Les partis se préparent, et Eisenkot tente sa voie vers le pouvoir au cœur de l’ancien Likud
Dans un paysage politique figé, la victoire de Netanyahu reste incertaine. Son principal rival se positionne à droite, avec un nouveau parti qui ressemble beaucoup à ce qu'était le Likud
Au cours des dernières semaines précédant la date butoir, la semaine dernière, du dépôt des listes électorales, les partis politiques israéliens ont multiplié les initiatives : ils ont recruté des généraux, des réservistes et des transfuges politiques, négocié des fusions et remanié leurs listes en vue de la première élection nationale depuis le 7-Octobre.
Mais une fois la poussière retombée, la date butoir passée et les listes des 38 partis déposées pour le scrutin du 27 octobre, le paysage politique est apparu étonnamment familier. Aucune fusion spectaculaire de dernière minute n’a eu lieu, et selon les derniers sondages, la donne électorale est restée globalement la même.
Le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a toujours pas de perspective claire d’obtenir la majorité ; quant aux partis qui cherchent à le renverser, ils sont toujours idéologiquement disparates et divisés sur le choix des partenaires de coalition potentiels.
Lors des précédents scrutins, les derniers instants avant le dépôt des listes électorales réservaient souvent des rebondissements spectaculaires, notamment en raison des tentatives de Netanyahu d’orchestrer des rapprochements entre des alliés potentiels et d’empêcher les querelles internes susceptibles de compromettre ses espoirs de coalition.
Cette année, de nombreux partis ont déposé leurs listes bien avant la date limite, préférant rester indépendants – et échapper ainsi aux manœuvres de dernière minute du maître des tractations.
Netanyahu, pour sa part, semble avoir plus important à faire.
Plutôt que de s’inquiéter de la poignée de petits partis alliés comme Otzma Yehudit, HaTzionout HaDatit et Amkha Yisrael, qui se disputent les voix de la droite, la principale préoccupation du dirigeant du Likud tient sans doute au fait qu’il devra lui aussi se battre pour obtenir le soutien de la droite, non pas face à un allié potentiel, mais face à son principal rival.
Témoignant d’un glissement général vers la droite de l’électorat israélien, le dirigeant de Yashar, Gadi Eisenkot, séduit les électeurs de droite et arrive en tête dans les sondages grâce à un parti qui, à bien des égards, ressemble au Likud d’autrefois.
Sondage après sondage, Yashar talonne le Likud, faisant d’Eisenkot la figure de l’opposition la mieux placée, non seulement pour diriger le plus grand parti de la prochaine Knesset, mais aussi pour former le prochain gouvernement et remplacer Netanyahu au poste de Premier ministre.
Pour s’assurer un soutien, Netanyahu s’appuiera largement sur les partis de droite, qui ont rejeté ses propositions d’alliance et qui vont désormais se disputer le même réservoir limité de voix.
En résulte une multitude de petits partis alliés, qui s’affrontent pour le contrôle des mêmes voix de droite. Le parti Amkha Yisrael d’Ofer Winter semble jusqu’à présent tirer l’essentiel de son soutien d’autres formations de droite, notamment HaTzionout HaDatit, qui oscille depuis des mois autour du seuil électoral et dont l’arrivée de Moshe Feiglin, du parti libertaire Zehut, n’a guère amélioré les résultats.
Le parti Kakhol lavan de Benny Gantz pourrait théoriquement apporter un soutien supplémentaire. Gantz n’a jamais catégoriquement exclu de gouverner aux côtés de Netanyahu. Il a d’ailleurs déjà sauvé ses gouvernements par le passé. Mais après des mois de stagnation sous le seuil électoral dans les sondages et une hémorragie constante de figures éminentes au sein de son parti, il est loin d’être certain que Kakhol lavan aura des sièges à offrir.
Ainsi, le bloc potentiel de Netanyahu semble très peu différent de celui avec lequel il gouverne actuellement : le Likud aux côtés des partis haredim Shas et Yahadout HaTorah, ainsi que les partis d’extrême droite Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit – avec toutefois l’ajout éventuel de Winter. Mais même les sondages qui prévoient une entrée à la Knesset des six partis montrent que ce bloc serait bien loin d’obtenir les 61 sièges nécessaires pour gouverner, en grande partie à cause de la perte de soutien dont souffre le Likud – une situation rendant difficile la formation d’un gouvernement.
Si une grande partie du soutien qui allait autrefois au Likud s’est désormais reportée sur Yashar, le reste du camp anti-Netanyahu couvre un spectre idéologique beaucoup plus large.
