Les avocats des étudiants de Columbia et des groupes manifestants font partie d’un réseau anti-Israël

Les avocats d'étudiants pro-Hamas menacés d'expulsion ont aussi conseillé et encadré les militants à l'origine de violentes manifestations à New York et sur les campus

Des manifestants rassemblés pour soutenir Mahmoud Khalil, le militant anti-Israël de l'université Columbia, devant le tribunal où il doit comparaître, à New York, le 12 mars 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK – En début de mois, suite à l’interpellation par les autorités fédérales d’une des figures des manifestations de l’Université Columbia, des militants étudiants ont quitté le campus pour se rassembler devant les portes de l’université et rejoindre les manifestants de Within Our Lifetime, un groupe de protestation extrémiste anti-Israël, pour scander des slogans en faveur de la libération de Mahmoud Khalil.

Pendant ce temps, les avocats de Khalil tentaient d’obtenir sa libération devant le tribunal en déposant des demandes de comparution du président américain Donald Trump et du Secrétaire d’État Marco Rubio.

Ces militants et avocats sont loin d’être des acteurs isolés réunis par une indignation commune face à la détention de Khalil : ils sont au contraire très liés et ils font partie d’un réseau qui s’est structuré année après année autour de l’activisme anti-Israël dans les rues, devant les tribunaux et sur les campus.

Ramzi Kassem, l’avocat de Khalil, illustre bien cette intersection des sphères : Kassem est un ancien élève de Columbia, auteur d’articles anti-Israël pour le journal du campus à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il est aujourd’hui professeur à la faculté publique de droit de la City University of New York (CUNY), foyer de l’activisme anti-Israël.

Kassem dirige également Creating Law Enforcement Accountability and Responsibility (CLEAR), une clinique juridique à but non lucratif hébergée par la faculté de droit de CUNY. Ses avocats défendent Khalil en justice, comme d’autres militants étudiants, et conseillent les groupes de protestation.

CLEAR représente et conseille ses clients contre « les politiques et pratiques gouvernementales déployées sous couvert de ‘sécurité nationale’ et de ‘lutte contre le terrorisme’, » indique son site Internet.

Deux récentes anciennes du CLEAR sont des diplômées en droit de la CUNY – Nerdeen Kiswani et Fatima Mohammed – qui ont toutes les deux prononcé des discours anti-Israël incendiaires lors de la remise des diplômes de la CUNY Law en 2022 et 2023. Le discours de Mohammed, en 2023, avait suscité un tollé à l’échelle de tout le pays et il avait amené la faculté de droit à ne plus laisser les étudiants prendre la parole lors des remises des diplômes.

Des militants anti-Israël manifestent devant l’université Columbia, le 21 janvier 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Kiswani et Mohammed sont deux dirigeantes de Within Our Lifetime, le groupe activiste anti-Israël le plus vu dans les rues de New York. Within Our Lifetime travaille souvent avec des militants de Columbia, comme cela a été le cas lors de la manifestation qui a eu lieu, ce mois-ci, devant l’université. Kiswani s’est jointe au campement de protestation à Columbia, l’an dernier, et elle a co-animé une discussion étudiante hors du campus qui a réuni des intervenants du groupe militant Samidoun, qui a fait l’éloge du Hamas lors de cet événement. A l’issue de ce débat, les États-Unis et le Canada ont ajouté Samidoun à leur liste des entités terroristes.

Pour boucler la boucle, CLEAR conseille et soutient Within Our Lifetime et les étudiants militants de Columbia. Le jour de la manifestation de ce mois-ci, le groupe de protestation de Columbia a publié une note de CLEAR mettant en garde contre la coopération avec les forces de l’ordre. Within Our Lifetime et la coalition de protestation de Columbia donnent pour instruction à leurs adhérents de contacter CLEAR en cas de problèmes.

CLEAR fait partie de la City University of New York School of Law Foundation, une organisation à but non lucratif. Le groupe a fait un chiffre d’affaires de 3,8 millions de dollars entre juillet 2022 et juin 2023, selon les données disponibles les plus récentes.

Des ateliers pour apprendre à contourner la loi

Lors de l’un des ateliers de CLEAR organisés pour les manifestants étudiants l’an dernier, les avocats du groupe ont mis en garde les militants contre les ressortissants étrangers qui prônent le terrorisme, qui sollicitent des fonds pour des groupes terroristes ou qui appartiennent à des organisations terroristes. Les avocats leur ont expliqué que les ressortissants étrangers et autres étudiants encouraient le risque d’être expulsés pour soutien au terrorisme.

« Nous voulons appeler votre attention sur les choses susceptibles de vous mettre en danger si vous n’êtes pas ressortissant américain – comme par exemple les incitations à la haine, la défense ou la déclaration d’approbation ou de soutien public à des entités terroristes », explique l’un des avocats dans une vidéo de l’atelier publiée par le journaliste Stu Smith.


Khalil, qui est détenteur d’une carte verte, a été arrêté quelques jours après que des manifestants ont distribué de la propagande du Hamas lors d’un événement auquel il a assisté. Depuis son arrestation, ses avocats assurent qu’il est victime de persécutions pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression.

