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Le musée « maudit » des antiquités de Jérusalem rouvre ses portes ; il pourrait devenir un hôtel

Le musée archéologique Rockefeller abrite quelque 60 000 objets plusieurs fois millénaires, notamment des ornements uniques provenant de la mosquée Al-Aqsa et de l’église du Saint-Sépulcre

Par une belle journée d’automne, un groupe de visiteurs arpentait la cour du musée archéologique Rockefeller à Jérusalem-Est, admirant son élégant agencement, avec ses fontaines et ses colonnades à l’ombre de son imposant dôme octogonal.

Alors que les visiteurs contemplaient les exceptionnels objets archéologiques multiséculaires, le guide a entraîné le groupe au coin d’une colonnade, attirant leur attention sur une modeste pierre déposée sur un piédestal bas.

« Cette pierre fait référence à l’un des premiers événements décrits à la fois dans la Bible et dans d’autres sources », a expliqué le guide, Itay Gat, aux visiteurs, parmi lesquels je me trouvais. « Grâce à cette pierre qui mentionne le raid mené [contre le royaume de Juda] par le pharaon Shoshenq Ier, en 930 avant l’ère commune, nous pouvons relier la chronologie égyptienne aux événements de la Bible et savoir quand ils se sont produits. »

Ni l’emplacement de la pierre ni le panneau qui l’accompagne ne laissent présager de son importance, a fait remarquer le guide.

« Telle est l’essence du musée Rockefeller », a déclaré Gat. « Tout ce que nous savons sur l’archéologie en Israël est lié à son exposition et aux 60 000 découvertes qui sont conservées dans ses réserves. »

Si le public peut profiter — durant des horaires limités — de l’une des collections archéologiques les plus impressionnantes du pays, l’avenir du Rockefeller reste toutefois incertain. Les autorités discutent en effet de la possibilité de le céder à des propriétaires privés, voire même de le transformer en hôtel.

Le musée a été complètement fermé au public pendant près de deux ans, après que l’Autorité des antiquités d’Israël a transféré son siège social du complexe vers le nouveau Campus national Jay et Jeanie Schottenstein pour l’archéologie d’Israël.

Le guide Itay Gallai Gat présente une pierre datant du Xe siècle, portant une inscription faisant référence au raid mené par le pharaon Shoshenq Ier contre le royaume de Juda, également mentionné dans la Bible, exposée au musée archéologique Rockefeller à Jérusalem le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

En juillet, le musée de la Tour de David, dans la Vieille Ville, a lancé une nouvelle initiative, organisant chaque semaine des visites guidées du musée archéologique Rockefeller, situé à proximité. Les participants doivent s’inscrire à l’avance. Une visite en anglais est organisée une fois par mois.

Parmi les objets uniques exposés au musée figure une statue du pharaon égyptien Ramsès III, datant du XIIe siècle avant l’ère commune, trouvée à Beth Shean. Il s’agit du seul exemple de statue monumentale égyptienne découverte en Israël. Les visiteurs peuvent également admirer le squelette presque complet d’un Sapiens vieux de 100 000 ans, des bijoux et des poteries uniques s’étalant sur plusieurs millénaires et mis au jour dans la région, ainsi que de superbes décorations en bois et en marbre retirées il y a des années à l’occasion des travaux de rénovation de la mosquée Al-Aqsa et de l’église du Saint-Sépulcre.

Le berceau de la recherche archéologique israélienne

Pendant près de 20 ans, le musée a également accueilli la plupart des légendaires manuscrits de la mer Morte, qui ont ensuite été transférés au Musée d’Israël. La bibliothèque dans laquelle les chercheurs les examinaient et travaillaient est toujours là, avec ses étagères vides, ainsi que ses tables et ses chaises en bois vieillies.

Vestiges du palais de Hisham, datant du VIIIe siècle de l’ère commune, près de Jéricho, exposés au musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiés le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Tout comme la pierre de Shoshenq, le musée semble lui aussi avoir presque été oublié, dans un coin de Jérusalem. Situé à seulement quelques pas de la Vieille Ville, près de la porte d’Hérode, le musée se trouve toutefois dans la partie palestinienne de la ville, un secteur que nombre de visiteurs israéliens et internationaux ont tendance à éviter.

