Les États-Unis et l’Iran signent l’accord mettant fin à la guerre avec deux jours d’avance

« Cela n’a pas été facile », a dit le dirigeant américain en signant l’accord ; l’Iran s'est réjoui d’avoir obtenu « tout » ce qu’il voulait ; le détroit d’Ormuz ouvre « immédiatement », mais Téhéran ajoute que le passage sera payant au bout de 60 jours

Une capture d'écran d'une vidéo diffusée par la Maison Blanche montre le président américain Donald Trump en train de signer la version en persan du protocole d'accord avec l'Iran, au château de Versailles, en France, le 17 juin 2026. (Crédit : Capture d'écran X)

Le président américain Donald Trump et son homologue iranien Masoud Pezeshkian ont signé mercredi un accord visant à mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient – un accord qui entrera ainsi en vigueur deux jours plus tôt que prévu initialement. Téhéran a accepté de diluer son uranium enrichi en échange d’un soutien économique de grande envergure.

C’est au cours d’un dîner aux chandelles organisé au château de Versailles, à l’issue du sommet du G7, que Donald Trump a apposé sa signature sur le protocole d’accord, sous les applaudissements du président français Emmanuel Macron, hôte de l’événement, et des autres invités, comme l’a montré une vidéo qui a été diffusée par un collaborateur de Donald Trump.

« Je viens de le signer », a déclaré le président américain aux journalistes à sa sortie du château.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, dont les propos ont été cités par l’agence de presse officielle IRNA, a quant à lui précisé que le document « avait été entériné par les signatures des présidents ».

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays a joué le rôle de médiateur dans cet accord, a pour sa part ajouté sur X que cet accord « entrerait en vigueur avec effet immédiat ».

Dans une vidéo qui a été mise en ligne par un collaborateur de la Maison Blanche, on peut voir Donald Trump, assis aux côtés d’Emmanuel Macron, en train de signer une copie papier de l’accord. Donald Trump remet ensuite le document et le stylo au secrétaire d’État Marco Rubio, sous les applaudissements de l’assistance.

« Cela n’a pas été facile », a lancé Donald Trump juste avant de signer, selon une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par Emmanuel Macron.


À Téhéran, c’est un Pezeshkian impassible qui a signé l’accord au nom de l’Iran, ainsi que l’a rapporté l’agence de presse IRNA, contrôlée par le régime, qui a fait paraître une photo du président brandissant le document portant sa signature et celle de Trump.

Cet accord vise à mettre un terme à la guerre qui avait été lancée le 28 février par les États-Unis et Israël, qui avait poussé l’Iran à riposter par des salves de missiles et de drones dans toute la région et à fermer le détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour l’économie mondiale. Les États-Unis avaient alors réagi en bloquant le trafic maritime à destination et en provenance des ports iraniens.

« Dans un premier temps, la République islamique d’Iran rouvrira immédiatement le détroit d’Ormuz et les États-Unis d’Amérique lèveront sans délai le blocus naval », a écrit Sharif.


En vertu de ce texte, Washington s’engage également à lever immédiatement les sanctions sur le pétrole, qui paralysent l’économie iranienne.

De plus, si un accord final est conclu sur le programme nucléaire de la République islamique, les États-Unis faciliteront également le déblocage d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars soutenu par les pays de la région, précise l’accord.

La signature de cet accord était initialement prévue vendredi, lors d’un sommet réunissant le négociateur en chef iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le vice-président américain JD Vance.

Sharif a fait savoir qu’une cérémonie officielle se tiendrait vendredi en Suisse, et que les discussions techniques commenceraient. Le ministère suisse des Affaires étrangères a indiqué que le plan prévoyait toujours « que les États-Unis et l’Iran, ainsi que les médiateurs que sont le Pakistan et le Qatar et d’autres pays concernés, se rencontreront demain à Burgenstock pour des négociations préliminaires sur la mise en œuvre de l’accord ».

Toutefois, Esmaeil Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a indiqué que ces discussions n’étaient pas confirmées pour l’instant.

« La réunion de vendredi était confirmée jusqu’à il y a quelques heures. Mais lorsqu’il a été décidé que les présidents des deux parties (l’Iran et les États-Unis) allaient signer l’accord, il a été convenu de suspendre jusqu’à nouvel ordre la réunion prévue vendredi », a ajouté Baghaei.

