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Interview

Yoav Segalovitz : « il faut abattre les murs, non les renforcer »

Ce n'est qu'en étant assis à la table où se prennent les décisions, qu'on peut peser", indique l'ancien député de Yesh Atid

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas (au centre à droite), tenant une conférence de presse conjointe avec l’ancien député de Yesh Atid Yoav Segalovitz (au centre à gauche), qui se présentera sur la liste de Raam lors des élections d’octobre, à Nazareth, le 31 août 2026. (Crédit : Michael Giladi/FLASH90)
Le chef du parti Raam, Mansour Abbas (au centre à droite), tenant une conférence de presse conjointe avec l’ancien député de Yesh Atid Yoav Segalovitz (au centre à gauche), qui se présentera sur la liste de Raam lors des élections d’octobre, à Nazareth, le 31 août 2026. (Crédit : Michael Giladi/FLASH90)

L’ancien policier Yoav Segalovitz ne semble a priori pas être un candidat classique pour un parti arabe en Israël, mais à l’approche des législatives, il s’est associé à Raam, devenant ainsi le premier juif à figurer sur la liste de cette formation.

Lors d’un entretien accordé depuis son domicile à l’AFP, l’ancien député, numéro deux sur Raam l’une des deux listes arabes en lice, a expliqué espérer un vrai partenariat politique entre les communautés arabe et juive en Israël.

« Si nous voulons avoir une bonne vie ici, il faut abattre les murs, non les renforcer. Promenez-vous dans un hôpital et vous y verrez des arabes, des juifs, des musulmans, des druzes, des chrétiens. Sans que cela ne pose de problème. Les questions d’identité n’y ont pas leur place (…) Le pays devrait ressembler un peu plus à un hôpital », a-t-il estimé.

« Poumon économique »

Après avoir siégé au Parlement sous l’étiquette du parti centriste Yesh Atid entre 2021 et 2026, M. Segalovitz estime être le trait d’union parfait entre les deux communautés du pays.

Ses liens avec la minorité arabe du pays, qu’il qualifie de « poumon économique, social et culturel », remontent à la période 2021-2022 lorsqu’il occupait le poste de vice-ministre de la Sécurité publique.

Alors chargé de s’attaquer au taux de criminalité élevé au sein de cette communauté, il peut se prévaloir de résultats modestes mais mesurables, à l’image de la baisse du nombre des homicides.

Mais avec l’arrivée à la tête du ministère de la Sécurité nationale d’Itamar Ben Gvir qui a mis fin au programme, le nombre de meurtres a augmenté de nouveau jusqu’à atteindre des niveaux records.

L’ONG Abraham Initiatives, qui promeut l’inclusion de la minorité arabe dans la société israélienne, estime ainsi qu’il y a déjà eu 172 meurtres d’Arabes en 2026.

« Nos statistiques (en matière de sécurité, ndlr) au sein de la population arabe sont dignes des pires pays d’Amérique du Sud », avance M. Segalovitz. « On ne peut pas soutenir une économie, une société, un système éducatif ou le développement quand les gens ont peur de marcher dans la rue ».

Le candidat, qui se déclare laïc, reconnaît toutefois que ses opinions sur le mariage civil ou la communauté LGBTQ+ diffèrent de ceux de Raam, parti musulman socialement conservateur, et précise qu’il gardera sa liberté de vote sur certains sujets.

Pour M. Segalovitz, désireux de ne pas s’attarder sur ces divergences, « Raam est le seul parti arabe qui dit explicitement : ‘Je veux m’intégrer, être un partenaire, exercer une influence au sein de l’establishment israélien actuel' ». « Les autres partis arabe s’opposent à ce discours », rappelle-t-il.

Pendant des décennies, les partis arabes ont refusé de se joindre aux différents gouvernements israéliens par solidarité avec les Palestiniens.

Faiseur de roi ?

Les Arabes israéliens représentent environ 20 % de la population et s’identifient pour une grande majorité comme des Palestiniens.

Descendants de la population arabe de Palestine s’étant retrouvée en territoire israélien après la création d’Israël en 1948, ils se disent fréquemment victimes de discrimination vis-à-vis de la majorité juive.

Raam est devenu le premier parti arabe à rejoindre un gouvernement israélien lorsqu’il a intégré la coalition au pouvoir en 2021-2022.

Ses chances d’y revenir semblent cependant incertaines.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la tête de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël, a accusé son chef, Mansour Abbas, de représenter le mouvement islamiste des Frères musulmans.

Et son principal rival, Gadi Eisenkot, s’est opposé à M. Abbas sur la question de la création d’un Etat palestinien.

Selon les sondages, Raam pourrait obtenir entre quatre et six des 120 sièges que compte la Knesset. Ce qui pourrait toutefois suffire à donner au parti le très prisé rôle de faiseur de roi, et éventuellement faire chuter M. Netanyahu.

En attendant, M. Segalovitz a exhorté les Arabes d’Israël à prendre part au processus de décision politique au plus haut niveau.

« Personne ne perd son identité en exerçant son influence et chacun devrait avant tout chercher à voir où il peut être utile. Ce n’est qu’en étant assis à la table où se prennent les décisions, qu’on peut peser », indique-t-il avant les élections du 27 octobre.

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