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Salam Musa, 9 ans, porte un matelas en marchant entre les tentes dans un camp temporaire à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, après la pluie, le vendredi 14 novembre 2025. (Crédit : AP/Abdel Kareem Hana)
Salam Musa, 9 ans, porte un matelas en marchant entre les tentes dans un camp temporaire à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, après la pluie, le vendredi 14 novembre 2025. (Crédit : AP/Abdel Kareem Hana)

L’hiver approchant, les Gazaouis craignent que les tentes ne résistent ni au froid ni à la pluie

Selon certaines associations, l’aide humanitaire est toujours bloquée – même si les livraisons se renforcent – alors que l’arrivée de l’hiver souligne la nécessité de reconstruire, pas seulement d’ériger des abris précaires

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Pendant des mois, les Gazaouis sont allés à l’hôpital Nasser de Khan Younès. Pas pour bénéficier de soins médicaux, mais pour se mettre à l’abri des missiles et des obus israéliens qui s’abattaient sur l’enclave palestinienne.

Mais ce week-end, une foule est revenue se réfugier dans l’établissement hospitalier, cette fois-ci pour se protéger d’une menace moins sinistre mais potentiellement catastrophique, une menace elle aussi tombée du ciel : la pluie.

Alors qu’en cette période d’après-guerre, les travaux de reconstruction sont lents à démarrer, les averses froides et les rafales de vent qui ont balayé la région pendant le week-end ont annoncé l’arrivée de l’hiver. Une arrivée désastreuse pour de nombreux habitants de la bande de Gaza, où des centaines de milliers de personnes sont contraintes de braver la tempête et le froid dans des tentes de fortune ou dans des endroits où ils sont exposés aux intempéries, souvent sur des terrains qui s’inondent rapidement.

« Quand la pluie est très forte, la nuit, les tentes s’envolent sous l’effet du vent. Les gens viennent avec leurs enfants et avec leurs épouses parce qu’ils n’ont nulle part où aller », confie un médecin de l’hôpital Nasser au Times of Israel par téléphone, depuis le sud de Gaza City.

Les cas de traumatismes et de blessures, qui avaient dépassé les capacités de l’hôpital pendant le conflit, ont pratiquement disparu. À la place, les équipes doivent désormais prendre en charge un grand nombre de personnes souffrant des maux propres à l’hiver.

« Il y a une forte augmentation du nombre de patients atteints de rhumes, qui ont la grippe. Beaucoup de gens ne vivent plus dans des abris mais sous des tentes où ils sont exposés au froid, à la pluie et au vent », ajoute ce médecin, qui demande à conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Un jeune Palestinien évacue l’eau de son abri après les premières pluies hivernales dans un camp de déplacés à Gaza, le 14 novembre 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Il a plu à verse sur la région, de jeudi à dimanche dernier. Les stations météorologiques israéliennes situées à proximité de la frontière avec Gaza ont enregistré entre 12 et 23 millimètres de précipitations, tandis qu’à Ashkelon, sur la côte, un peu plus au nord, 92 millimètres de pluie sont tombés, un déluge encore plus important. (Il n’y a pas de station météorologique internationale en activité à l’intérieur de Gaza).

Dans les camps, dans les zones les plus basses, l’eau s’est accumulée avant de pouvoir s’écouler vers la mer. Certains enfants pataugent dedans, avec une eau qui leur arrive parfois au niveau des chevilles.

Sur des images en provenance de l’enclave, des tentes inondées et des dégâts importants essuyés par les effets personnels, les objets que les familles déplacées sont parvenues à prendre avec elles lorsqu’elles ont quitté leurs foyers.

Les fortes pluies sont un problème annuel au sein de l’enclave, qui manque d’infrastructures permettant de drainer correctement les sols. Dans un camp qui accueille les déplacés à Gaza, les résidents ont du mal à rester au sec.

Nura Abu el-Kass, une autre femme déplacée, raconte avoir trouvé son matelas, ses couvertures et ses vêtements complètement trempés.

