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Des ambulances de l'organisation juive Hatzola en proie aux flammes à Golders Green, Londres, le 23 mars 2026. (Capture d'écran : X ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Des ambulances de l'organisation juive Hatzola en proie aux flammes à Golders Green, Londres, le 23 mars 2026. (Capture d'écran : X ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)
"Nous devons à tout prix refuser d'être mis à l'écart"

Les Juifs britanniques « inquiets mais résilients » après l’attaque des ambulances, signe de la montée de l’antisémitisme

L’incendie qui a visé cette semaine des ambulances de la compagnie Hatzola à Londres a choqué mais pas surpris une communauté qui, depuis le 7-Octobre, continue de faire pression sur son gouvernement pour obtenir de l’aide

Des ambulances de l'organisation juive Hatzola en proie aux flammes à Golders Green, Londres, le 23 mars 2026. (Capture d'écran : X ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d'auteur)

LONDRES — C’est à 7 heures, ce lundi matin, que Simon Lester s’est présenté pour prendre son service d’ambulancier de garde pour l’organisation juive Hatzola.

Quelques minutes plus tôt, il avait appris la terrible nouvelle : quatre ambulances d’une antenne voisine de ce groupe de bénévoles juifs avaient été réduites en cendres par un incendie criminel à Golders Green, une banlieue du nord-ouest de Londres où vit une importante communauté juive.

« Je reste sans voix à l’idée que des gens puissent tomber aussi bas, au point de s’en prendre à une ambulance, un véhicule qui sauve des vies », a déclaré Lester au Times of Israel.

C’est le même sentiment qui anime ses collègues, qui donnent de leur temps et mettent leurs compétences en matière de secourisme au service des urgences médicales.

« La colère est grande », a ajouté Lester. « La peur est inévitable, mais je pense aussi que les gens sont déterminés à poursuivre leur mission et qu’ils ne se laisseront pas impressionner par une bande de voyous. Notre mission est de sauver des vies, et rien ne nous empêchera de le faire. »

Les agents antiterroristes de la police métropolitaine ont ouvert une enquête sur cet incendie criminel. Deux hommes ont été arrêtés puis remis en liberté sous caution. L’organisation Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya (HAYI), dont le nom signifie « Mouvement des compagnons de la Main Droite de l’Islam », a revendiqué l’attaque.

Avant cet incident et plusieurs autres attaques antisémites survenues récemment en Europe continentale, le groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya était quasiment inconnu. À ce titre, certains pensent qu’il est lié au régime iranien, lequel pourrait l’utiliser pour s’en prendre aux intérêts juifs à l’échelle mondiale, alors que les États-Unis et Israël poursuivent leur campagne de frappes aériennes contre la république islamique, qui a débuté le 28 février dernier.

Simon Lester dans une ambulance Hatzola à Londres, sur une photo non datée. (Autorisation : Lester)

Profondément bouleversée, la communauté juive britannique n’est pour autant pas surprise. Il y a tout juste une semaine, deux Iraniens ont comparu devant les tribunaux, accusés d’avoir surveillé et menacé plusieurs cibles juives, parmi lesquelles l’ambassade d’Israël, la plus ancienne synagogue du pays et le célèbre centre culturel JW3. Par ailleurs, moins de six mois se sont écoulés depuis qu’un terroriste a lancé son véhicule contre la synagogue de Heaton, à Manchester, le jour de Kippour, avant de poignarder deux personnes à mort.

Il s’agit de l’épisode le plus meurtrier parmi les 3 700 incidents antisémites recensés l’an dernier par le Community Security Trust — le deuxième chiffre le plus élevé jamais enregistré, après 2023.

Une inquiétude grandissante

Selon Michael Wegier, directeur général du Board of Deputies of British Jews, l’état d’esprit qui règne au sein de la communauté est « inquiet, mais résilient ».

« Il ne fait aucun doute que le niveau d’anxiété est à la hausse », confie-t-il. Il attribue cette situation à l’incendie criminel et à l’affaire d’espionnage présumée, certes, mais également à un article récemment publié dans le journal de gauche The Guardian, qui semblait justifier les actes de vandalisme anti-Israël qui ont visé Gail’s, une célèbre chaîne de boulangeries dont le nom fait référence à sa cofondatrice israélienne.

Les gens sont préoccupés par le climat de haine et de division, ainsi que par la guerre qui fait rage au Moyen-Orient. Et pourtant, « la vie continue », souligne Wegier. « Les synagogues sont ouvertes, les écoles aussi et les événements caritatifs ont lieu — rien ne s’arrête. »

Michael Wegier, directeur général du Board of Deputies of British Jews, à gauche, en compagnie du Premier ministre britannique Keir Starmer et d’autres personnalités politiques de premier plan ainsi que de représentants de la communauté juive, lors d’une table ronde sur l’antisémitisme au 10 Downing Street, le 23 mars 2026. (Crédit : Lauren Hurley / 10 Downing Street)

« L’antisémitisme est l’affaire de tous », poursuit-il. « C’est une attaque contre l’identité britannique. La communauté juive est présente dans le pays depuis près de 400 ans. Elle fait partie intégrante de la société britannique et du tissu social du pays », ajoute-t-il en soulignant que les attaques ne sont pas le seul fait d’extrémistes islamistes, mais émanent également de l’extrême gauche et de l’extrême droite.

