Les manifestants détenus pendant la nuit disent l’avoir été à titre punitif
'Nous sommes des manifestants, pas des criminels', a déclaré l'un des militants relaxés ; le tribunal de Tel Aviv a libéré trois manifestants sous conditions restrictives
Deux hommes arrêtés lors des manifestations de dimanche à Jérusalem ont affirmé devant le tribunal que la police les avait arrêtés en guise de « punition » pour leur rôle dans l’organisation des rassemblements, et afin de dissuader d’autres manifestants, et non pour des questions d’ordre public.
Le juge, à qui la police avait demandé de signer une ordonnance prolongeant la détention des deux hommes après leur nuit en garde à vue, a rejeté cette demande, estimant que les motifs invoqués par la police pour les maintenir en détention n’étaient pas valables.
« Il s’agit d’une arrestation tout à fait abusive », estime Matanel Ciechanowski, l’un des manifestants qui a passé la nuit en détention dans la capitale.
« Nous sommes des manifestants, pas de présumés criminels. »
Lundi vers midi, Ciechanowski et son compère Rom Leor ont été conduits au tribunal de Jérusalem, vêtus des vêtements qu’ils portaient dimanche et menottés aux chevilles. Un représentant de la police a demandé qu’ils restent en détention pendant deux jours de plus.
Ils font partie des 34 manifestants arrêtés dans tout le pays pour avoir bloqué des routes lors de la grève nationale organisée en début de semaine afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il négocie un accord de cessez-le-feu et de libération des 50 otages encore aux mains du groupe terroriste palestinien du Hamas.
La plupart des manifestants interpelés ont été relâchés après quelques heures passés au commissariat, parfois avec une amende pour infraction au code de la route. Mais cinq d’entre eux, Ciechanowski et Leor, à Jérusalem, ainsi que trois autres à Tel Aviv, ont été maintenus en détention toute la nuit.
Sur les trois personnes arrêtées à Tel Aviv, deux ont été assignées à résidence et la troisième a été remise en liberté. Selon leur avocat, Me Nir Alfasa, elles sont toutes interdites de manifestation jusqu’au 15 septembre.
Selon Me Yoni Nussbaum, qui représente les deux manifestants de Jérusalem, l’arrestation de ses clients est « politique », conçue pour les punir et dissuader de futures manifestations.
Pour qu’un tribunal prolonge la détention d’un suspect, le juge doit être convaincu que celui-ci représente une menace pour la sécurité publique ou qu’il risque d’entraver l’enquête en cas de remise en liberté.
La police a invoqué le premier motif, qualifiant les deux hommes de danger pour la sécurité et avertissant qu’ils « entraîneraient d’autres personnes » dans de futurs actes de désobéissance civile. Cet argument a toutefois été rapidement rejeté par la juge Moriah Cherka, qui a estimé que la manifestation de dimanche s’inscrivait dans le cadre d’une journée de grève qui s’est terminée dans la nuit.
« Il n’y a aucune intention de perturber la circulation le lendemain », a-t-elle estimé, autorisant les deux hommes à partir sans aucune restriction.
La police a arrêté Ciechanowski et Leor à la fin d’un défilé de trois heures dans Jérusalem, qui a pris une tournure inattendue dès les premières minutes, lorsque des centaines de manifestants se sont précipités sur l’autoroute Begin et ont bloqué la circulation.
Les forces de l’ordre ont autorisé le défilé le long de la route principale jusqu’au tunnel de la Route 16. Les manifestants se sont alors assis sur l’asphalte et ont refusé de bouger. La police a commencé à les traîner sur le trottoir et à asperger ceux qui restaient au milieu de la route à l’aide d’un canon à eau.
Cinq personnes ont été arrêtées sur le champ, a déclaré dimanche le porte-parole des forces de l’ordre au Times of Israel. Toutefois, Ciechanowski et Leor ont été arrêtés séparément des cinq autres, bien après que les manifestants ont cessé de bloquer la circulation dans le tunnel.
« À la fin du cortège, alors que cinq personnes avaient déjà été arrêtées, un groupe de policiers en civil nous a attrapés, Rom et moi », témoigne Ciechanowski.
« Alors que j’étais à l’arrière du cortège, sans mégaphone. »
Leor a été arrêté quelques minutes plus tôt, lui aussi par des policiers en civil.
« Ils m’ont immobilisé, mis les mains dans le dos, menotté et dit que j’étais en état d’arrestation », explique-t-il avant de préciser qu’à ce moment-là, les agents ne leur avaient donné aucune raison.
Ciechanowski et Leor ont déclaré au Times of Israel qu’ils pensaient que la police les avait reconnus de manifestations précédentes. Tous deux participent en effet depuis des années aux manifestations anti-gouvernement à Jérusalem, d’abord lors des manifestations de masse contre la refonte du système judiciaire, puis plus récemment, en faveur d’un accord pour la libération des otages et la fin de la guerre à Gaza.
« Il s’est écoulé plus d’une demi-heure entre l’arrestation des cinq manifestants et celle des deux répondants. Je vais vous dire pourquoi : parce qu’ils étaient considérés comme des organisateurs », a déclaré au juge leur avocat, Me Nussbaum, lundi.
Le représentant de la police, le sergent Ziv Harari, a répondu dans la salle d’audience qu’il « ne contest[ait] pas qu’ils soient les organisateurs ».
« Lors de l’événement, un policier a remarqué des suspects qui donnaient des instructions à d’autres personnes vers la route Bezalel [Bazak] afin de perturber l’ordre public. Les deux prévenus ont joué le rôle d’organisateurs de ces troubles », a déclaré Harari, estimant que les deux hommes faisaient en sorte de provoquer de graves troubles à l’ordre public en leur qualité de militants.
Selon Ciechanowski, son arrestation témoigne de la volontée répétée de la police de « punir les manifestants » de manifester.
« C’est un problème, car cela ne relève pas de la compétence du juge. [Lorsqu’elle traite des arrestations], elle n’est pas censée punir les gens », ajoute-t-il.
Il estime qu’il y a eu un « déclin des pratiques démocratiques dans ce pays, qui se manifeste particulièrement lorsqu’il s’agit de manifestations contre la guerre ».
Dimanche, à 19 heures, les cinq autres manifestants ont été autorisés à quitter le commissariat de Moriah, à Jérusalem, mais pas Ciechanowski et Leor . Ils ont raconté avoir été transférés au commissariat de Harel, à Mevaseret Zion, où ils ont passé une partie de la nuit, car il n’y avait pas de lits disponibles pour eux à Jérusalem.
La police les a ensuite ramenés dans la capitale au petit matin. Ciechanowski a été placé en garde à vue, tandis que Leor a été transféré à l’administration pénitentiaire israélienne (IPS) et détenu dans une cellule du Russian Compound en attendant leur comparution devant le tribunal.
« Le plus difficile pour moi, lors de cette détention, c’est le sentiment d’avoir été considéré comme quelqu’un de mauvais, un criminel qui a fait quelque chose de mal », confie Leor, qui est étudiant à l’université hébraïque.
Il ajoute manifester pour « des causes qu’il estime justes et importantes, pour le bien du pays ».
Parmi les manifestants arrêtés dimanche, 26 l’ont été à Tel Aviv, sept à Jérusalem et un à Ness Ziona. D’autres personnes ont été interpelées par la police, puis relâchées sur place, ce qui porte à 38 le nombre total de manifestants interpelés.