Yashar, BeYahad, HaDemocratim et Yisrael Beytenu – les quatre principaux partis sionistes qui cherchent à renverser le gouvernement – sont convenus de coopérer dans ce but. Ils ont signé entre eux des accords de répartition des voix afin de s’assurer aucun vote excédentaire ne sera perdu. Cependant, après la date butoir pour le dépôt des listes électorales, ils sont apparus comme autant de projets politiques distincts, avec des électorats différents et des visions potentiellement contradictoires quant à la suite des événements.
Pendant une grande partie de la campagne, la distinction entre Yashar et BeYahad, le parti de Naftali Bennett, est restée assez floue. Bennett a d’abord cherché à s’imposer comme la figure de l’opposition capable de remplacer Netanyahu, en constituant une large coalition profondément ancrée dans la droite israélienne.
L’ex-Premier ministre et chef du parti BeYahad, Naftali Bennett, aux côtés du chef de l’opposition Yaïr Lapid et de membres du parti, présentant sa liste pour les prochaines élections législatives, à Tel Aviv, le 6 septembre 2026. (Crédit : Flash90)
Mais alors que l’ascension fulgurante d’Eisenkot attirait de plus en plus ces électeurs vers Yashar, BeYahad a réorienté ses efforts vers l’électorat restant : les centristes sionistes libéraux qui ne s’identifient ni à la gauche ni à la droite.
Le parti HaDemocratim, pour sa part, occupe la position la plus clairement définie au sein de la gauche sioniste. Le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman reste quant à lui résolument laïc et belliciste. Leurs listes définitives de candidats ne comportaient que peu de changements ou de nouveaux visages et, à l’instar de la majorité des listes déposées la semaine dernière, peu d’éléments susceptibles de modifier fondamentalement les identités politiques qu’ils avaient déjà établies.
Le résultat est presque à l’opposé de la situation difficile dans laquelle se trouve Netanyahu : les partis qui cherchent à le remplacer disposent de possibilités plus nombreuses pour obtenir la majorité, mais sans pour autant s’accorder sur la forme que prendrait un gouvernement les réunissant.
Le Likud, traditionnel et moderne
Au cœur de ces voies concurrentes se trouve Eisenkot. Sondage après sondage, Yashar arrive au coude à coude avec le Likud, faisant d’Eisenkot la figure de l’opposition la mieux placée, non seulement pour diriger le plus grand parti de la prochaine Knesset, mais aussi pour former le futur gouvernement et succéder à Netanyahu au poste de Premier ministre.
C’est pourquoi la nature du parti qu’il a constitué revêt une importance d’autant plus grande. Alors que Yashar se présente comme un nouveau mouvement politique ouvert à tous, capable de transcender les clivages traditionnels en Israël, et que sa liste de candidats regorge de nouveaux visages, les orientations politiques que ces candidats défendent sont quant à elles bien plus familières.
Lors de la présentation de sa liste de 40 candidats devant plusieurs centaines de partisans à Rosh Haayin le 7 septembre, seuls quelques politiciens confirmés figuraient parmi les nombreux anciens hauts fonctionnaires, responsables de la sécurité, réservistes, élus municipaux et citoyens dont la vie a été bouleversée par les événements du 7-Otobre et la guerre qui s’en est suivie.
L’événement lui-même ressemblait moins à un rassemblement de campagne qu’à une préparation à la bataille. Rien ou presque de cette ambiance tribale, presque familiale, qui caractérise les rassemblements du Likud, ni de l’exubérance juvénile qui avait marqué la présentation des candidats de BeYahad la veille. Si l’événement de BeYahad tenait davantage d’un rassemblement de soutien, celui de Yashar s’apparentait plutôt à l’atmosphère d’une salle de crise.
Et pourtant, force est de constater qu’il est difficile de juger si les candidats présentés sur scène, pour la plupart inconnus, sont réellement prêts à gouverner. Beaucoup affichent des parcours professionnels impressionnants en dehors de la politique, sans avoir pour autant d’expérience, ou très peu, des fonctions politiques au niveau national.
L’anonymat relatif de cette liste présente également un risque politique. Avec autant de candidats n’ayant jamais occupé de mandat électif, les électeurs disposent de peu d’éléments pour évaluer leurs prises de position sur les enjeux clés, la fermeté avec laquelle ils défendent leurs positions déclarées, ou encore la manière dont ils se comporteraient face aux pressions liées à l’exercice du pouvoir.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett en a fait l’amère expérience après que des membres de son parti de droite, Yamina, notamment Idit Silman et Amichai Chikli, ont fait défection et fait tomber son gouvernement éphémère avant de rejoindre le Likud et d’obtenir des postes ministériels.
