Les partis arabes célèbrent des gains historiques
La forte participation dans les villes arabes est attribuée aux provocations d'Itamar Ben Gvir et à son refus de lutter contre la criminalité ; le chef de Raam dit discuter avec les deux blocs
Les deux partis dirigés par des Arabes à la Knesset ont célébré un succès sans précédent lors des élections de mardi, même si des questions importantes subsistaient quant à leur intégration dans la prochaine coalition gouvernementale.
Les sondages à la sortie des urnes publiés par les Onzième et Treizième chaînes ainsi que N12 prévoyaient 11 ou 12 sièges pour la Liste arabe unie et 7 sièges pour le parti islamiste Raam, ce qui donnerait au « bloc arabe » 18 ou 19 sièges.
Le meilleur résultat jamais obtenu par des partis à majorité arabe en Israël remontait à 2020, lorsque la Liste arabe unie, qui comprenait alors Raam, avait remporté 15 sièges. Les deux partis détiennent actuellement 10 sièges à la Knesset, Balad ayant fait campagne seul lors des dernières élections et n’ayant pas franchi le seuil électoral.
Le taux de participation dans les villes arabes a semblé connaître un pic mardi, de nombreux électeurs affirmant avoir été motivés par la volonté de renverser le gouvernement actuel – le plus à droite de l’histoire d’Israël – qu’ils considéraient comme particulièrement hostile envers leur communauté.
À Nazareth, le taux de participation a atteint 72,2 %, contre 48,29 % en 2022, tandis qu’à Rahat, il a grimpé à 82 %, en forte hausse par rapport aux 60,61 % enregistrés en 2022. À Umm al-Fahm, le taux de participation s’est élevé à 75,7 % mardi, contre seulement 38,29 % quatre ans plus tôt.
Raam, dirigé par le député Mansour Abbas, a manifesté son intérêt pour rejoindre une coalition gouvernementale menée par le « bloc du changement », opposé au Premier ministre Benjamin Netanyahu. Cependant, plusieurs partis de ce bloc ont juré qu’ils ne s’associeraient pas à un parti à majorité arabe.
La Liste arabe unie, plus nationaliste et plus portée sur la question palestinienne, s’est montrée plus réticente à l’idée de rejoindre un gouvernement alternatif, mais a indiqué sa volonté de coopérer avec les partis d’opposition afin de remplacer Netanyahu – éventuellement en s’abstenant ou en votant en faveur de la formation d’une coalition alternative, sans y adhérer activement.
Mardi soir, Ahmad Tibi, député de la Liste arabe unie, a écrit sur le réseau social X : « C’est soit Bibi, soit Tibi. »
« Nous sommes là – pas sur la touche »
Parallèlement, au siège du parti Raam à Sakhnin, les partisans ont poussé des cris de joie lorsque les sondages à la sortie des urnes ont annoncé sept sièges pour le parti, soit deux à trois sièges de plus que la plupart des sondages réalisés au cours des mois précédant les élections. Les acclamations se sont toutefois transformées en huées et en railleries lorsque l’écran a affiché les résultats des partis Otzma Yehudit du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et HaTzionout HaDatit du ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui devaient remporter chacun six ou sept sièges.
« C’est nous tous ensemble qui avons obtenu ce résultat », a déclaré Abbas à ses partisans.
« Nous allons transformer cette puissance électorale en une force politique influente. Nous sommes là – et non sur la touche. »
S’adressant à Yoav Segalovitz, le député juif et haut responsable de la police qui a mené une campagne sans précédent en tant que numéro 2 sur la liste du parti, Abbas a ajouté en hébreu : « Cher ami courageux, tu es entré dans l’Histoire. »
S’exprimant peu après sur la chaîne N12, Abbas a indiqué qu’il était en contact avec des personnalités des blocs pro- et anti-Netanyahu au sujet d’une coopération politique.
« Tout le monde nous parle – et pas seulement ceux du bloc du changement », a déclaré Abbas à N12, laissant entendre que des personnalités du bloc pro-Netanyahu l’avaient également approché. Abbas a fait part de sa volonté de rejoindre un gouvernement dirigé par le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, mais a précisé qu’il fallait d’abord s’assurer de la viabilité d’une telle coalition.