« Mon fils m’a envoyé cette tente mais elle ne nous protège pas [de l’eau de pluie]. Qu’est-ce que je suis censée faire ? », s’interroge-t-elle.

Un Palestinien évacue l’eau stagnante de la route près d’un camp de déplacés après les premières pluies hivernales à Gaza, le 14 novembre 2025. (Crédit : Omar AL-QATTAA / AFP)

Environ 13 000 foyers ont été endommagés par les intempéries, a annoncé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies en date du 15 novembre.

« Des centaines de tentes et d’abris improvisés auraient été inondés à travers la bande de Gaza, ce qui expose les ménages à des conditions météorologiques difficiles, ce qui entraîne la perte de leurs biens et des risques accrus en matière de protection et de santé, en particulier pour les personnes handicapées, les personnes âgées et d’autres groupes vulnérables », a indiqué un communiqué de l’OCHA.

Le froid devient également un problème croissant, les tentes étant incapables de protéger contre les courants d’air glacials.

Une voiture roule sur une route boueuse au milieu de bâtiments détruits dans le quartier de Sheikh Radwan à Gaza, vendredi 14 novembre 2025. (Crédit : AP/Jehad Alshrafi)

Dans la ville de Khan Younès, au sud de Gaza, Mohammed Shabat et sa famille ont également souffert des conditions météorologiques, car des courants d’air froid sont parvenus à s’infiltrer par les ouvertures de leur tente.

« Nous vivons sur un cimetière, et j’ai un bébé. Cette tente ne nous protège ni du froid ni de la pluie », explique Shabat, qui vit avec son épouse et ses cinq enfants dans une tente coincée entre les pierres tombales. « L’hiver va bientôt arriver, et ça va être très difficile ».

Assise à étroite proximité d’un poêle qui a été créé à partir de blocs de béton empilés, Alaa, la femme de Shabat, s’inquiète du froid à venir.

« Une tente n’est pas un endroit sûr pour vivre avec de jeunes enfants. Le vent froid pénètre dans la tente le soir et la température est très basse », dit-elle.

À la recherche de tentes

Les organisations humanitaires qui mènent des opérations sous l’égide de l’ONU estiment qu’environ 1,5 million des deux millions d’habitants de Gaza – un chiffre approximatif – vivent actuellement dans des habitations de fortune en raison des destructions massives qui ont été entraînées par les frappes aériennes et par les combats terrestres, pendant toute la guerre.

Il peut être difficile de trouver de nouvelles tentes pour ceux qui ont perdu les leurs à cause de la pluie. Anas Arafat, un habitant de Gaza-City qui vit dans un appartement, explique qu’il est à la recherche d’une structure, quelle qu’elle soit, qui pourrait servir à abriter ses frères, qui ont été inondés et qui se retrouvent à la rue.

« J’essaie de leur trouver de nouvelles tentes mais une tente, ça coûte 500 dollars », explique-t-il au Times of Israel.

Les groupes humanitaires ont distribué des tentes gratuites, ces derniers jours – des commerçants, dans les magasins, en importent et en vendent également. Arafat dit qu’il connaît des familles qui ont vendu leurs tentes pour avoir suffisamment d’argent pour acheter de quoi manger et des produits de première nécessité.

Dans une présentation du 12 novembre, le Palestine Shelter Cluster – qui coordonne l’importation et la distribution des biens humanitaires entre les groupes affiliés à l’ONU – a noté que plus de 50 000 tentes étaient entrées à Gaza depuis le mois de septembre, mais que seulement 14 000 environ avaient été distribuées. 7 600 autres auraient été volées, a-t-il ajouté.

Des tentes sont installées à l’intérieur d’un immeuble d’habitation détruit à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le samedi 15 novembre 2025. (Crédit : AP/Abdel Kareem Hana)

Les responsables affirment que divers facteurs peuvent prolonger le processus de distribution aux familles dans le besoin des biens stockés dans les entrepôts, dans la mesure où il est nécessaire d’évaluer et d’identifier les personnes les plus démunies.

