Édito

Le vol flydubai FZ1073 : un miracle mais surtout une piqûre de rappels

Ce drame évité a permis de souligner à quel point les 'responsables' politiques n'assument rien - trois ans après le pogrom du 7-Octobre

Sur cette photo de presse prise et obtenue le 30 septembre 2026, on voit des passagers du vol FZ1073 de flydubai, reliant Dubaï à Tel Aviv, à l'intérieur de l'aéroport Prince Sultan bin Abdulaziz de Tabuk, après que leur avion a été contraint d'atterrir en Arabie saoudite en raison d'une tentative présumée de crash de l'appareil par le copilote. (Autorisation : source anonyme/AFP)

Cet édito a été envoyé mercredi aux membres de la communauté du Times of Israël. Si vous souhaitez recevoir ces éditos dès leur publication, rejoignez notre communauté en cliquant ici.

Il y a tout juste une semaine, 180 passagers et membres d’équipage d’un vol d’une compagnie émiratie reliant Dubaï à Tel Aviv ont frôlé de (très) près la mort : un co-pilote de nationalité omanaise voulait faire s’écraser l’avion rempli majoritairement d’Israéliens. Une attaque terroriste qui est survenue sept jours avant le troisième anniversaire du 7-Octobre et qui a été manifestement directement inspirée des attaques du 11-Septembre. Un drame qui a pu miraculeusement être évité grâce à l’héroïsme du commandant de bord de nationalité indienne, Smit Machchhar, associé au courage de passagers israéliens pour le moins aguerris.

Comme il y a très exactement trois ans, à la suite du pire pogrom mené contre des Juifs depuis la Shoah par une horde de terroristes palestiniens aidés de civils complices assoiffés de haine, aucun de ceux qu’on appelle « responsables » politiques n’a jugé judicieux d’assumer ce qu’on appelle à juste titre « sa part » de responsabilité, en présentant sa démission ou même de simples excuses. Les mêmes « responsables » politiques sont toujours à leurs postes alors qu’un autre drame majeur vient encore de se produire sous leur mandat à cause de leurs négligences.

Y aura-t-il cette fois une enquête ? Non, bien sûr que non. Comme l’a très bien relevé l’ex-chef du Conseil de sécurité national (NSC), Eyal Hulata, la demande d’enquête formulée par le Premier ministre est avant tout un leurre. S’exprimant lundi sur la radio de l’armée, Galei Tsahal, Hulata a affirmé qu’une enquête menée par l’actuel chef du NSC, Shmuel Ben Ezra, ne serait rien d’autre qu’une manœuvre de dissimulation, étant donné que le NSC est l’organe chargé de prévenir des situations telles que l’attaque contre le vol flydubai FZ1073 en assurant la coordination avec les instances concernées, parmi lesquelles figurent en l’occurrence le ministère des Transports, l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et l’agence de renseignement du Mossad.

« Il y a quelque chose de louche dans la manière dont toute cette affaire est gérée », a conclu Hulata.

Trois ans après les massacres de ce samedi noir et dont les plaies ne se sont toujours pas refermées, ces mêmes responsables politiques refusent catégoriquement d’entamer un quelconque travail d’enquête car ils veulent choisir ceux qui enquêteront sur eux et sur leur manquements funestes. Alors vous comprendrez qu’une tentative d’attaque terroriste, à près d’un mois d’un scrutin électoral pour le moins décisif quant à l’avenir du seul État juif de la planète mais surtout décisif pour leur survie politique, ça attendra. Et ce, bien que la presse rapporte chaque jour une longue liste de défaillances en matière de sécurité et de conflits d’intérêts présumés, ces mêmes soi-disant « responsables » ne vont quand même pas se précipiter pour faire – enfin – ce qu’il y a à faire : rendre des comptes. Il ne faut pas rêver, voyons !

« Tout comme Netanyahu a éludé une enquête sur le massacre du 7-Octobre, il se soustrait à ses responsabilités aujourd’hui, » a ainsi tristement résumé le chef de l’opposition, Yair Lapid, le chef du gouvernement préférant ignorer cette nécessaire injonction biblique, « Tzedek, tzedek tirdof ». « La justice, la justice, tu poursuivras ».

« Surtout en ce moment, alors qu’ils s’efforcent tant de s’éloigner de la vérité à mesure que le temps passe et que nous n’obtenons pas de réponses. Nous sommes toujours prisonniers de la boucle de cette journée, coincés là. Il n’y a aucune demande de pardon, aucune prise de responsabilité et aucune leçon tirée pour que cela ne se reproduise plus », a déploré Haviva Mann, la sœur d’Amit, secouriste du Magen David Adom et instructrice de cours de secourisme originaire du kibboutz Beeri. Une autre Israélienne héroïque.

