L’écosystème souffre encore, trois ans après la catastrophe écologique d’Ashalim
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Une végétation riche au-dessus du lit de rivière pollué à Ashalim, tandis qu'elle est bien plus clairsemée sur le devant, touché par la catastrophe écologique entraînée par un déversement de produits toxiques au mois de juin de 2017. Photo prise le 29 avril 2019. (Autorisation :  HaMaarag)
Une végétation riche au-dessus du lit de rivière pollué à Ashalim, tandis qu'elle est bien plus clairsemée sur le devant, touché par la catastrophe écologique entraînée par un déversement de produits toxiques au mois de juin de 2017. Photo prise le 29 avril 2019. (Autorisation : HaMaarag)

L’écosystème souffre encore, trois ans après la catastrophe écologique d’Ashalim

Si des signes indiquent que le site du Negev se régénère après la fuite de produits (très) toxiques, de nombreux contaminants restent dans le sol, nuisant à la flore et à la faune

Trois ans après l’une des pires catastrophes environnementales jamais survenues en Israël – le déversement massif de produits toxiques industriels dans le ruisseau Ashalim – ce dernier commence à montrer des signes de rétablissement, même si les sables qui avaient été touchés également par la fuite, à ses abords, restent encore gravement pollués.

Neuf inondations naturelles qui ont balayé le secteur, situé dans la réserve naturelle d’Ashalim, dans le désert du Negev, depuis le désastre qui avait eu lieu au mois de juin 2017, n’ont pas été suffisantes pour nettoyer le fluor, le phosphore, le soufre, le sodium et les métaux lourds qui polluent encore le sol. Des couches de phospho-plâtre liquide acide recouvrent encore des zones substantielles de la réserve naturelle.

Et les scientifiques craignent que les graines ne suffoquent avant même de germer, ce qui entraîne des dégâts environnementaux qui continuent à se répercuter à toutes les étapes de la chaîne alimentaire et ce qui fait naître des inquiétudes concernant l’avenir de l’écosystème.

Certains micro-organismes, des acteurs essentiels dans le cycle de l’azote, sont encore absents. Le genêt blanc, très beau, qui fleurit habituellement au début du printemps, nourrissant les pollinisateurs et abritant les plantes et les animaux plus petits, produit à peine des fleurs dorénavant. Des végétaux autrefois communs comme l’Atriplex sont devenus plus difficiles à trouver, tandis que les plantes invasives, résistantes aux contaminants et qui n’offrent rien en soutien à la vie locale, s’épanouissent aujourd’hui dans le secteur.

Les animaux sauvages ont également du mal à investir à nouveau le territoire.

Du genêt blanc fleurit dans le désert. (Crédit : Ariel Palmon Derived: Peter Coxhead, CC BY-SA 4.0, Wikimedia)

« Tandis qu’il y a certains signes de rétablissement, il y a aussi des dégâts multiples encaissés par l’écosystème en général, notamment à la base de la chaîne alimentaire, qui sont susceptibles d’affecter la viabilité à long-terme de l’écosystème tout entier », commente Rael Horwitz, qui coordonne le programme contrôlant les effets du déversement des produits toxiques à Ashalim et la reconstitution conséquente de l’écosystème.

Dr Rael Horwitz, coordinateur du programme de contrôle du ruisseau d’Ashalim, au musée d’histoire naturelle Steinhardt de Tel Aviv. (Crédit : Yael Tzur)

Le 23 juin 2017, le mur d’un bassin d’évaporation de l’usine ICL Rotem, qui fabrique des fertilisants, s’était effondré, envoyant entre 100 000 et 250 000 mètres-cubes ou plus d’eaux usées hautement toxiques dans le ruisseau Ashalim.

L’usine ICL Rotem (qui s’appelait, dans le passé, Rotem Amfert Negev Ltd) est installée dans la plaine de Rotem – un centre d’extraction des phosphates situé dans le désert du Negev, au sud-ouest de la mer Morte.

Le ruisseau Ashalim voisin, entouré de nombreux endroits par de hautes parois de roches, est un chemin de randonnée populaire et un couloir écologique important qui relie les déserts du Negev et de Judée.

Un bouquetin mort trouvé le 15 juillet 2017, suite à l’effondrement du mur d’un bassin d’évaporation qui a libéré de l’eau toxique dans le courant de l’Ashalim, dans le sud d’Israël. (Autorité des parcs et de la nature)

Au moins treize bouquetins – soit un tiers de ceux qui vivaient dans le secteur – et de nombreux renards et oiseaux avaient été retrouvés morts dans les deux semaines qui avaient suivi la catastrophe, selon le ministère de la Protection environnementale.