Cet accord aura été marqué par le secret et la confusion pendant plusieurs jours. Les responsables américains ont refusé d’en dévoiler les termes, même après avoir annoncé que Trump et Vance l’avaient signé par voie électronique au cours du week-end.

Sur cette photo diffusée par le cabinet du Premier ministre pakistanais, le Premier ministre Shehbaz Sharif s’exprime sur le conflit entre les États-Unis et l’Iran, lors d’une séance de l’Assemblée nationale à Islamabad, au Pakistan, le 15 juin 2026. (Crédit : Cabinet du Premier ministre pakistanais via AP)

L’Iran a par ailleurs insisté sur le fait que cet accord témoignait d’un « échec » des États-Unis.

« Tout ce que nous cherchions à obtenir par la voie militaire, nous l’avons obtenu largement par la négociation. Il n’y a même pas de comparaison possible », a déclaré le négociateur iranien Ghalibaf à la télévision d’État à propos de l’accord, qui prévoit notamment le déblocage de milliards de dollars d’avoirs iraniens. « Les gens verront et jugeront par eux-mêmes. »

Ghalibaf a également réaffirmé que Téhéran percevrait des droits de passage sur les navires traversant le détroit d’Ormuz à l’issue d’une période de 60 jours sans frais, comme le prévoit le protocole d’accord conclu avec les États-Unis.

« Le détroit d’Ormuz ne reviendra pas à la situation d’avant-guerre », a ajouté Ghalibaf. « L’Iran a le droit de souveraineté sur le détroit d’Ormuz et, comme il se doit, nous percevrons des droits de passage pour ces services. »

Naim Qassem, chef du groupe terroriste chiite libanais pro-Téhéran du Hezbollah, a qualifié cet accord de « grande victoire » pour l’Iran.

Il a remercié Téhéran d’avoir insisté pour que le cessez-le-feu s’étende au Liban, lequel avait été entraîné dans le conflit lorsque le Hezbollah avait ouvert le feu sur Israël le 2 mars en soutien à l’Iran.

Le texte de l’accord n’a toujours pas fait l’objet d’une publication officielle de la part des États-Unis. Après plusieurs jours de secret, des responsables américains, sous couvert d’anonymat, ont dicté une ébauche du texte à des journalistes. Les médias d’État iraniens ont diffusé un texte qui reprenait essentiellement celui dévoilé par les États-Unis.

Mohammad Bagher Ghalibaf, sur une image de la télévision officielle iranienne, le 31 mai 2026 (Capture d’écran)

L’accord mettra fin aux combats et ouvrira la voie à de nouvelles négociations

Une grande partie de l’accord prévoit le retour au statu quo d’avant-guerre, notamment la fin des hostilités, la reprise des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran sur le programme nucléaire de Téhéran, ainsi que la réouverture du détroit d’Ormuz, voie de passage essentielle pour le pétrole et le gaz naturel mondiaux, dont la fermeture avait provoqué une crise énergétique sans précédent.

L’accord prévoit la réouverture du détroit sans péage pendant deux mois. Toutefois, selon les projets de texte des deux pays, il n’exclut pas la mise en place de redevances à l’avenir.

En contrepartie, les États-Unis s’engageront à suspendre, sans pour autant les lever définitivement, certaines sanctions de grande envergure contre l’Iran.

L’accord réaffirme aussi l’engagement en faveur de l’intégrité territoriale du Liban suite à l’opération terrestre menée par Israël dans ce pays contre le groupe terroriste du Hezbollah. Il s’agit là de l’un des aspects les plus délicats de l’accord. Israël, en effet, a toujours affirmé qu’il continuerait à se défendre et à occuper de vastes portions du sud du Liban, constituant une zone de sécurité qui avait été établie dans un contexte d’attaques du Hezbollah. L’Iran a affirmé qu’Israël, conformément à l’accord, devra se retirer, une condition qu’Israël a d’ores et déjà rejetée.

Les États-Unis et Israël étaient entrés en guerre le 28 février, en partie pour empêcher l’Iran de se doter un jour de l’arme nucléaire. Trump avait avancé divers objectifs pour cette guerre – promettant notamment, à certains moments, qu’elle mettrait fin aux programmes nucléaires et balistiques de l’Iran ainsi qu’au soutien apporté par le régime des mollahs au Hezbollah et à ses autres proxys. Il avait également laissé entendre qu’elle pourrait conduire au renversement du gouvernement iranien.

