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Netanyahu évite de critiquer l’accord avec Téhéran et défend le bilan de la guerre

Face aux critiques de l’opposition, le Premier ministre affirme avoir empêché l’anéantissement d’Israël, tout en reconnaissant des divergences avec Washington sur certains dossiers

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 juin 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 juin 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu une conférence de presse lundi soir, sa première depuis trois mois, à la suite de la signature d’un mémorandum d’entente entre les États-Unis et la République islamique d’Ira, un protocole d’accord qui a visé à mettre fin à la guerre.

Au cours de son intervention, le Premier ministre a affirmé que les combats avaient atteint leurs objectifs, tout en reconnaissant qu’il ignorait encore le contenu exact de l’accord.

Israël a été totalement tenu à l’écart du processus de négociation – ce qui est clairement apparu quand Netanyahu a indiqué à un journaliste qu’Israël ne connaissait pas encore les détails de l’accord, qui doit être officiellement signé en Suisse vendredi, après une signature numérique qui a eu lieu dimanche soir.

Bien qu’il ait été contraint par le président américain Donald Trump de mettre fin aux combats contre Téhéran et d’accepter les exigences de Washington concernant le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, Netanyahu a ouvert sa conférence de presse en défendant fermement ce qu’il a présenté comme le succès de l’offensive américano-israélienne de six semaines contre le régime iranien. Une offensive qui, selon lui, a empêché « l’anéantissement » d’Israël par un Iran doté de l’arme nucléaire.

« Avec ou sans accord, l’Iran n’aura pas d’armes nucléaires, ni aujourd’hui ni demain. Tant que je serai Premier ministre d’Israël, cela n’arrivera pas », a-t-il assuré, insistant sur le fait qu’il s’agissait de la « mission de sa vie ».

Alors qu’il fait face à une contestation interne croissante – y compris au sein de son propre gouvernement – concernant les conditions qui lui ont été imposées par les États-Unis pour mettre fin à la guerre, le Premier ministre a réaffirmé que la menace nucléaire iranienne constituait un « danger immédiat » qu’Israël était parvenu à éliminer « avec l’aide de nos amis américains ».

« Nous avons lancé la plus grande opération offensive de l’Histoire d’Israël », s’est félicité Netanyahu, énumérant ce qu’il a présenté comme les réussites d’Israël.

Des véhicules circulent sur une autoroute devant un monument aux morts et un panneau d’affichage représentant l’ayatollah Ali Khamenei, défunt guide suprême de l’Iran, avec des panaches de fumée noire qui s’élèvent, à Téhéran, le 8 mars 2026. (Crédit : AFP)

« Nous avons ciblé les scientifiques nucléaires ; nous avons éliminé les dirigeants du régime terroriste ; nous avons anéanti les installations nucléaires ; nous avons détruit les missiles et la grande majorité des usines qui les produisent », a-t-il déclaré. « Nous avons frappé d’innombrables industries et infrastructures militaires. Nous avons détruit leur marine et leur armée de l’air. Nous avons éliminé les commandants responsables du massacre du peuple iranien. Nous avons infligé des dégâts considérables à l’économie israélienne, des dégâts estimés par certains à des centaines de milliards de dollars, et par d’autres à près d’un millier de milliards de dollars. »

Des propos similaires à ceux qu’il avait déjà tenus près d’un an plus tôt, en juin 2025, à l’issue de la première guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran.

À l’époque, le Premier ministre avait affirmé qu’Israël avait « réduit à néant le programme nucléaire iranien » et remporté une « victoire historique » qui « resterait gravée dans les mémoires pour des générations ».

Moins de 12 mois plus tard, Netanyahu a expliqué qu’Israël avait une fois de plus « écarté, pour les années à venir, ce danger qui pesait sur nous et qui menaçait d’anéantir la population israélienne ».

« Voilà ce que nous avons fait », a poursuivi le Premier ministre. « Nous avons sauvé l’État d’Israël de l’anéantissement. »

Des Iraniens passent devant un immense panneau d’affichage à l’effigie du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué en février 2026 lors d’une attaque militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, dans une rue de Téhéran, le 5 mai 2026. (Crédit : AFP)

Interrogé par un journaliste sur son objectif déclaré d’éliminer la menace « posée par le régime iranien » et sur les raisons pour lesquelles la fin de la campagne était annoncée alors que ce régime était toujours en place, trois mois plus tard, Netanyahu a rejeté l’idée que la situation avait mal tourné, voire que l’un des objectifs centraux de l’opération n’ait pas été atteint.