Suite au désastre, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) avait lancé un programme de contrôle de la zone pour surveiller son rétablissement sous les auspices de HaMaarag — le programme national d’évaluation de l’état de la nature dans le pays, mis en place par le musée d’histoire naturelle Steinhardt à l’université de Tel Aviv.

L’évolution écologique, dans la réserve, a aussi été suivie étroitement par la Zavit, une agence fondée par la Société israélienne d’écologie et des sciences environnementales.

Quinze équipes de chercheurs issus d’universités et d’instituts de recherche de tout le territoire israélien contrôlent depuis le sol, l’eau, les micro-organismes, la végétation, les créatures aquatiques qui vivent dans les bassins creusés dans la pierre, les insectes et les espèces vertébrées, parmi lesquelles les petits mammifères et les oiseaux. L’INPA contrôlait déjà, avant la catastrophe, la présence des bouquetins sur le territoire.

Lors d’une réunion virtuelle qui a eu lieu le mois dernier, des dizaines de chercheurs ont décrit un travail physique souvent dur, la collecte laborieuse d’échantillons et d’innombrables expériences entrant dans le cadre du projet et qui ne permettent de fournir que quelques pièces seulement de ce puzzle incroyablement complexe qui s’appelle la nature.

Le ruisseau Ashalim après sa pollution en juin 2017. (Georgi Norkin, Autorité israélienne des parcs et de la nature)

Les experts du centre Volcani du ministère de l’Agriculture, qui fait des recherches dans les sols, ont indiqué que les cyano-bactéries n’étaient pas encore réapparues dans certains secteurs. Ces micro-organismes se retrouvent dans la croûte du sol, et ils produisent de la nourriture par photosynthèse – ce qui les rend indispensables pour l’ensemble de la chaîne alimentaire.

D’autres microbes qui transforment les composés azotés inorganiques de manière à ce que les plantes puissent les absorber commencent tout juste à se rétablir, mais d’autres non. Une couverture végétale plus rare que nécessaire peut affecter potentiellement, elle aussi, la chaîne alimentaire.

Efrat Gavish-Regev, administrateur scientifique de la Collection des arachnides – qui consacre ses activités aux araignées et aux scorpions – dans le cadre des Collections d’histoire naturelle au sein de l’université hébraïque, a noté que les scorpions étaient encore présents dans le sable contaminé. Toutefois, les araignées-loups carnivores sont devenues rares et l’araignée Orb a presque disparu, probablement parce qu’il n’y a plus d’arbustes où elle peut tisser sa toile.

Shimon Rachmilevitch et Natalie De Falco, de l’institut de recherche sur le désert de l’université Ben-Gurion, ont déclaré pour leur part avoir découvert de l’arsenic dans les nouvelles feuilles de plusieurs espèces végétales. Des traces d’arsenic et de contamination à d’autres métaux lourds ont également été trouvées dans les racines, ce qui peut entraver la capacité de la plante à absorber les nutriments du sol.

Noga Kronfeld-Schor du département de zoologie de l’université de Tel Aviv, a remarqué que les Acomys, une espèce de souris, étaient plus petites qu’ailleurs et que parmi toutes celles qui avaient été piégées avant d’être libérées, il n’y avait pas de femelles en gestation ni de représentant jeune de l’espèce.

Les chercheurs ont également affirmé que les plumes des jeunes oiseaux présentaient une accumulation nuisible de cuivre et de zinc.

« Jusqu’à présent, nous avons de nombreux résultats attestant d’une bioaccumulation de métaux lourds dans les tissus des rongeurs et des oiseaux dans le secteur d’Ashalim », a expliqué Horwitz, même si l’intégralité des résultats des analyses éco-toxicologiques ne sont pas encore connus.

Le cours d’eau boueux d’Ashalim après la fuite de déchets toxiques depuis une usine d’engrais, le 30 juin 2017. (Crédit : ministère de l’Environnement)

Pour s’attaquer à ces dégâts continus, l’INPA réfléchit à remplacer le sable par un autre, du même âge géologique, qui serait amené des carrières aux alentours. Le ruisseau a également été rouvert au public au mois de juin.

Un mois après la catastrophe, le ministère de la Protection environnementale avait lancé une enquête criminelle pour déterminer la responsabilité dans le déversement de produits toxiques de Rotem et celle de la compagnie Israel Chemicals Ltd., propriétaire de cette dernière. L’affaire avait donné finalement lieu à des poursuites au civil avec une réclamation de 397 millions de shekels en dommages et intérêts. Finalement, la plainte a laissé la place à une médiation hors du prétoire qui est encore en cours.

Un porte-parole de l’INPA a confié au Times of Israel qu’il était impossible de dire si un accord pourrait être atteint mais qu’Israel Chemicals Ltd finançait une partie des contrôles qui sont aujourd’hui réalisés sur le site.

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