Cet accord provisoire ne répond à aucun de ces objectifs. Trump l’a néanmoins qualifié de « très solide ».

Il a également laissé entrevoir la possibilité de s’en écarter : « Il s’agit d’un protocole d’accord. Si cela ne me convient pas, nous recommencerons à leur tirer dessus et à larguer des bombes. »

Le président américain Donald Trump est accueilli par le président français Emmanuel Macron et la première dame Brigitte Macron à son arrivée au château de Versailles, à Versailles, en France, le 17 juin 2026. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Malgré son discours belliqueux, Trump est loin d’avoir atteint les objectifs qu’il s’était fixés en entrant en guerre. L’Iran, quant à lui, semble bien plus proche d’un allègement des sanctions, qui se chiffrerait en milliards de dollars, qu’il ne l’était avant d’être attaqué.

Le gouvernement théocratique iranien est toujours en place, ses stocks d’uranium hautement enrichi n’ont pas été cédés, ses capacités balistiques n’ont pas été détruites, et il continue de soutenir des groupes terroristes tels que le Hezbollah au Liban.

L’accord américain – qui autorise immédiatement Téhéran à vendre librement son pétrole, ainsi que la proposition faite de lever à terme toutes les sanctions – constituent des concessions majeures qui vont bien au-delà des termes de l’accord nucléaire qui avait été conclu en 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales. Trump avait retiré les États-Unis de ce traité signé sous l’ère Obama dès son premier mandat, le qualifiant de « pire accord de tous les temps ».

L’Iran, dont la volonté de détruire Israël est avérée, affirme que son programme nucléaire est pacifique. Il s’agit pourtant du seul pays à enrichir de l’uranium à 60 % sans disposer d’un programme d’armement déclaré, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique. L’uranium enrichi à ce niveau n’a aucune utilisation civile. L’accord provisoire prévoit que l’AIEA surveillera la « dilution » de cet uranium en Iran, sans toutefois donner plus de détails.

Cet accord suscitera probablement une vive opposition à Washington. Il semble également porter un coup dur au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui fait l’objet de critiques dans son pays de la part des médias, de ses adversaires et même de certains de ses alliés à mesure que les détails du texte sont révélés. Netanyahu a pourtant défendu cet accord.

Dans le cadre de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran sous l’administration Obama, duquel Trump s’était retiré, l’Iran avait également accepté des restrictions sur son programme nucléaire. Il s’était engagé à ne jamais fabriquer d’arme atomique, en échange de la levée des sanctions économiques.

Des concessions majeures ont été offertes à l’Iran

Certaines concessions accordées à l’Iran, notamment la levée totale des sanctions et le déblocage des avoirs gelés, se feraient progressivement et seraient subordonnées aux avancées des négociations sur le nucléaire, ont déclaré des responsables pakistanais. Ceux-ci, sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible de la question, sont revenus sur certains des principaux points de l’accord.

Mais dans l’intervalle, les États-Unis accorderont des dérogations aux sanctions pour permettre à l’Iran de vendre librement son pétrole.

Les recettes provenant des exportations de pétrole de la République islamique s’élevaient à plus de 46 milliards de dollars en 2024. On estime que son principal client, la Chine, a acheté ce pétrole à des prix inférieurs à ceux du marché, étant disposée à passer outre les sanctions.

Des pétroliers et des navires de marchandises, dans le golfe d’Oman, le long des voies maritimes reliant le détroit d’Ormuz et la mer d’Arabie, le 16 juin 2026. (Crédit : AP)

Accorder des dérogations sur le pétrole dès le début des 60 jours de négociations privera les États-Unis d’un levier de pression majeur. En 2015, cela n’avait été qu’à la conclusion de l’accord global que les sanctions sur le pétrole iranien avaient été levées.

L’accord provisoire ouvre également la voie à la levée de toutes les sanctions imposées à l’Iran par les États-Unis et l’ONU, y compris celles liées aux programmes d’armement de Téhéran et aux violations des droits de l’homme, même s’il précise que le calendrier de cette levée sera défini ultérieurement. Ce résultat dépasse toutefois de loin l’accord de 2015, qui ne levait certaines sanctions qu’en échange d’une réduction drastique par l’Iran de ses activités d’enrichissement et de ses stocks d’uranium.

read more: