraud, élu en 2020, évoque un montant « conséquent pour la commune ». L’édile ne le précise pas à ce stade car un notaire doit encore calculer l’étendue des biens et charges de l’homme.

La presse locale rapporte néanmoins que le legs – une maison avec jardin, un appartement, une assurance vie, des comptes en banque – serait d’une valeur totale de deux millions d’euros, selon Éliane Wauquiez-Motte, ancienne maire du Chambon-sur-Lignon.

« Il ne s’est jamais étendu sur son passé », a-t-elle expliqué. « Je sais simplement qu’il avait été caché comme tant d’autres et qu’il avait fréquenté le collège Cévenol. Je l’avais rencontré une première fois dans sa maison près de Lyon. Une habitation somme toute assez modeste. »

Sans enfant, l’homme avait perdu son épouse âgée de 90 ans en janvier 2020. Il avait contacté la municipalité une première fois en 2013 pour leur faire part de son projet de legs, puis à nouveau l’année dernière.

L’homme a également inscrit dans son testament quelques associations telles que la SPA, l’association d’aide aux enfants « À chacun son Everest » et une fondation de lutte contre la douleur, qui recevront un total de 500 000 euros.

« Concernant notre commune, il a émis le vœu que cet argent soit surtout consacré à la jeunesse » et à l’éducation, notamment sous la forme de bourses, a déclaré Éliane Wauquiez-Motte. Elle salue ce « très beau geste en direction de ce village qui l’a protégé ». La somme léguée serait – de loin – la plus importante dont a bénéficié la commune.

Après être passé par le camp de Rivesaltes, le défunt a vécu de 1943 à 1950 au Collège Cévenol, sur les terres protestantes du plateau du Vivarais-Lignon, où sa famille autrichienne, qui fuyait le régime nazi, avait trouvé refuge, selon M. Eyraud.

« Après des études de pharmacie, il a épousé une catholique de la région lyonnaise », précise le maire. L’histoire de sa vie et de celle de sa famille a été rapportée par Le Parisien. Erick Schwam, discret et secret, était un ancien haut responsable de laboratoires pharmaceutiques lyonnais. Il a ainsi travaillé chez Gerda puis Lipha (devenu depuis Merck-Lipha).

Le Chambon-sur-Lignon, 2 251 habitants, est situé entre Le Puy-en-Velay et Valence. Le village et ceux environnants ont reçu le titre de « Justes parmi les nations » du gouvernement israélien en 1990 pour avoir sauvé entre 2 500 et 5 000 Juifs pendant la guerre. Depuis cette date, un jardin et une stèle rendent hommage à la région du Chambon au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem. Depuis 2006, la commune est jumelée avec celle de Meitar, située au nord-est de Beer Sheva, en Israël.

La commune a notamment caché le futur mathématicien Alexandre Grothendieck et l’écrivain André Chouraqui. C’est également dans cette commune qu’est venu Albert Camus en 1942-1943 pour y faire soigner sa tuberculose. Il y a écrit le livre Le Malentendu et travaillé sur La Peste et L’Homme révolté. Un lieu de mémoire commémorant l’acte d’héroïsme des habitants de l’époque a été inauguré dans la commune en 2013.

Chambon-sur-Lignon, surnommée la « montagne-refuge » par les historiens, est l’une des deux seules communes à avoir reçu collectivement en 1990 du gouvernement israélien le titre de « Juste parmi les nations » – avec celle de Nieuwlande, aux Pays-Bas.

En mai 2019, elle a d’ailleurs accueilli les troisièmes « Journées des Justes », organisées par la LICRA.

Fidèle à sa tradition, le village a aussi accueilli des « boat people », des prêtres réfractaires durant la Révolution ou des Républicains pendant la Guerre civile espagnole.

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