Analyse

Les Socialistes démocrates d’Amérique ont remporté de grands succès aux primaires, mais ce n’est pas tout

Les victoires des détracteurs d'Israël se sont concentrées sur les élections à la Chambre des représentants dans les circonscriptions les plus « bleues » ; peu ont concerné le Sénat, même si les républicains sont encore sous pression

Des électeurs votent lors des primaires au lycée Northwestern de Détroit, le 4 août 2026. (Crédit : Nic Antaya/AP)

JTA — Les victoires remportées par les socialistes démocrates aux primaires pour la Chambre des représentants des États-Unis – des vainqueurs dont la plupart sont de fervents détracteurs d’Israël – ont été saluées cet été comme un tournant majeur dans la politique du parti. Maintenant que les primaires sont terminées, l’analyse complète des résultats montre que les succès de ces candidats se sont surtout concentrés dans les circonscriptions les plus « bleues » de la Chambre des représentants, et que rares sont ceux qui ont remporté des victoires aux primaires sénatoriales.

Au cours de la saison des primaires, les candidats soutenus par les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) ont remporté sept des 25 primaires à la Chambre des représentants auxquelles ils se sont présentés. Ils se sont adjugés deux victoires dans le Michigan, une dans le Colorado, trois à New York et une en Pennsylvanie, d’après le dispositif de suivi des votes du DSA. Pour autant, ces victoires ont toutes pris place dans des bastions démocrates : New York, Détroit, Denver et Philadelphie.

« Il est un peu risqué de surinterpréter les résultats de quelques élections par rapport à l’ensemble », a déclaré Elaine Kamarck, chercheuse senior spécialisée dans la gouvernance à la Brookings Institution, à la Jewish Telegraphic Agency. « Qualifier le DSA de nouvelle force montante est un peu prématuré. »

Outre les sept vainqueurs des primaires issus des rangs du DSA, un autre candidat du mouvement, qui s’était présenté à une primaire non partisane en Californie, s’est qualifié pour un second tour pour la Chambre des représentants en novembre, face à un député démocrate sortant. Deux autres socialistes démocrates, originaires du Kansas et du New Hampshire, se sont retirés avant leurs primaires respectives pour la Chambre.

Sur les 18 défaites du parti DSA aux primaires pour la Chambre des représentants, sept ont eu lieu dans des bastions démocrates. Ces résultats montrent que, même dans les poches les plus progressistes du pays, les socialistes démocrates sont souvent peu populaires. L’une de ces défaites est notamment survenue à Saint-Louis ; le député sortant Wesley Bell a battu à plate couture Cori Bush, figure de proue du DSA et militante anti-AIPAC.

Certes, les victoires du DSA sont encore sans précédent dans un pays où le socialisme a longtemps été considéré comme un anathème. Ces candidats n’ont peut-être réussi à s’imposer que dans des circonscriptions déjà fortement démocrates, mais ils sont pratiquement assurés de remporter la victoire le jour du scrutin. À eux tous, ils constitueront au Congrès un groupe plus important qu’auparavant.

Abdul El-Sayed, au centre, arrive à une conférence de presse organisée au « Spirit of Detroit » peu après avoir remporté l’investiture démocrate pour le Sénat américain dans le Michigan, à Détroit, le 5 août 2026. (Crédit: Julia Demaree Nikhinson/AP)

Parmi les candidats DSA, nombreux sont ceux qui ont placé Israël et ses soutiens au cœur de leur campagne. Il ne fait guère de doute que leur présence éloignera encore davantage le caucus démocrate au Congrès d’Israël.

La position officielle du DSA sur Israël prévoit la fin de la « colonisation et de l’occupation de tous les territoires arabes » par l’État juif, « l’autodétermination du peuple palestinien » et la cessation de la « complicité des États-Unis dans le génocide et l’apartheid pratiqués [selon eux] par Israël ».

Certes, les candidats DSA ont remporté moins de sièges qu’ils n’en ont perdus, mais ces victoires devraient plus que tripler la représentation du groupe à la Chambre des représentants des États-Unis. Cinq nouveaux élus devraient en effet rejoindre les députées Rashida Tlaib (du Michigan) et Alexandria Ocasio-Cortez (de New York).

Selon Jeff Robbins, avocat basé à Boston et ancien collaborateur démocrate au Sénat, les défenseurs d’Israël devraient s’inquiéter de ces victoires, même si elles ne forment pas une véritable vague.

Robbins, qui a également été délégué à la Commission des droits de l’Homme des Nations unies sous la présidence de Bill Clinton, a averti que si les politiques membres du DSA opposés à Israël continuaient à enchaîner les victoires, les stratèges démocrates dissuaderaient les candidats de soutenir la riposte israélienne au Hamas suite au pogrom du 7-Octobre.

Recommander toute action contraire, a-t-il ajouté, entraînerait « la campagne la plus rapide que vous ayez jamais vue ».

« Ce sera fini avant même que vous ayez le temps de dire ‘plateau du Golan’ », a ironisé Robbins.

Et pourtant, même si ce sont les succès marquants du DSA qui ont retenu l’attention des médias, les candidats de l’establishment ont remporté davantage de victoires aux urnes d’un point de vue numérique. De plus, les socialistes démocrates se sont davantage concentrés sur la Chambre des représentants que sur le Sénat, pour lequel, s’ils souhaitent remporter des sièges, ils devraient séduire un électorat plus large à l’échelle de l’État.