Ainsi que le souligne Gat, le musée Rockefeller incarne pleinement les vicissitudes de Jérusalem au cours du siècle dernier.

Son histoire a commencé dans les années 1920, lorsque « les Britanniques ont décidé qu’il serait intéressant de conserver les antiquités et les découvertes archéologiques là où elles avaient été trouvées plutôt que de les ramener chez eux », explique le guide.

Au cours des décennies précédentes, les découvertes les plus précieuses issues des premières expéditions archéologiques européennes à travers le monde avaient été ramenées dans la mère patrie, et présentées dans des musées, à Paris et à Londres.

John D. Rockefeller en 1907. (Crédit : Wikipedia)

L’architecte britannique Austen Harrison a donc été chargé de concevoir le musée. Un manque de fonds a toutefois entraîné la suspension du projet jusqu’à ce qu’un archéologue américain, James Henry Breasted, qui menait des fouilles à Megiddo avec le soutien financier de la famille Rockefeller, propose de convaincre ses bienfaiteurs de soutenir le musée. Le magnat du pétrole John D. Rockefeller fit alors don de deux millions de dollars au projet, permettant à la construction de débuter en 1930.

Le musée a finalement été inauguré en 1938. Il s’appelait alors Musée archéologique de Palestine (PAM). La cérémonie avait été gâchée par le meurtre choquant de l’archéologue britannique James Leslie Starkey, qui se rendait à Jérusalem depuis Lachish, où il menait des fouilles, pour assister à l’événement.

C’est cette tragédie, ainsi que le fait que plusieurs personnalités clés à l’origine de sa création ne vécurent pas assez longtemps pour le voir achevé, parmi lesquelles Breasted et Rockefeller, décédés en 1934 et 1937, et Harrison, qui avait quitté la région avant l’inauguration, qui ont valu à l’institution sa réputation de « musée maudit ».

La Jordanie, lorsqu’elle a occupé Jérusalem Est en 1948, a pris le contrôle du musée. L’établissement est alors rapidement devenu le centre de recherche où ont été apportés les nombreux manuscrits anciens retrouvés dans des grottes autour de la mer Morte.

Les premières recherches sur les manuscrits de la mer Morte, au musée Rockefeller de Jérusalem-Est. (Crédit : Autorisation du laboratoire des manuscrits de la mer Morte, IAA)

Pendant la guerre des Six Jours, en 1967, Israël a pris le contrôle de Jérusalem-Est.

« Dès le deuxième jour de la guerre, plusieurs archéologues israéliens se sont rendus au musée, malgré les tirs jordaniens, afin de s’assurer que rien n’arriverait aux manuscrits de la mer Morte », a raconté Gat.

Les manuscrits et certains autres artefacts soigneusement choisis ont finalement été transférés au Musée d’Israël.

« À l’époque, tout cela suscité un débat sur la légalité du transfert des découvertes archéologiques des territoires conquis ici à Jérusalem vers un autre endroit », a noté Gat.

La bibliothèque vide du Musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiée le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Le Musée d’Israël n’a pas tardé, ensuite, à se voir chargé de gérer le Rockefeller et de le maintenir ouvert au public, une mission dont il s’est acquitté gratuitement jusqu’en 2023. Le complexe abritait en outre le Département israélien des antiquités, devenu plus tard l’Autorité israélienne des antiquités (IAA).

Après le déménagement du siège de l’IAA dans le nouveau bâtiment, à côté du Musée d’Israël et de la Knesset, le Rockefeller est resté fermé au public pendant près de deux ans. Jusqu’à la nouvelle initiative de la Tour de David.

« Des décennies durant, le Musée d’Israël a assuré la gestion du Musée archéologique Rockefeller, investissant des sommes considérables dans la conservation de ses objets archéologiques, qui sont inestimables », a fait savoir le Musée d’Israël dans un communiqué au Times of Israel.