« Cela n’a pas du tout mal tourné. J’ai défini les objectifs – et le cabinet les a définis – d’une manière différente de celle que vous décrivez », a répondu Netanyahu au journaliste.

« Nous avons dit que nous voulions éliminer un danger existentiel qui pesait sur nous : d’abord le danger nucléaire, et nous y sommes parvenus. Nous avons dit que nous voulions éliminer le danger des missiles balistiques qui pesait sur nous, et nous l’avons fait. Nous avons également dit que nous voulions créer les conditions qui permettraient au peuple iranien, s’il le souhaitait, de se débarrasser de ce régime terroriste », a déclaré Netanyahu.

« L’Iran se trouve dans une situation économique très difficile. Nous avons frappé toutes les infrastructures possibles. Les dégâts sont considérables. Il y a également des fissures au sein du régime », a-t-il ajouté. « À quand la chute de ce régime ? Je ne sais pas. Aurais-je pu vous dire quand le régime soviétique allait tomber ? Non. Je ne le sais pas. »

Les États-Unis et Israël étaient restés relativement vagues lorsqu’ils avaient défini les objectifs de la guerre au début de la campagne, mais Israël n’a cessé de souligner la menace que représentent les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran, ainsi que son réseau de mandataires, ajoutant parfois l’objectif de « créer les conditions » d’un changement de régime en Iran.

Le Premier ministre Netanyahu tient une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 juin 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi)

Dimanche, le Premier ministre a également rejeté l’idée selon laquelle Israël aurait perdu son autonomie dans la prise de décisions stratégiques, après avoir été contraint de cesser les combats, tenu à l’écart des négociations avec Téhéran et, plus récemment, publiquement critiqué par Trump pour avoir frappé une cible du Hezbollah à Beyrouth dimanche.

« Aux États-Unis, on dit que le président Trump fait tout ce que je lui demande, et en Israël, on dit le contraire, que je fais tout ce qu’il me demande », a-t-il déclaré en réponse à une question. « Aucune de ces deux affirmations n’est vraie. »

« Nous entretenons une relation de partenaires qui se connaissent », a insisté Netanyahu. « Souvent, nous sommes d’accord ; parfois, nous ne le sommes pas. Cela arrive même dans les meilleures familles. »

« Nous entretenons une relation de partenaires qui se connaissent », a insisté Netanyahu. « Souvent, nous sommes d’accord ; parfois, nous ne le sommes pas. Cela arrive même dans les meilleures familles. »

« C’est très important », a-t-il déclaré. « Je respecte cela. »

« Tout comme nous ne pouvons pas prétendre ignorer totalement ce qui se passe dans le monde ou ignorer les considérations géopolitiques, nous ne pouvons pas non plus dire que nous y sommes entièrement liés », a poursuivi Netanyahu. « Sous ma direction, Israël a prouvé qu’il accomplissait de grandes choses et prenait de nombreuses initiatives. »

« Nous prenons des initiatives, nous agissons, nous surprenons, et nous gagnons aussi », a-t-il déclaré.

Le président américain Donald Trump (à droite) serrant la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse conjointe, à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Évoquant sa relation avec Trump, Netanyahu a indiqué que les deux hommes étaient « souvent sur la même longueur d’onde, mais il arrive aussi que nos points de vue divergent. Je suis responsable des intérêts sécuritaires d’Israël. Je les défends. »

Netanyahu a refusé, lors de la conférence de presse, de dire s’il autoriserait Israël à frapper seul l’Iran ou à agir de manière indépendante contre le Hezbollah au Liban, mais il a affirmé qu’Israël « ferait le nécessaire » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, soulignant « qu’il ne se fixait aucune limite concernant cet objectif ».

Il a également déclaré que les troupes israéliennes resteraient dans la zone tampon du sud du Liban « aussi longtemps que nécessaire ».

« L’Iran voulait que nous nous retirions de là-bas. Cela ne s’est pas produit. Et vous savez pourquoi ? Pour plusieurs raisons, notamment parce que j’ai été très ferme. Je suis resté très déterminé sur cette question. Et je pense que nos amis américains respectent cette détermination et cette fermeté », a-t-il ajouté.

Des soldats de l’armée israélienne en opération près du cours d’eau du Wadi Saluki, dans le sud du Liban, sur une photo publiée le 11 juin 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Netanyahu a également refusé de critiquer l’accord entre les États-Unis et le régime iranien, reconnaissant qu’Israël ignorait encore ses détails. Il a néanmoins insisté sur le fait qu’il ne se « fixait aucune limite » dans ses actions visant à empêcher Téhéran d’obtenir l’arme nucléaire ou à préserver la liberté d’action d’Israël contre le Hezbollah au Liban.