Preuve supplémentaire du rôle central de cette communauté au sein de la société britannique, le roi Charles III a accepté cette semaine de devenir le parrain du CST.

« Nous devons à tout prix refuser d’être mis à l’écart. Nous devons au contraire écarter ceux qui tentent de nous exclure », affirme Wegier. « Les valeurs que véhiculent les extrémistes vont à l’encontre des valeurs britanniques. Il faut marteler ce message, encore et encore. »

Wegier figure parmi les nombreux dirigeants de la communauté invités à rencontrer le Premier ministre, Keir Starmer, à Downing Street quelques heures après l’attaque de lundi.

« Le gouvernement et l’opposition de ce pays nous ont apporté un formidable soutien », assure Wegier, évoquant les 28 millions de livres sterling que le gouvernement a octroyés au CST. « Mais ce qui est scandaleux, c’est que notre communauté ait besoin de cet argent. »

Tous les aspects de la vie sont touchés

L’antisémitisme envahit de nombreux aspects de la vie britannique.

Selon une récente étude de la Union of Jewish Students, la moitié (49 %) des étudiants disent avoir entendu sur leur campus des slogans ou des chants glorifiant le Hamas, le Hezbollah ou d’autres groupes interdits. Plus alarmant encore, l’étude révèle qu’un étudiant sur cinq refuserait catégoriquement de vivre avec un colocataire juif ou serait « peu disposé » à le faire.

Le secteur de la santé est tout aussi touché.

Un récent sondage réalisé par le collectif UK Doctors Anti-Racism montre l’ampleur du problème. Sa porte-parole a confié au Times of Israel : « Nous sommes profondément préoccupés par la progression effrénée d’un antisémitisme patent au sein des établissements de santé, alors que ceux-ci devraient offrir un environnement sûr à tous les patients comme à l’ensemble du personnel. »

Le ministre britannique de la Santé, Wes Streeting (à gauche), rencontre des habitants du quartier de Golders Green, au nord de Londres, le 23 mars 2026, après que des ambulances gérées par une organisation juive ont été incendiées pendant la nuit. (Crédit : Henry NICHOLLS / AFP)

« Une récente enquête que nous avons réalisée par sondage auprès de Juifs britanniques et/ou d’Israéliens a révélé que 44 % des personnes interrogées ont été victimes de haine à caractère antisémite ou anti-israélienne au sein des établissements de santé britanniques depuis octobre 2023, et que 76 % d’entre elles redoutent de faire face à ce type de haine au sein de ces mêmes établissements », explique-t-elle.

Le 7 octobre 2023, des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi Israël, tuant plus de 1 200 personnes et en enlevant 251 autres, emmenés de force dans la bande de Gaza. Ce massacre a marqué le début de deux années de guerre à Gaza, ainsi que d’une flambée inédite et mondiale de l’antisémitisme et du sentiment anti-israélien.

Bien que le collectif UK Doctors Anti-Racism salue la « condamnation de la haine » par le ministre de la Santé, Wes Streeting, ses membres réclament que celui-ci « présente de toute urgence un plan d’action clair ».

Lors de la réunion à Downing Street, Starmer a fait part de sa « détermination » à hâter la mise en œuvre de « réformes en profondeur » pour lutter contre l’antisémitisme au sein des ministères de la Santé et de l’Éducation, souligne Wegier.

L’ancienne députée travailliste Louise Ellman. (Autorisation : Ellman)

« Je ne doute pas de la sincérité du gouvernement, mais nous devons attendre de voir quelles mesures seront prises », ajoute-t-il.

Depuis le 7-Octobre, les villes britanniques sont le théâtre de manifestations pro-palestiniennes qui suscitent un débat public enflammé autour de la liberté d’expression. Si certaines mesures ont été prises pour empêcher que la situation ne dégénère en haine et en divisions, elles ne sont pas suffisantes, estime Wegier.

« Le seul point sur lequel nous sommes en désaccord avec le gouvernement concerne l’interdiction des différents groupes extrémistes. L’ensemble de la communauté s’interroge : jusqu’où faudra-t-il que ces groupes aillent avant d’être sanctionnés ? »

Ce point de vue est partagé par beaucoup. C’est notamment le cas de Louise Ellman. Cette ancienne députée travailliste a démissionné en 2019, sous le mandat de Jeremy Corbyn, avant de réintégrer le parti suite à l’élection de Starmer.

« Nous sommes de plus en plus inquiets face à la banalisation de l’antisémitisme », commente Ellman, qui est également vice-présidente du Jewish Leadership Council et membre du conseil d’administration des Labour Friends of Israel.