Un précédent qui peut se révéler particulièrement pertinent compte tenu de la forte orientation à droite de la liste d’Eisenkot, malgré les efforts de Netanyahu et de ses alliés pour présenter Yashar comme le vecteur du retour au pouvoir de la gauche israélienne.
Yashar évite résolument de se définir comme étant de droite ou de gauche. Un jeune militant présent au congrès du parti a décrit Eisenkot comme « ni de gauche ni de droite, mais droit, intègre, honnête ».
Le parti, pourtant, ne vise pas les électeurs de l’opposition, mais les anciens électeurs du Likud et d’autres partis de droite qui ont perdu confiance en Netanyahu, sans pour autant renoncer à leurs convictions politiques de fond. Ses candidats rappellent le Likud d’autrefois – avant que la loyauté envers Netanyahu et la dépendance vis-à-vis des partis haredim ne deviennent les traits distinctifs du parti.
« Nous savons que certains ont toujours dit ‘Bibi, tout simplement’ parce que c’est ce qu’ils entendaient chez eux. Mais aujourd’hui, ils s’ouvrent à d’autres horizons et envisagent d’autres options », a déclaré le jeune militant.
En tête de la liste du parti figure un descendant de l’ancien Likud, Shaul Meridor, ancien directeur du budget au ministère des Finances et fils de Dan Meridor, ancien ministre du Likud devenu critique du gouvernement.
Si sa liste électorale dans son ensemble paraît largement laïque, les sionistes religieux sont surreprésentés parmi ses principaux candidats, notamment l’ancien député de Yesh Atid Elazar Stern, les anciens députés de Kakhol lavan Matan Kahana et Chili Tropper, ainsi que Shira Shapira, Elyasaf Peretz et Yoram Cohen.
Plusieurs de ses personnalités politiques confirmées sont issues, à l’instar d’Eisenkot, du parti Kakhol lavan de Benny Gantz, aujourd’hui en pleine désagrégation. Il s’agit notamment de Kahana, Tropper et Orit Farkash-Haochen. À l’instar de Yashar, le parti de Gantz puisait largement dans le centre-droit. Il s’est allié à un gouvernement dirigé par Netanyahu à plusieurs reprises, notamment immédiatement après le 7-Octobre.
Globalement, cette liste complique la donne pour les électeurs hostiles au gouvernement, principalement libéraux et laïques, qui espéraient peut-être que la destitution de Netanyahu marquerait le début d’une nouvelle ère de progressisme, mais qui voient dans un gouvernement dirigé par Eisenkot la seule chance réaliste de renverser le Premier ministre de longue date et son gouvernement d’extrême droite, le plus radical de l’histoire de l’État.
Ce qui place le plus clairement les candidats de Yashar à l’opposé de Netanyahu et de ses alliés dans le paysage politique israélien, c’est leur opposition à la dépendance du gouvernement actuel vis-à-vis des partis haredim et à son refus d’assumer la responsabilité des événements du 7-Octobre, plutôt qu’une vision idéologique du monde fondamentalement différente.
Des alliés improbables
Pourtant, alors même que Yashar a fait du service universel l’une de ses promesses de campagne phares – réitérée à plusieurs reprises lors de l’événement de la semaine dernière –, au même titre que la transparence sur les événements du 7-Octobre et le rétablissement de la confiance du public dans le gouvernement, Eisenkot a laissé ouverte la possibilité de gouverner avec les partis haredim qui ont passé une grande partie du mandat du gouvernement sortant à s’opposer aux efforts visant à étendre la conscription.
Inbar Harush Gity, ancienne responsable de la direction du ministère de la Défense chargée de promouvoir l’enrôlement des Haredim et numéro 11 sur la liste de Yashar, a réaffirmé au Times of Israel, à Rosh Haayin, que le parti ferait adopter un service militaire ou national obligatoire pour tous les Israéliens, et qu’il imposerait des sanctions économiques à ceux qui refuseraient de servir, tout en créant des cadres militaires et éducatifs destinés à rendre ce service plus accessible aux Haredim.
Cette position distingue Eisenkot de BeYahad, HaDemocratim et Yisrael Beytenu, qui ont exclu toute coalition avec les partis haredim. Eisenkot a en revanche tendu la main au Shas, tandis qu’Adina Bar-Shalom, fille du défunt chef spirituel du Shas, le rabbin Ovadia Yosef, s’est vu attribuer une place d’honneur sur la liste de Yashar et a été applaudie lors de l’événement de lundi.
Interrogée sur cette contradiction apparente, Harush Gity a déclaré que le service universel serait une condition pour tout parti souhaitant entrer dans une coalition menée par Yashar.