Angie Nixon, candidate démocrate au Sénat américain, arrive à un meeting électoral au Little Haiti Cultural Center, à Miami, le 2 octobre 2026. (Crédit : Lynne Sladky/AP)

Une exception majeure à cette règle est Angie Nixon, membre du mouvement DSA en Floride, qui a remporté une victoire écrasante aux primaires dans un État où Trump s’était imposé avec environ 13 points de pourcentage d’avance en 2024. Nixon n’a toutefois rejoint le DSA que peu de temps avant le scrutin et n’a pas obtenu le soutien officiel du parti.

Gregory Levy, candidat au Sénat soutenu par le DSA dans l’Ohio, se présentera pour sa part aux élections générales de novembre en tant qu’indépendant.

Par ailleurs, les trois autres candidats clairement progressistes au Sénat qui figureront sur le bulletin de vote démocrate en novembre, dans le Maine, le Michigan et le Minnesota, ne se définissent pas comme socialistes démocrates. Si nombre d’entre eux sont encore très critiques à l’égard d’Israël, ils ont néanmoins des points de divergence avec le DSA ; ils cherchent davantage à s’assurer de séduire les populations politiquement plus hétérogènes auxquelles ils seront confrontés à l’échelle de l’État. Ils sont engagés dans des courses serrées dans lesquelles les électeurs indécis, qui ne s’identifient pas fortement à l’un ou l’autre des partis, sont susceptibles de faire la différence.

Ainsi, même si bon nombre des positions d’Abdul El-Sayed sont proches des orientations du parti DSA, ce dernier a déclaré au Wall Street Journal en août qu’il n’était « ni techniquement ni concrètement membre du DSA » et qu’il n’était pas opposé au capitalisme. Parallèlement, il a obtenu le soutien de nombreux responsables politiques socialistes démocrates, notamment celui du sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders.

Kamarck a fait remarquer que le Michigan, qui compte une importante population arabo-américaine, reste le centre névralgique du mouvement pro-palestinien au sein du Parti démocrate. Et pour autant, malgré les sondages qui prédisaient une victoire écrasante pour El-Sayed – lequel a vivement critiqué Israël tout au long de sa campagne pour les primaires -, Kamarck a décrit sa victoire début août comme « une victoire de justesse ».

« C’était une course serrée, à un point près », a-t-elle déclaré. « Cela signifie que rien n’est encore joué. »

Résultats des primaires 2026 des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA). (Crédit : DSA via JTA)

Halie Soifer, PDG du Jewish Democratic Council of America, a déclaré à l’époque dans un communiqué que, malgré la déception de son organisation face à la victoire d’El-Sayed, « l’avance infime » de ce dernier « était loin d’être la victoire retentissante de l’extrême gauche que l’on avait prédite ».

Selon un modèle publié par The Economist peu après la victoire d’El-Sayed, les chances du Parti démocrate de l’emporter en novembre seraient tombées à 48 % à l’issue de la primaire. Mais un sondage Marist publié mercredi donnait à El-Sayed une avance de sept points sur le républicain Mike Rogers, avec une marge d’erreur de 3,8 %.

Par ailleurs, les prévisions post-primaires semblaient indiquer que Peggy Flanagan, du Minnesota, remporterait facilement la course au Sénat dans son État « bleu ». Un nouveau sondage KSTP/SurveyUSA a pourtant révélé que son avance de cinq points sur la républicaine Michele Tafoya s’était resserrée au point d’aboutir à une égalité statistique. À l’instar de nombreux progressistes de son parti, Flanagan a accusé Israël de commettre un génocide à Gaza.

Selon un sondage de l’AARP publié jeudi, Troy Jackson, candidat progressiste du Maine, accusait un retard de 3 points sur la sénatrice républicaine Susan Collins, en poste depuis cinq mandats, avec une marge d’erreur de 3,1 %.

En Floride, Nixon accusait un retard de 11 points sur la sénatrice républicaine Ashley Moody, avec une marge d’erreur de 4 %, a rapporté un sondage de l’université Stetson réalisé à la fin du mois dernier. À l’inverse, St. Pete Polls avait placé les candidats au coude à coude la semaine précédente, ne donnant à Moody qu’une avance de 0,3 point, avec une marge d’erreur de 3,2 %.

Halie Soifer, présidente du Jewish Democratic Council of America, présentant la vice-présidente américaine Kamala Harris (hors champ) lors d’une réunion du Jewish Democratic Council of America, à Washington, le 24 mai 2023. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Signe de la montée en puissance du parti DSA – même dans un État « rouge » -, Moody aurait déclaré la semaine dernière à Fox News Radio que « les sondages sont bien trop serrés pour être rassurants dans de nombreuses courses au Sénat républicaines ».

Et dans un e-mail envoyé en masse le même jour, Moody a averti, d’après Florida Politics, que « les sondages sont très disparates ».

« Certains nous donnent en tête. Deux nous placent à égalité », a-t-elle écrit. « Nous sommes dans la dernière ligne droite, celle où chacun de nos gestes, ainsi que votre soutien, comptent vraiment. »

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