Analyse

Les propos sans filtre de Trump sur le Liban placent Israël devant un choix impossible

Manifestement lassé de ce qu’Israël considère comme un combat urgent, le président américain avance des affirmations contradictoires, estimant que la guerre contre le Hezbollah n’est ni assez rapide, ni assez prudente

Le président américain Donald Trump et l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, lors d’une réunion bilatérale en marge du sommet du G7, le 16 juin 2026, à Évian-les-Bains, en France. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Depuis plus de deux ans, les détracteurs d’Israël, de plus en plus nombreux à l’étranger, condamnent une guerre « imprudente et aveugle », disent-ils – certains vont même jusqu’à parler de « génocide », avec un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts à Gaza et qui s’est étendu au Liban et à plusieurs autres fronts.

Dans le même temps, certains, principalement en Israël et en particulier à droite, formulent la critique inverse : Israël se montrerait trop timide et hésitant dans sa lutte contre les groupes terroristes qui ont juré de le détruire. Ils le soulignent avec véhémence : l’État juif doit simplement terminer le travail.

Et voilà que mardi, le président américain Donald Trump est parvenu à avancer ces deux arguments simultanément.

« Israël combat le Hezbollah depuis trop longtemps, et trop de gens sont tués », a déclaré Trump lors du sommet du G7 qui réunissait les dirigeants mondiaux en France.

« Et vous n’avez pas besoin de raser un immeuble à chaque fois que vous cherchez quelqu’un. Parce qu’il y a beaucoup de gens dans ces immeubles. Et ils ne font pas tous partie du Hezbollah, ça, je peux vous l’assurer, » a-t-il ajouté.

Puis, quelques minutes plus tard, il a noté : « Je ne suis pas satisfait de la manière dont Israël a géré la situation avec le Liban et le Hezbollah. Ils auraient dû être capables de mener cette mission à bien plus rapidement. Ça n’en finit pas. »

Un homme récupérant ses effets personnels dans sa maison, devant un bâtiment détruit par une frappe aérienne israélienne, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban, le 12 juin 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Trump a enchaîné mercredi avec une autre déclaration quelque peu ambiguë sur Israël et le Liban – affirmant qu’il ne souhaitait pas que la lutte d’Israël contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah prenne fin.

« Je veux qu’Israël soit capable de se protéger, mais je veux aussi qu’il fasse preuve de bon sens », a-t-il déclaré.

Je vous invite à imaginer les principaux stratèges militaires israéliens réunis dans une salle sécurisée de Tel Aviv. Observant Trump, ils se frappent le front et s’exclament : « Bien vu ! Vaincre rapidement notre adversaire avec un minimum de victimes civiles ! Mais pourquoi diable n’y avons-nous pas pensé ? »

En réalité, le président américain a bel et bien proposé sa propre solution au bourbier libanais : retirer Israël de la lutte contre le Hezbollah et la sous-traiter à Ahmed al-Sharaa, le président islamiste de la Syrie.

Une idée typique de Trump, en cela qu’elle est tellement innovante qu’elle en vient à intriguer – même si a peu de chances de se concrétiser. Ce qui est ressorti toutefoisclairement du dernier discours du président américain, c’est qu’Israël se trouve désormais dans une situation impossible.

Selon les sondages, la plupart des Israéliens reconnaissent la nécessité de désarmer le Hezbollah, proxy du régime iranien, qui a constitué une armée à la frontière et qui a fait pleuvoir des missiles sur le nord d’Israël pendant la majeure partie des deux dernières années et demie. Et les analystes affirment que le seul moyen d’y parvenir est de combiner pression militaire et diplomatique – en affaiblissant le groupe terroriste sur le terrain tout en renforçant le gouvernement libanais.

Mais le protocole d’accord qui a été signé entre les États-Unis et l’Iran – et qui prétend parler au nom des alliés des États-Unis, à savoir Israël – proclame la fin des combats au Liban, indiquant ainsi que les États-Unis ne soutiendront plus l’action militaire israélienne contre le Hezbollah. Trump l’a clairement fait savoir lors de ses déclarations au G7, décrivant le conflit libanais comme un facteur secondaire qui ne doit, en aucun cas, détourner l’attention des négociations avec l’Iran.

« Que voulons-nous qu’il se passe ? »

Bientôt, Israël pourrait être contraint de faire un choix : maintenir la pression militaire et perdre le soutien diplomatique de Trump, ou rester dans ses bonnes grâces, mais uniquement en mettant fin au conflit ou en le réduisant – alors qu’un grand nombre d’Israéliens le considèrent comme une priorité urgente.

« Trump n’est pas partisan de ces guerres prolongées, de ces guerres sans fin », dit Ksenia Svetlova, directrice exécutive de l’Organisation régionale pour la paix, l’économie et la sécurité, au Times of Israel.

« L’objectif de Trump est qu’il n’y ait pas de guerre au Liban et, par conséquent, pas de guerre contre la République islamique, car l’Iran est le lien entre ces deux choses », ajoute-t-elle.

« Mais l’objectif qui importe à Israël – et, je pense, à tous les Israéliens, qui comprennent que nous ne pouvons pas continuer ainsi – c’est que cet objectif n’est pas atteint. »

Des soldats de la 36ᵉ division de l’armée israélienne opérant dans le sud du Liban, sur une photo d’archive publiée le 11 juin 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Actuellement, Israël poursuit ses efforts sur les plans diplomatique et militaire. Les combats se sont poursuivis au Liban mercredi. Un soldat de l’armée israélienne a été tué et douze autres ont été blessés. Par ailleurs, des pourparlers directs entre responsables israéliens et libanais se sont tenus à Washington et ils seraient sur le point d’aboutir à un accord.