« Suite à la récente guerre, compte tenu de la baisse du nombre de visiteurs et au vu de l’annonce unilatérale, fin octobre 2023, des autorités gouvernementales de leur intention de renoncer à leurs responsabilités envers le Musée archéologique Rockefeller, le Musée d’Israël a été contraint de le fermer temporairement », peut-on lire dans le communiqué, qui précise qu’il faudrait reconsidérer ses activités futures.

Un avenir incertain

Actuellement, le sort du musée fait l’objet de discussions au sein d’une commission interministérielle présidée par le directeur général du ministère du Patrimoine, incluant des représentants des ministères de la Culture, du Tourisme, de l’Éducation, des Finances et du Logement, ainsi que du cabinet du Premier ministre et de l’IAA.

Parmi les options envisagées par la commission figure la vente ou la location du musée à des entités privées. L’institution serait alors transformée en hôtel ou en centre touristique privé, ainsi que le mentionne un document datant de décembre 2023 consulté par le Times of Israel et confirmé le mois dernier par un porte-parole du ministère du Patrimoine.

Le Dr David Gurevich de l’université Ariel, membre du Conseil archéologique israélien, au musée archéologique Rockefeller en septembre 2025. (Autorisation de Batel Karmi)

« Il s’agit des découvertes les plus importantes faites dans la région – géographique – de la Palestine, du mandat britannique puis de la Jordanie avant 1967 », a indiqué le Dr David Gurevich de l’université Ariel, membre du Conseil archéologique israélien, qui conseille le gouvernement et les entités publiques, notamment l’IAA, sur les questions liées aux antiquités. (Quelques artefacts exposés ont toutefois été ajoutés au musée après 1967.)

« Depuis le début, le bâtiment et ses expositions devaient être un monument historique du patrimoine local pour l’un et une ressource publique pour tous pour les autres », a-t-il expliqué au Times of Israel lors d’une interview téléphonique.

Selon Gurevich, c’est un motif d’ordre financier qui serait à l’origine de la fermeture et de l’éventuel changement de destination du musée.

« Il se produit actuellement les choses suivantes : les organismes gouvernementaux ne parviennent pas à se mettre d’accord sur qui va payer pour faire fonctionner le musée. S’ensuit une tentative de modifier la fonction du bâtiment, et de le convertir en un hôtel de luxe privé », a-t-il ajouté.

Gurevich a souligné que lui-même et le conseil s’efforçaient de bloquer cette initiative et de sensibiliser la population.

« D’après ce que j’ai compris, il s’agit d’une somme d’environ 10 millions de shekels par an », a-t-il précisé. « Il est inconcevable d’envisager qu’un tel patrimoine de l’humanité puisse être cédé. »

Figé dans le temps

Les deux salles principales du musée, la galerie sud, où sont exposés des objets datant de l’âge de pierre à l’âge du bronze (3700-1200 avant l’ère commune), et la galerie nord, qui couvre l’âge du fer (1200-586 avant l’ère commune) et la période ottomane (1517-1917 de l’ère commune), n’ont pratiquement pas changé depuis les années 1930.

Des milliers d’objets sont ainsi présentés les uns à côté des autres, dans des vitrines et sur des étagères, sans aucune explication pour la grande majorité d’entre eux, comme souvent dans les musées de la première moitié du XXe siècle.

La galerie sud du musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiée le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Un petit bout de papier, sur lequel figure le numéro permettant de le retrouver dans les catalogues du musée, est placé à côté de chaque objet.

« La majorité de ces numéros sont ceux qui ont été écrits à la main dans les années 1930, et qui n’ont pas été changés », explique Gat.

Certaines des découvertes les plus marquantes exposées au musée bénéficient de salles qui leur sont entièrement consacrées.

Il s’agit notamment des panneaux de bois sculptés provenant de la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple, connu des musulmans sous le nom d’al-Haram al-Sharif, ou le Noble Sanctuaire, qui avaient été retirés à l’occasion de travaux de rénovation en 1938, à la suite des dommages causés à la mosquée par deux tremblements de terre au cours des décennies précédentes. Les chercheurs, en se basant sur des éléments stylistiques, ont estimé qu’ils avaient été fabriqués au VIIIe siècle de l’ère commune, au début de la construction de la mosquée.