Il a reconnu qu’ « à l’heure actuelle, les chiffres ne permettent pas de former [un tel] gouvernement », les sondages à la sortie des urnes prévoyant 49 à 51 sièges pour les partis d’opposition sionistes et sept pour Raam – soit deux à quatre sièges de moins que la majorité de 61 sièges nécessaire pour former une coalition.
Mercredi matin, à Sakhnin, la députée Iman Khattib Yassin (Raam) a déclaré au Times of Israel : « Il est encore trop tôt pour parler des lignes rouges du parti dans les négociations en vue de son entrée dans le prochain gouvernement. »
« Nous sommes là pour servir nos citoyens, et nous le ferons à tout prix. Mais il n’y a pas lieu de payer un prix excessivement élevé », a-t-elle ajouté.
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Concernant les Arabes qui ne sont pas citoyens d’Israël, elle a déclaré : « Ils méritent leur propre État palestinien », ajoutant : « Il est temps d’entamer un processus diplomatique en faveur de la paix.
« Cette terre peut nous nourrir tous. »
Au siège de la Liste arabe unie à Nazareth, les partisans ont également applaudi et acclamé l’annonce des résultats des sondages à la sortie des urnes diffusés à la télévision.
Des slogans jubilatoires en arabe, tels que « Va-t’en, Ben Gvir », ont retenti, auxquels se sont joints le chef du parti, Youssef Jabareen, ainsi que d’autres députés et futurs députés.
Jabareen a déclaré à ses partisans que son parti « espère renvoyer chez eux Bibi, Ben Gvir, Smotrich et ce gouvernement aux mains ensanglantées ».
Plus tôt mardi, Jabareen avait déclaré : « Netanyahu, vous continuez à inciter à la haine contre les citoyens arabes et à remettre en cause notre légitimité à voter et à influencer la carte politique », en réponse à la rhétorique répétée du Premier ministre appelant ses partisans à contrer la forte participation arabe prévue.
« La population arabe sait comment vous punir aujourd’hui et vous renvoyer chez vous, vous et votre gouvernement ensanglanté. »
« Nous voulons un gouvernement normal – peu importe qu’il soit juif ou arabe »
Les analystes et les électeurs ont souligné que la hausse du taux de participation dans les communautés arabes était due, au moins en partie, au comportement antagoniste affiché par Ben Gvir durant ses quatre années au poste de ministre de la Sécurité nationale, ainsi qu’à son incapacité à endiguer la flambée de la criminalité violente dans le secteur arabe.
Dans la ville bédouine de Rahat, dans le sud du pays, des électeurs ont déclaré mardi au Times of Israel que Ben Gvir les avait unis et mobilisés comme jamais auparavant, soulignant la forte augmentation des démolitions de logements et l’absence d’efforts pour lutter contre la violence armée sous le gouvernement actuel.
Dans la ville arabe de Qalansawe, située au centre du pays, Ahmad Matana, 40 ans, a déclaré au Times of Israel qu’il avait voté pour la première fois de sa vie à une élection à la Knesset, en donnant sa voix à Raam.
Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il votait maintenant, il a répondu : « Tout ce gâchis… En bref, nous voulons du changement. »
« Nous voulons un gouvernement normal », a-t-il déclaré. « Peu importe qu’il soit juif ou arabe. Nous voulons vivre en paix et en toute tranquillité. C’est ce qui compte le plus. »
Rana, 26 ans, a également voté pour la première fois de sa vie, poussée par la flambée de la criminalité au sein de la communauté arabe, a-t-elle confié au Times of Israel : « Cette fois-ci, c’est important. »
Elle a précisé avoir voté pour la Liste arabe unie, alors que la plupart des membres de sa famille ont voté pour Raam.
Afif Jayousi, maire-adjoint de Qalanaswe et membre de Raam, a déclaré au Times of Israel : « Depuis quatre ans, nous avons beaucoup souffert sous ce gouvernement. Il était bien trop raciste. »
Hanna Swaid, ancien député et chrétien originaire de Galilée, a déclaré que quatre années de colère latente à l’égard de Netanyahu poussaient le taux de participation à des niveaux records, tant parmi les citoyens arabes que juifs d’Israël.
« Les citoyens palestiniens veulent changer les choses et chasser les ministres extrémistes », a-t-il déclaré, faisant référence à Ben Gvir et Smotrich.
« La seule façon d’y parvenir dans un État démocratique – pour autant qu’on puisse encore qualifier Israël ainsi -, ce sont les élections. »
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Diana Bletter et Sue Surkes ont contribué à cet article.