Une source humanitaire qui s’entretient avec le Times of Israel sous couvert d’anonymat explique que des biens humanitaires font effectivement leur entrée dans la bande de Gaza, mais en nombre insuffisant.

« Au cours des derniers mois, les organisations humanitaires ont distribué 8 000 tentes gratuites à Gaza, ainsi que 80 000 bâches et 50 000 couvertures, et d’autres sont en cours d’acheminement. Mais nous parlons ici de plus de 2 millions de personnes, et la majorité d’entre elles ont besoin d’être aidées pour se loger », précise-t-elle.

Les groupes humanitaires mènent des opérations des deux côtés de la « Ligne jaune » qui sépare les zones de Gaza placées sous le contrôle de Tsahal des secteurs de la bande dont l’armée s’est retirée et où vivent la plupart des Palestiniens, continue la source. La coordination, du côté des militaires, est plus restrictive en raison de la présence des soldats, explique-t-elle.

Des Palestiniens évacuent l’eau de leurs tentes après une tempête dans le quartier autrichien de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 16 novembre 2025 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Les besoins sont partout parce que les gens vivent des deux côtés de la Ligne. Mais il y a beaucoup plus de personnes dans la partie ouest de la bande de Gaza, qui n’est pas sous contrôle israélien et les besoins y sont donc beaucoup plus importants », poursuit-elle.

Si l’afflux de l’assistance a augmenté depuis le début du cessez-le-feu, le mois dernier, les responsables des organisations affirment qu’Israël continue de limiter les marchandises. La source humanitaire précise que de multiples demandes d’importation d’aide sont rejetées, et ce tous les jours.

« Par exemple, le 16 novembre, des organisations ont tenté d’importer des biscuits, mais leur demande a été rejetée au motif que ces produits ‘ne sont pas conformes à la politique qui est actuellement mise en œuvre’, c’est-à-dire qu’ils ne figurent pas sur la liste des articles autorisés par Israël », indique la source. « Les mangues, les fournitures scolaires et les jouets ne sont pas non plus autorisés pour le moment ».

Une autre source humanitaire a confié à l’AFP que les restrictions restaient également en vigueur pour de nombreux matériaux qui sont pourtant nécessaires à la construction d’abris, comme cela peut être le cas de certains types de piquets de tente.

Le COGAT, l’instance du ministère israélien de la Défense qui coordonne l’entrée des marchandises dans la bande de Gaza, n’avait pas répondu à une demande de commentaires du Times of Israel au moment de la rédaction de cet article.

« 800 camions par jour »

Le volume des aides qui pénètrent dans la bande de Gaza est un sujet de discorde entre Israël, le Hamas et la communauté internationale depuis le tout début de la guerre.

Dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu, Israël s’est engagé à autoriser l’entrée de 600 camions de marchandises par jour dans la bande de Gaza, soit 4 200 par semaine. Un chiffre qui comprend à la fois l’assistance destinée à être distribuée gratuitement et les marchandises importées par des gérants de magasin privés, à des fins commerciales.

Le COGAT a cessé de publier des données sur le nombre de camions entrant dans la bande de Gaza depuis le début du cessez-le-feu. Il n’a pas répondu à un courriel du Times of Israel qui souhaitait obtenir ces chiffres.

Toutefois, le 14 novembre, le Commandement central de l’armée américaine, qui surveille la mise en œuvre du cessez-le-feu depuis un centre de commandement situé à Kiryat Gat, en Israël, a annoncé que 800 camions étaient entrés au sein de l’enclave côtière dans la bande de Gaza chaque jour entre le 9 et le 14 novembre. 600 pénétraient quotidiennement dans la bande, les semaines précédentes.

« Plus de 40 pays et organisations internationales au sein du CMCC coordonnent la livraison et la distribution de marchandises commerciales et des aides humanitaires aux civils de Gaza », a ajouté le CENTCOM, utilisant l’acronyme du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.

Le Hamas affirme toutefois que le volume est bien inférieur à ce qui avait été initialement convenu.