Cependant, ni Svetlova ni Dan Naor, expert en études sur le Moyen-Orient à l’université d’Ariel dont les recherches portent sur le Liban, n’accordent beaucoup de crédit à ces négociations, aussi historiques soient-elles.

Svetlova évoque ainsi « discussions pour le plaisir de discuter ». Naor fait remarquer que le seul fait de ces pourparlers directs est une victoire symbolique remportée sur le Hezbollah, farouchement opposé aux négociations avec Israël – mais qu’ils ont peu de chances d’aboutir à des progrès significatifs.

« Les Libanais et les Israéliens ne sont pas sur la même longueur d’onde », commente Naor auprès du Times of Israel.

L’ancienne députée Ksenia Svetlova, experte du Moyen-Orient et de la Russie. (Crédit : Autorisation)

« Autrement dit, les Libanais parlent d’un accord de non-belligérance et non d’un accord de paix. Et je ne sais pas dans quelle mesure cela fonctionnera. Certainement pas pour l’instant. »

Selon Naor, la pression militaire doit être associée à un soutien diplomatique et financier du gouvernement libanais de la part des États-Unis, des États du Golfe et de l’Arabie saoudite en particulier.

« Si [les États-Unis] veulent un État libanais sans le Hezbollah, ils ont besoin que la pression militaire israélienne se poursuive », indique-t-il.

« Ce qui doit se faire conjointement. Car cette pression à elle seule ne suffira pas – mais elle pourrait bien être bénéfique si elle s’accompagne d’efforts concertés, tant externes qu’internes. »

Difficile toutefois de dire dans quelle mesure ces États arabes seraient disposés à se rallier à une offensive militaire israélienne prolongée. Selon Svetlova, les propos de Trump lors du G7 ont reflété le point de vue saoudien, qui souhaite voir cesser les combats au Liban.

« Il subit des pressions de la part de ses partenaires arabes, en particulier de l’Arabie saoudite », déclare-t-elle.

« Je pense que les données qui concernent le nombre élevé de victimes proviennent des Saoudiens, qui sont très fortement impliqués dans les efforts visant à parvenir à un cessez-le-feu permanent au Liban. »

La Syrie, candidate préférée de Trump, ne devrait pas non plus s’impliquer. Alors que les forces syriennes occupaient autrefois le Liban et que le Hezbollah était un allié de premier plan du régime du dictateur syrien Bashar el-Assad, qui a été renversé par les forces de Sharaa, le président syrien se concentre aujourd’hui sur la reconstruction de son pays, plus d’une décennie après le début de la guerre civile, ainsi que sur l’affirmation de sa légitimité nationale et internationale. Il n’a guère de raisons d’engager son armée, plus faible que celle d’Israël, dans un conflit susceptible de durer plusieurs décennies. Selon certaines informations, les dirigeants syriens, israéliens et libanais seraient tous opposés à cette solution.

Le président américain Donald Trump serrant la main du président syrien Ahmed al-Sharaa, à la Maison Blanche, à Washington, le 10 novembre 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence syrienne via AP)

« Je ne vois pas la Syrie intervenir au Liban », dit Svetlova.

« Ni aujourd’hui, ni demain, ni dans un an. Elle n’est tout simplement pas intéressée par cela… Et comme il s’agit d’un État fragile, qui doit en outre faire face à une multitude de problèmes intérieurs, de sécurité, etc., il est absolument impossible qu’Ahmed al-Sharaa soit, qu’il puisse ou qu’il veuille jamais s’engager dans cette voie. »

La meilleure ligne de conduite, poursuit-elle, serait qu’Israël commence par mettre de l’ordre dans ses propres affaires. Au lieu de se contenter de poursuivre son offensive, affirme Svetlova, Israël doit élaborer un plan visant à vaincre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah tant sur le plan diplomatique que militaire, et ce n’est qu’ensuite qu’il pourra le présenter à Trump.

« Israël peut, tout d’abord, présenter sa propre stratégie pour le Liban », continue-t-elle.

Le président américain Donald Trump s’entretenant avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (hors champ) en marge du sommet du G7, à Évian-les-Bains, en France, le 17 juin 2026. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

« Que voulons-nous donc qu’il se passe ? Comment voulons-nous que cela se passe ? Et encore une fois, je pense que quiconque observe la situation au Liban comprend qu’on ne peut pas atteindre cet objectif par des moyens militaires uniquement. »

Et si Trump tentait d’imposer ses conditions ? À un certain moment, explique Naor, Jérusalem devra faire ce qu’elle estime être le mieux pour lutter contre l’un de ses adversaires les plus puissants, même au risque de s’attirer les foudres d’un président américain dont les faveurs pourraient bien s’estomper.

« Je ne sais pas si nous devons tenir compte des considérations américaines », avance-t-il..

« Il y a ici un enjeu clairement israélien, et cette guerre ne peut pas s’arrêter là. Autrement dit, la pression militaire sur le Hezbollah ne peut pas s’arrêter là. »

Que se passera-t-il si les États-Unis ne soutiennent plus ce combat ?

« Je ne sais pas », répond-il.

« Mais s’arrêter là reviendrait à faire marche arrière et à perdre une grande partie de ce que nous avons accompli. »

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