Les visages sur la ligne de front contre le coronavirus
Le photographe Micha Brinkman a installé un studio aux abords d'une unité de prise en charge de patients, capturant les visages du personnel hospitalier
Parfois, un regard venu de l’extérieur peut aider à mieux comprendre ce qu’il se passe.
Le photographe Micha Brinkman avait pleinement conscience que le seul moyen de vraiment voir ce que vivaient les personnels hospitaliers, pendant la pandémie, était de le montrer en images.
Il a donc passé plusieurs semaines, pendant le premier confinement du printemps, au Centre médical Bnai Zion de Haïfa. Il a capturé l’image de ces employés moins vus que les autres – ceux qui travaillent à la cafétéria, ces couturières qui passent leur temps à concevoir des uniformes ou ces clowns qui interviennent dans les unités pédiatriques pour arracher des rires aux enfants malades.
« Tous ces gens qu’on voit moins, ce sont des anges qui aident à soutenir tout le reste de l’édifice », dit Brinkman, photographe spécialisé dans le documentaire.
Le premier projet a attiré une si forte attention que Brinkman est retourné à Bnai Zion une deuxième fois – et cette fois-ci, juste à l’entrée de l’unité de prise en charge des malades du coronavirus.
Il a monté un studio de portrait à proximité du vestiaire stérile, photographiant chaque personnel soignant avant qu’il ne pénètre au sein de l’unité pour prendre son service puis, quelques heures après, à sa sortie – après avoir enlevé la combinaison de protection et avoir pris une douche.
« C’est une série de métamorphoses de la part du personnel médical et c’est complètement dingue d’y assister », s’exclame-t-il.
Aya Eshel, infirmière en chef, dit avoir été décontenancée lorsqu’elle a entendu parler du projet, s’inquiétant de ce qu’il vienne perturber la charge intensive de travail.
« Je n’avais pas envie de devoir m’occuper de quelque chose qui n’était finalement qu’une parenthèse dans ce que nous étions en train de vivre », explique Eshel, qui a travaillé au sein de l’unité de coronavirus lorsque cette dernière a ouvert ses portes, à la mi-mars, et jusqu’à sa fermeture, au mois de mai. Elle y est ensuite retournée depuis qu’elle a rouvert, au mois de juillet, en raison de la recrudescence de l’épidémie dans le pays.
Elle estime que le projet de Brinkman a finalement été une bonne chose.
Il a fallu du temps pour arranger les portraits mais ils se sont avérés être un ‘plus’ pour le personnel qui a eu le sentiment d’être vu, continue Eshel.
« Il a vraiment réussi à capturer l’atmosphère qui régnait – la pression, le nombre énorme de malades », poursuit Eshel.
Brinkman réfléchit dorénavant à mettre en place un nouveau projet qui, espère-t-il, pourrait se dérouler à l’intérieur même de l’unité de prise en charge des malades du coronavirus.
Aujourd’hui, il est heureux : ses portraits seront présentés lors de l’exposition annuelle de photojournalisme, cette année.
« C’est la réalité que nous traversons », dit Brinkman. « Ces photos seront là pour nous rappeler, dans quelques années, ce que nous avons vécu. »
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