« Aucun des partis haredim que je connais aujourd’hui n’a accepté ce principe », a-t-elle ajouté. « Ils se sont eux-mêmes exclus en refusant de l’accepter. »
Pour l’instant, le partenariat entre Yashar et le Shas reste donc largement théorique. Mais le refus d’Eisenkot de fermer la porte est révélateur. Si le Shas venait finalement à accepter une forme quelconque de conscription des Haredim, Yashar pourrait se retrouver dans une situation similaire à celle des gouvernements dirigés par le Likud depuis des décennies, qui dépendaient de partenaires haredim pour obtenir la majorité parlementaire.
La conscription n’est qu’un élément parmi d’autres de cette relation, au même titre que les normes en matière d’éducation, la participation au marché du travail et le financement public massif des institutions qui ont permis à la communauté haredi de conserver un degré d’autonomie important. Yashar a clairement exprimé sa position sur le service militaire, mais s’est montré moins précis quant à sa volonté de modifier en profondeur cet accord global – ou quant à ce qu’il serait prêt à concéder à ses partenaires haredim au sein de la coalition sur ces questions.
Rien de tout cela ne fait de Yashar l’équivalent du Likud de Netanyahu, ni d’un gouvernement dirigé par Eisenkot l’équivalent de l’actuel. Mais cela souligne ce que le discours du parti, sa liste de candidats et son électorat cible laissent déjà entrevoir : Yashar n’est pas une alternative de gauche libérale au Likud. À bien des égards, il se positionne pour proposer une version différente de la droite israélienne. Une version qui promet un leadership différent, une plus grande retenue institutionnelle et une prise de responsabilité concernant les événements du 7-Octobre, mais qui pourrait se heurter à certaines des mêmes contraintes de coalition et à la même vision idéologique qui caractérisent le Likud d’aujourd’hui.
Les listes de candidats des partis haredim elles-mêmes suggèrent qu’ils comprennent à quel point les attentes de cet électorat ont changé.
L’ajout peut-être le plus incongru sur l’une des listes des grands partis a été celui du major (de réserve) Dror Amos, président du Conseil religieux de Haïfa, que le Shas a placé en sixième position – un rang réaliste à la Knesset pour ce parti auquel les sondages prédisent environ sept sièges.
Contrairement à l’autre grand parti haredi, Yahadout HaTorah, plusieurs députés du Shas, anciens et actuels, ont effectué leur service militaire – tout comme certains membres de la base du parti. La place de choix accordée à Amos témoigne des efforts de plus en plus visibles déployés par le parti pour mettre en avant le service militaire au sein de ses propres rangs, alors même qu’il a passé une grande partie du mandat du gouvernement sortant à tenter de faire adopter des lois permettant d’exempter la communauté haredi du service militaire.
Se pose également la question de savoir si le Shas ne chercherait pas à se rendre plus acceptable aux yeux de Yashar et à se frayer un chemin vers une future coalition. BeYahad, HaDemocratim et Yisrael Beytenu se sont tous engagés à ne pas gouverner avec les partis haredim, laissant peu de place à l’hypothèse d’une participation de ces partis à un tel gouvernement – même si les calculs de coalition ont parfois le don d’assouplir les lignes rouges fixées en période de campagne.
Eisenkot pourrait aussi trouver un autre moyen d’obtenir la majorité. Le Raam de Mansour Abbas se présente séparément de la Liste arabe unie, qui a été relancée. Il recueille dans les sondages un score largement supérieur au seuil électoral – ce qui pourrait apporter à l’opposition la poignée de sièges dont elle aurait besoin si Yashar, BeYahad, HaDemocratim et Yisrael Beytenu échouaient à atteindre à eux seuls la majorité de 61 sièges.
Le Raam semble lui aussi vouloir se rendre plus acceptable aux yeux d’Eisenkot : il a en effet recruté l’ancien député de Yesh Atid Yoav Segalovitz, un ancien haut responsable de la police largement respecté, et a accepté les conditions posées par Eisenkot à ses partenaires de coalition potentiels, notamment la reconnaissance d’Israël comme État juif et démocratique, le soutien aux valeurs de la Déclaration d’indépendance et le service militaire ou national obligatoire pour tous les citoyens.
Il n’est pas non plus certain que les quatre partis d’opposition acceptent de gouverner avec Raam. Mais entre Abbas et la possibilité — aussi lointaine soit-elle — d’un ralliement du Shas, Eisenkot dispose de soutiens potentiels au-delà du bloc d’opposition quadripartite, un avantage dont Netanyahu ne bénéficie pas actuellement.