Lors de l’atelier évoqué plus haut, les avocats ont également formé les manifestants à répondre aux questions sur le Hamas, à savoir que faire au retour d’un voyage à l’étranger et comment éviter l’examen de « documents sensibles » sur les appareils numériques lorsqu’ils entrent aux États-Unis.

Un réseau « progressiste » dense

Le réseau activiste entretient plus globalement des relations avec le mouvement progressiste dans son ensemble. En 2022, Kassem avait ainsi été nommé conseiller politique principal pour l’immigration par l’administration Biden. Parmi les donateurs récents de la CUNY Law Foundation figurent MacKenzie Scott et la Foundation to Promote Open Society.

D’autres groupes juridiques travaillent avec les manifestants. Within Our Lifetime invite ainsi ses membres à contacter la National Lawyers Guild en cas d’arrestation et les deux groupes ont pris part à des campagnes. Kiswani était membre de la National Lawyers Guild quand elle était étudiante à la CUNY Law, et la National Lawyers Guild a soutenu Mohammed après son discours lors de la remise des diplômes en 2023.

La section new-yorkaise de la National Lawyers Guild envoie des « observateurs » aux manifestations de rue anti-Israël, nombre d’entre eux revêtus de keffiehs et autres attributs anti-Israël. La National Lawyers Guild a rendu hommage à l’attaque du 7 octobre contre Israël dès le lendemain du pogrom.

Au-delà de CLEAR, les avocats de Khalil sont issus de groupes juridiques progressistes avec un passé activiste anti-Israël – comme, par exemple, le Center for Constitutional Rights ou l’American Civil Liberties Union, dont la branche new-yorkaise a porté plainte contre Columbia et la CUNY Law au nom de militants anti-Israël.

La Foundation for Individual Rights and Expression [NDLT : Fondation pour les droits individuels et l’expression] (FIRE), groupe de défense de la liberté d’expression qui a tout à la fois cautionné et condamné les manifestations de Columbia, a également défendu Khalil, affirmant que sa détention portait atteinte aux garanties de la liberté d’expression.

Les avocats de CLEAR représentent également un autre étudiant militant anti-Israël de Columbia, Yunseo Chung, qui a porté plainte contre l’administration Trump cette semaine pour contester son expulsion.

Un manifestant anti-Israël revêtu d’un bandeau du Hamas devant le centre médical NYU Langone de New York, le 6 janvier 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le mouvement pro-Israël est plus fracturé que celui des pro-Palestine

Le mouvement de protestation anti-Israël à New York est idéologiquement cohérent dans son appel à la destruction d’Israël. Aucun des groupes de protestation pro-palestiniens non juifs de New York n’appellent à la fois de leurs voeux la paix et l’existence de deux États, et aucun ne condamne le Hamas ou le 7 octobre. Les défenseurs palestiniens qui ne respectent pas la ligne sont vilipendés.

Kiswani a ouvertement soutenu le Hamas et les manifestants de Columbia ont déclaré : « La violence est la seule voie. »

Les manifestations ont perturbé la vie de la ville, s’en prenant tour à tour à des patients atteints de cancer, des musées, des mémoriaux, des bibliothèques, des infrastructures de transport et des manifestations festives. Le soutien pur et simple aux groupes terroristes désignés par les États-Unis est courant.

Le contrepoint à ce mouvement est le réseau d’organisations juives sionistes – comme par exemple les groupes juridiques du Brandeis Center, le Lawfare Project ou encore le National Jewish Advocacy Center.

Le mouvement pro-Israël est bien financé et ce, de longue date, mais il est aussi plus fracturé sur le plan de sa politique, de son approche et de ses perspectives, allant des gens de gauche, sympathisants des Palestiniens, aux droites les plus combatives. Le mouvement a également été éclipsé dans certains domaines. Les dirigeants de la communauté ont reconnu que le mouvement avait « perdu la rue », et ce dès avant le 7 octobre, malgré des événements comme l’énorme défilé annuel Celebrate Israel, à New York.

Sur le plan juridique, les groupes juifs tentent de regagner du terrain sous la pression de la guerre et du regain d’antisémitisme. Ce n’est que récemment que les groupes juridiques pro-Israël ont commencé à coordonner les poursuites judiciaires intentées aux États-Unis, par exemple.

Cette offensive judiciaire pro-Israël est en train de prendre de l’ampleur et d’évoluer, cependant, avec des poursuites judiciaires intentées contre des universités, des militants et des ONG, un peu partout dans le pays. Certaines d’entre elles font un usage novateur du thème de la protections des droits civils et ouvrent de nouveaux fronts dans cette bataille juridique.

Une ONG new-yorkaise gestionnaire des fonds de plusieurs groupes activistes, dont Within Our Lifetime et Students for Justice in Palestine, est en grandes difficultés à cause de telles poursuites judiciaires. Des universités comme Columbia sont malmenées de part et d’autre.

Cette semaine, des avocats pro-Israël ont intenté une action en justice contre des manifestants de rue et militants de Columbia au motif que ces groupes étaient « l’agent de propagande » du Hamas à New York et sur les campus. Kiswani et Khalil font partie des accusés.

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