« L’attentat terroriste qui a frappé Heaton Park n’a surpris personne. Les appels incessants et bruyants, dans nos rues, à ‘mondialiser l’Intifada’ faisaient planer la menace d’une attaque meurtrière contre les Juifs britanniques. »

« L’incendie criminel des véhicules de Hatzola est un pas de plus dans la mauvaise direction car il exacerbe le sentiment d’insécurité qui règne au sein de la communauté », ajoute-t-elle. « La communauté est confrontée à des problèmes inédits ; nombre de ses membres s’interrogent sur leur avenir au Royaume-Uni. »

Ce dernier point revient de plus en plus souvent dans les débats.

« Si quelqu’un m’avait dit, il y a 10 ans, qu’un jour je ne me sentirais plus à l’aise de vivre ma vie de Juif à Londres ou que je ne me sentirais plus en sécurité, je lui aurais ri au nez et rétorqué : ‘C’est n’importe quoi ?!!’ » confie Colin Goldstein, qui travaille dans la Tech à Londres.

« Mais aujourd’hui, je sens bien qu’à moins que les choses changent radicalement, cela pourrait bien arriver. Je m’inquiète pour l’avenir du judaïsme britannique. »

« Ce n’est pas le fait d’aller à pied à la synagogue, pour Shabbat, qui m’inquiète. Ce n’est pas ça », ajoute-t-il. « C’est la prise de conscience déprimante que le pays ne fera, dans l’ensemble, rien contre la montée de l’antisémitisme… et qu’on arrivera tôt ou tard à un point de bascule. »

La prochaine génération

Goldstein explique que ses enfants ont été « très touchés » par l’attaque de Manchester. Certains de leurs proches vivent en effet tout près.

« Mais les enfants sont plutôt résilients, et nous ne devons pas sous-estimer leur détermination à s’opposer à l’antisémitisme », assure-t-il. « Ils vivent leur vie, mais je ne veux pas qu’ils s’habituent à vivre avec les hauts niveaux d’antisémitisme auxquels ils sont exposés via TikTok et d’autres réseaux sociaux. »

C’est pourtant difficile à éviter.

Le Times of Israel s’est entretenu avec plusieurs mères juives qui témoignent des problèmes de leurs enfants.

Illustration : Des policiers armés se tenant avec leurs armes à l’intérieur d’un cordon de police établi après une attaque terroriste meurtrière perpétrée dans la synagogue Heaton Park Hebrew Congregation, à Crumpsall, au nord de Manchester, le 2 octobre 2025. (Crédit : Paul Currie/AFP)

« Depuis le 7-Octobre, ma fille adolescente fait face à un tel niveau d’antisémitisme, à l’école, qu’elle en vomit le matin, à cause du stress », déclare une mère qui a demandé à se faire connaitre sous le nom de Liz. « Malheureusement, c’est quelque chose qui vient des élèves et des enseignants, et l’école est impuissante à régler ce problème. »

Une mère du nom de Michal explique que son fils subit de l’antisémitisme à l’école depuis ces deux dernières années.

« Malheureusement, cela l’a privé de vivre de moments qui auraient dû être de bons moments », dit-elle. « Et au pire, cela a entamé sa foi en l’humanité, l’a amené à réfléchir à son avenir ici, au Royaume-Uni, et aux choix à faire pour son avenir. »

D’autres se montrent légèrement plus positifs.

« Je crois que les citoyens lambda commencent à voir le monde tel que nous le voyons. Les autres ne sont qu’une minorité bruyante », affirme une mère du nom de Kim.

Des manifestants anti-Israël participant à une manifestation lors de la Journée d’Al-Qods, à Londres, le 5 avril 2024. (Crédit : Kin Cheung/AP Photo)

« Je suis d’accord sur le fait que la vie au Royaume-Uni ne semble plus idéale, pour nous les Juifs, mais je ne suis pas sûre qu’il faille nous préparer en cas de besoin de partir en urgence, comme l’ont fait nos proches dans les années 1930 en Europe… tout du moins pas encore. »

Comme le dit l’adage, deux Juifs, trois opinions. Ce qui n’empêche pas Wegier d’aligner les preuves.

« Si on regarde les chiffres migratoires, on voit que pour deux Juifs britanniques qui [partent s’installer en Israël], trois Israéliens viennent s’installer au Royaume-Uni », explique-t-il tout en admettant que cela pourrait changer.

« Le fait de vivre dans un certain contexte fait que parfois, ce qu’on voit à l’étranger peut nous paraître bien pire. Nous sommes très, très inquiets pour nos amis et proches israéliens qui subissent les tirs de roquettes, comme eux sont très préoccupés par l’inquiétude bien réelle qui règne au sein de la communauté juive d’ici », ajoute Wegier

« Je pense que la Grande-Bretagne et Israël sont tous deux des lieux de vie fantastiques pour les Juifs, sur le long terme. J’espère qu’il restera des communautés dynamiques dans les deux pays », conclut-il.

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