Des Palestiniens déplacés courent après des camions circulant sur la route Salah al-Din dans le centre de la bande de Gaza, près de Deir al-Balah, pour tenter d’obtenir de l’aide humanitaire, le 9 novembre 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Le 12 novembre, le bureau des médias du gouvernement, placé sous la direction du Hamas, a fait savoir que le nombre de camions d’aide entrant dans la bande de Gaza ne représentait que 28 % du nombre attendu depuis le début du cessez-le-feu. Le 10 novembre, ce même bureau avait déclaré qu’en moyenne 145 camions par jour pénétraient sur le territoire palestinien depuis l’entrée en vigueur de la trêve.

Selon l’UNOPS, l’agence des Nations unies chargée de superviser la logistique, 754 camions d’aide humanitaire acheminés par des organisations affiliées à l’ONU ont été déchargés aux postes-frontières de Gaza entre le 9 et le 15 novembre. Un chiffre qui n’a pas inclus les marchandises commerciales.

L’UNOPS a ajouté que 972 camions avaient atteint leur destination à l’intérieur de Gaza au cours de la même période, dont certains étaient probablement entrés dans la bande de Gaza la semaine précédente.

Pendant la guerre, les informations officielles faisaient état d’un détournement d’une partie de l’assistance acheminée, soit par des groupes armés, soit par des foules de pillards affamés. L’aide disparaissait ainsi avant d’atteindre les centres de distribution où elle était censée être distribuée gratuitement aux Gazaouis.

Difficile de dire si ce phénomène s’est poursuivi à grande échelle pendant le cessez-le-feu.

Au-delà des bâches

Selon la source humanitaire, les responsables israéliens qui approuvent les demandes d’importation de marchandises rejettent souvent les expéditions provenant d’organisations qui ont refusé de s’enregistrer auprès du gouvernement, privant ainsi ceux qui en ont le plus besoin d’une aide vitale.

« Depuis le début du cessez-le-feu, neuf expéditions de tentes ont été refusées au motif que les organisations qui en faisaient la demande n’étaient pas autorisées à acheminer de l’aide ou à mener des opérations à Gaza », fait remarquer la source.

Certains groupes se sont opposés à l’obligation d’enregistrer les biens qu’ils importent, une obligation qui a été imposée au mois de mars, arguant que le système était « motivé par des considérations politiques, qu’il est illégal et dangereux ».

Un camp de tentes pour les Palestiniens déplacés s’étend le long de Zawaida, dans le centre de la bande de Gaza, le 4 novembre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

« En vertu de ces nouvelles règles, l’enregistrement peut être refusé sur la base de critères vagues et politisés, tels que la dite ‘délégitimation’ de l’État d’Israël », avait écrit un regroupement d’organisations humanitaires dans un communiqué qui avait été émis au mois d’août.

Le COGAT avait répondu à l’époque que le système avait été conçu pour « préserver l’intégrité du système humanitaire et empêcher l’infiltration d’éléments terroristes », notant que 20 organisations s’étaient conformées à ces règles et distribuaient quotidiennement de l’assistance.

Selon la source humanitaire, les questions d’aide ne sont pas le principal problème. Avec environ 92 % des bâtiments résidentiels qui ont été endommagés ou détruits pendant la guerre, selon l’ONU, l’hiver qui s’annonce à Gaza nécessite quelque chose de bien plus fondamental que des tentes : la reconstruction.

« Pour traiter les causes profondes de cette crise, nous avons besoin de réparations massives — des machines lourdes, des pièces de rechange pour les infrastructures. Les abris seuls ne suffisent pas », s’exclame-t-elle. « Peu importe le nombre d’abris que nous apportons, même si un million de tentes arrivaient, nous ne disposons pas du matériel et des équipements adéquats pour faire face aux conséquences de ces tempêtes. Nous avons besoin d’équipements lourds et de pièces de rechange pour évacuer les eaux de pluie. Nos moyens d’intervention sont très limités ».

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