Le Premier ministre arménien réagit froidement à la reconnaissance par Israël du génocide

Nikol Pashinyan laisse entendre que cette décision était motivée par des considérations politiques, dans un contexte de détérioration importante des relations entre Israël et la Turquie

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan s'adressant aux journalistes, le 29 juin 2026. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a réagi avec froideur à la récente décision d’Israël de reconnaître officiellement le génocide commis contre son peuple par l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale.

« Nous estimons qu’il est dans l’intérêt de la République d’Arménie de ne pas entrer dans le débat sur l’instrumentalisation du génocide arménien. Par conséquent, nous ne voyons pas la nécessité d’y répondre », a répondu Pashinyan aux journalistes qui l’interrogeaient lundi sur la décision israélienne.

Pashinyan a laissé entendre que cette décision était motivée par des considérations politiques, Israël s’étant abstenu pendant des décennies de reconnaître le génocide arménien afin de ne pas contrarier justement la Turquie, autrefois alliée devenue ennemie jurée.

Les relations entre Israël et la Turquie se sont en effet considérablement détériorées depuis le déclenchement de la guerre à Gaza par le groupe terroriste palestinien du Hamas, et le président turc Recep Tayyip Erdogan en est venu à comparer régulièrement Israël aux nazis, accusant l’armée israélienne de commettre un « génocide » à Gaza.

Les commentaires de Pashinyan comptent parmi les premiers à provenir d’Erevan, qui était restée silencieuse depuis que le gouvernement israélien avait voté, dimanche, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien. Les propos tenus par le Premier ministre aux journalistes le lendemain ont permis de comprendre pourquoi.

Erdogan a décidé de s’exprimer mardi, rejetant la décision du gouvernement israélien qui devrait être approuvée par la Knesset dans les prochains jours.


La Turquie a mené une campagne acharnée pour empêcher les pays de reconnaître officiellement ces massacres d’Arméniens survenus vers 1915 comme un génocide, alors que les Arméniens faisaient pression en ce sens.

Les historiens estiment qu’entre 800 000 et 1,5 million d’Arméniens ont été tués par les Turcs ottomans à l’époque de la Première Guerre mondiale, événement largement considéré comme le premier génocide du XXᵉ siècle. La Turquie nie toutefois que ces morts constituent un génocide, affirmant plutôt que le bilan a été exagéré et que les personnes tuées étaient victimes d’une guerre civile et de troubles.

« Nous ne prêtons absolument aucune attention aux calomnies proférées contre notre pays par ce réseau criminel qui a sur les mains le sang de 73 000 innocents de Gaza, pour la plupart des enfants et des femmes », a déclaré Erdogan à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres, dans une allocution télévisée.

« Notre histoire est exempte de génocide, de massacres, d’oppression et de colonialisme », a assuré Erdogan dont le pays occupe notamment la partie nord de Chypre depuis 1974.


La Turquie et l’Arménie n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles et leur frontière est fermée depuis 1993. Ces dernières années, les deux pays ont toutefois engagé des pourparlers de normalisation, dans le cadre desquels des émissaires spéciaux se sont rencontrés pour discuter de la réouverture de la frontière et du rétablissement des relations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réagi mardi soir, en demandant à Erdogan de « se calmer » face à sa rhétorique de plus en plus hostile envers Israël.

Interrogé lors d’une interview sur la Quatorzième chaîne pour savoir si les récentes déclarations en provenance de Turquie l’inquiétaient, il a répondu : « Bien sûr que cela m’inquiète. »

Netanyahu a affirmé que « ce qui se passe en Turquie est le résultat du déclin de la puissance iranienne ».


« L’Iran incarne l’axe chiite extrémiste, tandis que la Turquie représente l’axe des Frères musulmans – un mouvement tout aussi extrémiste. »

« Les propos d’Erdogan, selon lesquels il souhaite détruire Israël et régner à nouveau sur Jérusalem – je pense qu’il a oublié que les 400 ans de domination ottomane ont pris fin. Aujourd’hui, il existe ici un État fort appelé Israël. Il y a Tsahal. Il y a le peuple d’Israël. Et il y a un gouvernement israélien. Il serait sage de sa part de se calmer », a recommandé le Premier ministre.

« Nous ne laisserons personne menacer notre existence. Nous ne laisserons personne menacer notre sécurité. Et je pense que nous avons démontré de quoi nous sommes capables », a-t-il ajouté.

Erdogan et d’autres hauts responsables turcs ont récemment intensifié leurs menaces à l’encontre de Jérusalem ; au début du mois, le ministre turc de l’Intérieur avait ainsi appelé le pays à « libérer » Jérusalem. Certains médias occidentaux et israéliens ont rapporté qu’Erdogan avait déclaré, lors d’un office religieux marquant la fin du ramadan en mars 2025 : « Puisse Allah, au nom de son nom, détruire et ravager l’Israël sioniste. »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev (à gauche) saluant leurs partisans lors de la cérémonie d’inauguration des 250 000 logements construits après le séisme, à Kahramanmaras, sur cette photo diffusée le 19 juin 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence turque/AFP)

L’Azerbaïdjan, allié proche de Jérusalem, a également condamné lundi la reconnaissance par Israël du génocide arménien, la qualifiant de « déformation des faits historiques » et exhortant le gouvernement israélien à revenir sur cette décision.

L’Azerbaïdjan, qui a connu plusieurs cycles de conflit avec l’Arménie voisine, adopte la même position que la Turquie.

Cependant, contrairement à Ankara, Bakou entretient des relations étroites avec Israël et s’est imposé ces dernières années comme un partenaire régional clé de Jérusalem. Israël dépend fortement du pétrole azerbaïdjanais et est un important fournisseur d’armes à Bakou.

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