Interrogé par un journaliste sur les inquiétudes concernant d’éventuelles similitudes entre l’accord nucléaire conclu en 2015 par l’administration Obama avec l’Iran et les détails rapportés du cadre émergent entre Washington et Téhéran, Netanyahu a déclaré qu’il ne comparerait pas les deux, car « nous ne savons pas en quoi consiste l’accord ».

« La différence fondamentale entre la situation d’alors et celle d’aujourd’hui, a-t-il déclaré, est que tout accord doit être accompagné d’une menace militaire crédible. » « À l’époque, il n’y avait pas de menace militaire crédible. Aujourd’hui, il y en a une, grâce à ce que nous avons fait, et pas seulement les États-Unis, mais aussi nous, car nous avons mené 14 000 sorties, c’est là la plus grande différence », a-t-il affirmé.

Selon Netanyahu, les 14 000 sorties ont été réparties « à peu près à parts égales » entre les États-Unis et Israël.

Le Premier ministre a souligné qu’Israël n’était pas signataire de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, et il s’est distancié de la décision qui a été prise par Trump de signer un accord.

« Cet accord a été conclu par les États-Unis, par le président des États-Unis. Et il estime pouvoir véritablement concilier l’ouverture du [détroit d’Ormuz] et le démantèlement du programme nucléaire… Et je le répète : c’est sa décision, et c’est lui qui la porte », a déclaré Netanyahu.

« Bien sûr, j’ai exprimé mon point de vue lors de différentes conversations. D’autre part, j’ai dit que nous avions nos propres intérêts, avant tout concernant la menace nucléaire. Je m’engage à ce qu’une telle menace ne pèse pas sur nous. »

Les chefs de l’opposition dénoncent les réponses hypocrites du Premier ministre

Les dirigeants de l’opposition ont vivement critiqué le Premier ministre à la suite de sa conférence de presse, dénonçant ses affirmations selon lesquelles la campagne militaire récente contre le régime iranien avait sauvé Israël d’un anéantissement nucléaire et que ses principaux objectifs avaient été atteints, alors même que ce régime n’a pas été renversé.

Le chef du parti « Ensemble » et ancien Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 15 juin 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Le mandat de ce gouvernement Netanyahu a commencé par une guerre civile, il s’est poursuivi avec le pogrom du 7-Octobre et il s’achève aujourd’hui par un échec historique face à l’Iran », a déclaré l’ancien Premier ministre Naftali Bennett aux journalistes lors d’une conférence de presse à Tel Aviv.

Promettant de « rétablir la sécurité pour Israël », il a déclaré qu’il aurait « tout » fait différemment, tant sur le plan diplomatique, en utilisant son « crédit auprès du président le plus favorable à Israël que nous n’avons jamais eu », que sur le plan intérieur, « uniquement dans l’intérêt des intérêts nationaux d’Israël », une pique apparente, en partie, à l’encontre des appels répétés de Trump en faveur d’une grâce pour Netanyahu dans le cadre de son procès pénal en cours.

« Le compte à rebours pour le renversement du régime en Iran commencera dès que le gouvernement israélien sera remplacé », a affirmé Bennett.

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, s’exprimant lors d’une conférence, à l’université de Tel Aviv, le 12 mai 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a déclaré qu’il aurait été préférable pour Netanyahu « de dire : ‘J’ai commis une erreur, je me suis fixé de faux objectifs que je n’ai pas pu atteindre.’ Cela aurait valu à Netanyahu beaucoup plus de crédit et de respect de la part du public s’il avait reconnu avoir tenu des propos creux. »

Eisenkot, qui s’impose comme le principal rival potentiel de Netanyahu lors des prochaines élections, a également accusé le Premier ministre de revenir sur les objectifs de guerre qu’il s’était auparavant fixés et de ne fournir « aucune réponse concrète à une nation qui a traversé les années les plus difficiles de son histoire ».

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a écrit sur X : « On peut affirmer que nous sommes une puissance proche de la domination régionale, on peut affirmer que nous sommes en danger d’anéantissement et à deux doigts d’une catastrophe massive, mais on ne peut pas défendre ces deux arguments à la fois, et certainement pas à une minute d’intervalle. »

Et le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, a déclaré : « Si vous avez consacré la majeure partie de votre vie à lutter contre la menace iranienne et que vous dites que nous avons frôlé l’anéantissement, alors vous avez échoué dans la mission de votre vie. Nous apprécions votre honnêteté. »

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