Le gouvernement reconnaît à l’unanimité le génocide arménien
"Il n'est jamais trop tard pour bien faire", a dit Gideon Saar ; Israël alertera Washington sur les menaces du président turc
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Dimanche, le gouvernement a approuvé à l’unanimité une proposition visant à ce qu’Israël reconnaisse officiellement le génocide arménien.
« Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, dans un communiqué en hébreu concernant cette décision.
« Ce génocide effroyable, qui s’est produit il y a plus de cent ans et dont les faits historiques ne font véritablement l’objet d’aucune contestation, a entraîné le meurtre d’un million et demi de personnes et la destruction d’un patrimoine culturel et historique ancestral », a-t-il ajouté.
« À mon sens, il est de notre devoir moral, en tant que Juifs – et a fortiori en tant qu’État du peuple juif – de prendre la décision que nous avons prise aujourd’hui. Je tiens à remercier le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour son soutien, ainsi que mes collègues ministres pour leur appui », a déclaré le ministre des Affaires étrangères.
Saar avait déclaré la semaine dernière qu’il proposerait dimanche une résolution du Conseil des ministres visant à reconnaître officiellement le génocide perpétré contre le peuple arménien durant les dernières années de l’Empire ottoman – une initiative qui ne manquera pas de provoquer la Turquie, pays rival. Les Arméniens réclament depuis longtemps la reconnaissance internationale, en tant que génocide, des massacres survenus au début du XXᵉ siècle, qui ont coûté la vie à environ 1,5 million de leurs compatriotes.
La Turquie, État successeur de l’Empire ottoman, rejette fermement l’idée que les massacres, les emprisonnements et les déportations forcées d’Arméniens aient constitué un génocide.
Jusqu’à présent, Jérusalem s’était abstenu de reconnaître les atrocités de la Première Guerre mondiale comme un génocide, craignant que cela ne nuise à ses relations avec Ankara. Cependant, les relations se sont fortement détériorées depuis l’arrivée au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdoğan, et en particulier depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 en Israël et de la guerre qui s’en est suivie à Gaza – où le dirigeant turc a évoqué un « génocide ». Netanyahu avait déclaré pour la première fois l’an dernier qu’il reconnaissait ce génocide.
Interrogé samedi soir pour savoir s’il soutenait cette proposition, Netanyahu a déclaré qu’il n’avait jamais cherché à faire obstacle à cette initiative ni à aucune proposition antérieure, affirmant : « Je la soutiens sans aucun doute », mais il a refusé de se prononcer sur d’éventuelles inquiétudes quant à la réaction de la Turquie.
La Turquie a ainsi dénoncé dimanche la reconnaissance par Israël du génocide arménien commis en 1915 par Ankara comme une « décision politique » visant à couvrir, « les crimes » commis, selon elle, par l’armée israélienne à l’encontre de la population palestinienne à Gaza.
« Le gouvernement israélien, qui a systématiquement persécuté le peuple palestinien sous les yeux du monde entier et qui est actuellement jugé devant la Cour internationale de justice pour génocide à l’encontre de la population de Gaza, cherche à dissimuler ses propres crimes avec la décision politique qu’il a adoptée concernant les événements de 1915 », a estimé le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.
Selon les informations données par les médias israéliens, que le Times of Israel a pu se faire confirmer par le cabinet du Premier ministre, Benjamin Netanyahu aurait indiqué qu’Israël prenait « très au sérieux » les propos du président turc contre l’État juif et en parlerait aux États-Unis.
« Il ne se passe pas un jour, ou presque, sans qu’Erdogan n’appelle à la destruction de l’État d’Israël. Nous prenons ces mots très au sérieux, car s’il y a une chose que nous avons apprise de l’histoire de notre peuple, c’est que lorsque quelqu’un dit qu’il a l’intention de vous détruire, il vaut mieux le prendre au sérieux », a déclaré le Premier ministre, selon les propos rapportés.
« Nous attirerons également l’attention de nos amis américains sur ces propos. Nous ne faisons pas la sourde oreille », a-t-il dit aux autres membres du cabinet.
Ces derniers temps, Erdogan et d’autres hauts responsables turcs ont multiplié les menaces contre Jérusalem, le ministre turc de l’Intérieur ayant appelé en début du mois à ce que le pays « libère » Jérusalem.
Depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023, Erdogan est l’un des dirigeants étrangers les plus critiques envers Israël, accusant Jérusalem de « génocide » à Gaza, saluant les mandats d’arrêt de la CPI pris à l’encontre des dirigeants israéliens et appelant l’ONU à recommander l’usage de la force contre Israël.
Selon certains médias occidentaux et israéliens, Erdogan aurait, lors des prières de fin de Ramadan, en mars 2025, demandé à Dieu de détruire Israël, en disant : « Puisse Allah, pour l’amour de son nom… détruire et dévaster l’Israël sioniste. »
Souvent élogieux d’Erdogan, le président américain Donald Trump a laissé entendre, la semaine passée, que ce dernier se serait rangé du côté de Téhéran lors de la guerre israélo-américaine contre l’Iran parce qu’il n’aime pas Israël, la Turquie n’ayant en revanche donné aucun signe de préparation au conflit.
Le même jour, Trump avait dit se préparer à vendre des armes à la Turquie avant un prochain sommet de l’OTAN sur place, avec à la clef des chasseurs furtifs F-35 et des dizaines de moteurs d’avion — une perspective qui inquiète Jérusalem depuis plusieurs mois.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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