Anciens panneaux en bois retirés de la mosquée Al-Aqsa lors de travaux de restauration dans les années 1930, exposés au musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiés le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

Ils sont ornés de superbes décorations à motifs floraux et géométriques, conformément à la tradition islamique, qui évite toute représentation humaine ou animale. L’une des poutres porte une inscription en grec, ce qui suggère qu’elle faisait à l’origine partie d’une église, probablement du VIe siècle; dans l’Antiquité, en effet, la réutilisation des matériaux de construction provenant de structures préexistantes était une pratique courante.

« Ces artefacts appartiennent toujours au Wafq musulman », a affirmé Gat, faisant référence à l’autorité religieuse jordanienne qui gère les sites islamiques du Mont du Temple. « Si quelqu’un souhaite les étudier, alors il doit demander leur autorisation. »

Dans la pièce voisine, des linteaux en marbre provenant du Saint-Sépulcre illustrent un type d’art très différent. Fabriqués pendant la période des croisades, il y a environ 800 ans, ces artefacts ont également été retirés sous le mandat britannique, dans l’objectif de les préserver. Dans la pierre sont sculptées des images d’hommes, de femmes et de créatures mythiques, de centaures, de sirènes et d’animaux hybrides, ainsi que certaines scènes du Nouveau Testament.

Des linteaux vieux de 800 ans provenant de l’église du Saint-Sépulcre, exposés au musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiés le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

« Le Rockefeller est l’un des bâtiments les plus beaux et les plus intéressants construits sous le mandat britannique, et sa collection est exceptionnelle », a souligné Eilat Lieber, directrice et conservatrice en chef du musée de la Tour de David, à Jérusalem, au Times of Israel lors d’une interview téléphonique.

« La Tour de David se consacre à l’histoire de Jérusalem. Ces dernières années, nous avons décidé d’étendre nos activités et d’organiser des visites dans d’autres quartiers de la ville », a-t-elle ajouté. « Comme nous savions que le Rockefeller était fermé depuis deux ans, nous avons saisi l’occasion et mis en place ces visites spéciales. »

La Tour de David travaille en coopération avec l’IAA. Celle-ci ouvre le musée pour les visites, et la municipalité prend en charge le coût de la navette organisée par la Tour de David pour transporter les visiteurs au Rockefeller depuis la station de tramway Givat Hamivtar. Le tarif de la visite s’élève à 100 shekels.

Eilat Lieber, directrice et conservatrice en chef du musée de la Tour de David à Jérusalem. (Crédit : Yuval Yosef/Musée de la Tour de David)

Au cours des trois premiers mois, plus de 1 000 personnes ont ainsi participé à une visite guidée du Rockefeller.

« Nous avons constaté un vif intérêt », a déclaré Lieber.

La Tour de David, a-t-elle expliqué, ne participe pas aux discussions sur l’avenir du musée.

« Notre intérêt pour cet espace est uniquement d’ordre historique et culturel. C’est un véritable joyau de Jérusalem », a-t-elle noté.

On ignore, si le musée était loué ou vendu, ce qu’il adviendrait des 60 000 découvertes archéologiques qu’il abrite.

La cour du musée archéologique Rockefeller à Jérusalem, photographiée le 5 septembre 2025. (Crédit : Rossella Tercatin/Times of Israel)

La commission interministérielle n’a pas encore formulé sa recommandation quant à l’avenir du Rockefeller. Mais l’IAA a confié au Times of Israel avoir demandé à se faire attribuer de nouveau la responsabilité de l’établissement.

« Pour l’Autorité israélienne des antiquités, le musée Rockefeller est le siège historique et symbolique de l’archéologie de la Terre d’Israël », affirme un communiqué publié par un porte-parole de l’IAA.

« L’Autorité a officiellement demandé que la gestion du musée lui soit restituée, afin de promouvoir sa réouverture », ajoute le communiqué, promettant que l’IAA « fera tout ce qui est en son pouvoir pour que le musée Rockefeller redevienne, ainsi qu’il le mérite, une institution vivante, aux contenus riches ».

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