Gaza-City: Macron dénonce « un désastre » ; l’Italie envisage de sanctionner Israël

Le président français veut donner 'la priorité' à 'une mission de stabilisation sous mandat de l'ONU' ; Guido Crosetto estime que le gouvernement israélien a 'perdu la raison et son humanité'

Le président français Emmanuel Macron attend le Premier ministre libanais avant leur déjeuner de travail au palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 24 juillet 2025. (Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

La France et l’Italie ont dénoncé lundi les plans de guerre d’Israël à Gaza, cette dernière déclarant qu’elle envisageait des sanctions, alors que Jérusalem prévoyait d’étendre ses opérations et de prendre le contrôle de Gaza-City.

Le président français Emmanuel Macron a réitéré lundi sa proposition d’une « mission de stabilisation sous mandat de l’ONU » pour sécuriser la Bande de Gaza, dénonçant « un désastre annoncé » et « une fuite en avant dans la guerre permanente » après l’annonce du plan israélien de conquête de Gaza-City.

L’annonce faite par les autorités israéliennes « d’une expansion de son opération à Gaza ville et aux camps de Mawasi et d’une réoccupation par Israël constitue un désastre annoncé d’une gravité sans précédent et une fuite en avant dans la guerre permanente », a déclaré le président français, selon l’Elysée.

Israël a déclaré que son armée allait conquérir Gaza-City dans le cadre d’un plan approuvé par le cabinet de sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a suscité une vague de critiques internationales et alarmé les familles des otages, qui craignent que cette initiative ne mette en danger la vie de leurs proches. Le Premier ministre israélien affirme de son côté que cette option est « le meilleur moyen de terminer la guerre » contre le Hamas à Gaza.

Les otages israéliens et les populations de Gaza « vont continuer d’être les premières victimes de cette stratégie », a ajouté Macron.

Emmanuel Macron propose « une coalition internationale sous mandat de l’ONU », « la priorité » pour « lutter contre le terrorisme, stabiliser Gaza, soutenir ses populations et mettre en place une gouvernance de paix et de stabilité ».

« Nous en avons posé les seules bases crédibles avec l’Arabie saoudite à New York, en obtenant pour la première fois un appel unanime à un désarmement du Hamas et à la libération des otages par les acteurs régionaux », a-t-il ajouté.

L’idée d’une telle mission avait été avancée le 30 juillet lors d’une conférence à l’ONU qui avait abouti à une déclaration de 17 pays, dont le Qatar et l’Egypte. Cette mission serait destinée notamment à protéger la population civile, à « soutenir le transfert des responsabilités de sécurité » à l’Autorité palestinienne et à fournir des « garanties de sécurité pour la Palestine et Israël, y compris la surveillance » d’un futur cessez-le-feu, avait-il été décidé.

« Le Conseil de sécurité doit maintenant travailler pour mettre en place cette mission et la doter d’un mandat. J’ai demandé à mes équipes d’y travailler sans tarder avec nos partenaires », a conclu le président Macron.

Par ailleurs, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto estime que le gouvernement israélien a « perdu la raison et son humanité » quant à la situation à Gaza et évoque la possibilité de sanctions, dans un entretien lundi dans le quotidien La Stampa.

Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, s’exprimant lors d’une conférence de presse, à Tokyo, au Japon, le 14 décembre 2023. (Crédit : David Mareuil/Pool Photo via AP)

« Ce qui est en train de se passer est inacceptable. Nous ne faisons pas face à une opération militaire avec des dommages collatéraux, mais à la négation pure du droit et des valeurs fondatrices de notre civilisation », argumente Crosetto.

« Nous sommes engagés sur le front de l’aide humanitaire mais, au-delà des condamnations, nous devons à présent trouver le moyen de forcer » le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu « à penser avec clarté », ajoute-t-il.

Interrogé sur de possibles sanctions internationales contre Israël, le ministre a estimé que « l’occupation de Gaza et certains actes graves en Cisjordanie marquent » une intensification des actions militaires « face à laquelle des décisions doivent être prises ».

« Ce ne serait pas contre Israël mais une manière de sauver ce peuple d’un gouvernement qui a perdu la raison et son humanité », poursuit Crosetto.

« Nous devons toujours distinguer les gouvernements des Etats et des peuples et des religions qu’ils professent. Cela vaut pour Netanyahu et pour (le président russe Vladimir) Poutine, dont les méthodes, dorénavant, sont devenues dangereusement similaires », conclut le ministre.

L’Italie a refusé de se joindre à d’autres nations pour reconnaître un Etat palestinien. Crosetto a défendu cette décision en disant que « reconnaître un Etat qui n’existe pas risque de tourner à la provocation politique dans un monde qui meurt sous les provocations ».

Des soldats de l’armée israélienne en opération, dans la bande de Gaza, sur une photo diffusée le 11 août 2025. (Crédit : Armée israélienne)f

Ces commentaires français et italien surviennent après que Netanyahu a défendu dimanche le nouveau plan d’Israël, affirmant qu’« Israël n’a pas d’autre choix que de finir le travail et de vaincre complètement le Hamas », et insistant sur le fait que l’État hébreu ne cherchait pas à occuper définitivement la bande de Gaza.

« Nous contrôlons environ 70 à 75 % de Gaza, sous contrôle militaire », a-t-il déclaré.

« Mais il nous reste deux bastions, d’accord ? Il s’agit de Gaza-City et des camps centraux d’al-Mawasi. »

Interrogé sur les critiques formulées par les dirigeants mondiaux à l’égard de la guerre, il a répondu que « certains ont peut-être choisi d’oublier le 7 octobre. Nous n’oublierons pas ce qui s’est passé, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre notre pays, notre peuple et notre avenir. Nous gagnerons cette guerre, avec ou sans le soutien des autres. »

Israël est en guerre contre le Hamas depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut des communautés du sud d’Israël, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.

Israël a réagi en lançant une campagne militaire dont l’objectif vise à détruire le Hamas, à l’écarter du pouvoir à Gaza et à libérer les otages. Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Vingt d’entre eux seraient encore en vie.

Le ministère de la santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, affirme que plus de 60 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent. Ce bilan, qui ne peut être vérifié et qui ne fait pas la distinction entre terroristes et civils, inclut les quelque 20 000 terroristes qu’Israël affirme avoir tués au combat et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Israël affirme s’efforcer de minimiser les pertes civiles et souligne que le Hamas utilise les Gazaouis comme boucliers humains, en menant ses combats depuis des zones civiles, notamment des maisons, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.

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