Amit Mann, secouriste du Magen David Adom et instructrice de cours de secourisme, a été assassinée par des terroristes du Hamas qui ont pris d’assaut le dispensaire du kibboutz Beeri où elle soignait les blessés, le 7 octobre 2023. (Crédit : MDA)

Mais imaginez un seul instant que le drame n’ait pas été évité : qu’Israël ait dû ajouter 174 noms à sa liste, déjà trop longue, de victimes du terrorisme ; que nous ayons dû assister, trois ans après les milliers autres, à 174 enterrements supplémentaires — sans compter ceux des 472 militaires tués et les 3 004 blessés lors de l’incursion terrestre à Gaza visant à détruire le Hamas et ses trop nombreux alliés. Pensez-vous que Netanyahu se serait précipité à l’aéroport pour accueillir les victimes, à moins d’un mois des élections ? Pensez-vous que la ministre des Transports, sa fervente alliée Miri Regev, aurait si rapidement balayé d’un revers de main un quelconque lien entre le drame et les attendus de son poste ?

Tous dans le même bateau ou plutôt dans le même avion

Ce vol flydubai FZ1073 résume à lui tout seul ces trois années écoulées, mais pas seulement : les leçons qui n’ont pas été apprises, les indices fatalement ignorés. Il rappelle ce sentiment de répétition parfois même lassant, d’être en permanence pris pour cible, – même dans les airs – d’avoir à toujours être sur ses gardes, à toujours se justifier ou se défendre.

« Cette semaine, nous commémorons le 53e anniversaire de la guerre de Kippour et le troisième anniversaire du 7-Octobre, deux catastrophes douloureuses, deux échecs, liés par un élément commun. La leçon que nous devons tous tirer de ces deux guerres, c’est que la perspective d’une attaque surprise doit tous nous préoccuper », a ainsi rappelé ce mercredi le chef de l’état-major, Eyal Zamir.

En 2026, les Israéliens et les Juifs du monde entier continuent d’être honnis, agressés, pourchassés, hurlés dessus, insultés, doxés, renvoyés de leur travail, traités de « génocidaires » ou de « sionistes » – que sais-je encore. Ils reçoivent des mises en garde de ce fameux NSC contre un risque accru d’attaques terroristes fomentées contre eux. Ainsi, le NSC encourage les Israéliens à ne pas parler hébreu dans les lieux très fréquentés, à éviter les manifestations et à ne rien publier sur les réseaux sociaux indiquant qu’ils ont servi dans l’armée ou les services de sécurité. En d’autres termes, le NSC nous encourage à nous cacher, à nous auto-censurer pour survivre – en 2026. Jusqu’à quand ? Ça doit être à coup sûr le goût de la « victoire totale » promise par Netanyahu et son équipe remplie de « responsables » politiques ou encore les promesses solennelles (vaines) des nombreux dirigeants dans le monde pour lutter contre l’antisémitisme tandis que des partis politiques en plein essor censés s’occuper d’écologie votent des motions mettant le sionisme et le racisme sur le même plan ou que des gouvernements de pays alliés survivent à un vote de confiance après une polémique liée à une visite en Israël…

Mais ce n’est pas tout. Le 7 octobre 2000, trois soldats israéliens – Adi Avitan, Benyamin Avraham et Omar Soued – se faisaient piéger par le Hezbollah. Des enlèvements qui sont survenus quelques mois seulement après le retrait de l’armée israélienne du Sud-Liban en mai 2000, et en plein début de la Seconde intifada, qui a éclaté fin septembre 2000. Les mêmes ennemis. Jusqu’à quand ?

Et on peut malheureusement remonter encore plus loin, une délégation israélienne menée par Zeev Elkin est actuellement en Ukraine pour commémorer le 85ᵉ anniversaire du massacre de Babi Yar, au cours duquel les nazis et leurs collaborateurs ont assassiné plus de 33 000 Juifs en deux jours seulement. Jusqu’à quand ?

Magie inexplicable d’Israël et de son peuple

Mais ce vol flydubai FZ1073 peut s’avérer être aussi une bonne piqûre de rappel car il nous a permis de constater que la fin pouvait être bonne, que l’on pouvait s’en sortir, qu’il y avait finalement une lueur d’espoir. C’est aussi la première fois que l’on commémore le 7-Octobre sans aucun otage à Gaza. Même si cette tentative d’attaque a rappelé le traumatisme du 7-Octobre et de la guerre qui s’en est suivie, elle a aussi souligné cette extraordinaire résilience qui nous maintient en vie. Elle nous a rappelé ce formidable élan bénévole, des réseaux d’accueil, des opérations logistiques civiles et des services sociaux improvisés qui ont surgi du jour au lendemain après le pogrom. Ces efforts citoyens ne sont pas de simples anecdotes, mais le cœur même de la mission d’Israël pour l’avenir. Ils témoignent, comme l’a si bien dit le chercheur et militant américain Rabbi Irving (Yitz) Greenberg, « des réserves extraordinaires de foi, de puissance et de capacité des Israéliens ».

Il nous reste plus qu’à espérer que cette piqûre de rappel fasse encore effet dans trois semaines et nous offre un nouvel horizon politique pour pouvoir enfin se libérer de « la boucle de cette journée ».

read more: