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Un meeting de campagne du Likud à Ashdod, dans le sud d'Israël, le 29 septembre 2026. (Liron Moldovan/Flash90)
Un meeting de campagne du Likud à Ashdod, dans le sud d'Israël, le 29 septembre 2026. (Liron Moldovan/Flash90)

L’IA menace les élections en Israël : les agents conversationnels ignorés

Les autorités surveillent les deepfakes, mais les chatbots pourraient manipuler les électeurs et servir à contester l’issue du scrutin

Yair Lapid, chef de l’opposition et numéro 2 de la liste électorale Beyahad, a déjà une idée assez précise de l’endroit où les électeurs le verront et de ce qu’ils entendront lorsque le pays se rendra aux urnes, le 27 octobre prochain.

« Le jour du scrutin, vous recevrez une vidéo sur votre téléphone, vous me verrez, et j’aurai exactement la même apparence et la même voix qu’aujourd’hui », a-t-il dit lundi à la foule, à Tel-Aviv. « Mais ce ne sera pas moi. »

« Je vous dirai que, contrairement à de précédentes déclarations, nous allons former un gouvernement avec les partis arabes », a-t-il indiqué. « Ce ne sera pas moi. Cela me ressemblera, cela aura ma voix, mais ce ne sera pas moi. »

« Et le temps que nous expliquions qu’il s’agit d’un mensonge », a-t-il souligné lors de la conférence sur la désinformation intitulée « Droit et Mensonges », organisée par l’Institut Brandeis et le groupe de la société civile FakeReporter, « les élections seront terminées. »

Dans une campagne électorale où les contenus politiques générés par l’intelligence artificielle sont monnaie courante et où des deepfakes convaincants sont produits avec une facilité déconcertante, le scénario de M. Lapid ne relève plus de la fiction.

Il ne s’agit là que de l’une des manifestations de la menace bien plus grande qui pèse sur Israël. Le pays s’apprête en effet à traverser ce que les experts décrivent comme l’un des premiers grands scrutins fortement façonnés par l’intelligence artificielle.

Les chatbots offrent désormais aux acteurs politiques des outils inédits, et pour la plupart invisibles, pour manipuler les électeurs, influer sur leur participation et, à terme, remettre en question leur acceptation des résultats.

Il s’agira de la toute première élection israélienne où l’intelligence artificielle générative sera une source d’information quotidienne : près de neuf Israéliens sur dix utilisent en effet ChatGPT, selon l’enquête annuelle de l’Israel Internet Association publiée en mai dernier.

Ce qui pourrait rendre Israël particulièrement vulnérable à une ingérence électorale pilotée par l’IA, expliquent des experts au Times of Israel, en pointant du doigt la combinaison redoutable entre des chatbots omniprésents et un niveau particulièrement faible de culture numérique.

À ce mélange dangereux s’ajoutent l’absence quasi totale de réglementation ou de responsabilité pour les géants technologiques qui opèrent ces plateformes qui façonnent toujours davantage l’environnement dans lequel s’informent les Israéliens, sans oublier les tentatives présumées de politiciens de la coalition au pouvoir pour miner la confiance de la population envers les organes chargés d’administrer le vote.

L’ex-candidat à la présidence Călin Georgescu lève les mains alors qu’il est escorté, menotté, par des policiers devant la Direction d’enquête sur la criminalité organisée et le terrorisme (DIICOT) à Bucarest, en Roumanie, le 21 septembre 2026. (AP/Alexandru Dobre)

De potentielles utilisations de l’IA pour manipuler des élections ont déjà été observées à l’étranger. Lors de l’élection présidentielle de novembre 2024 en Roumanie, un candidat d’extrême droite peu connu, Călin Georgescu, est passé de scores à un seul chiffre dans les sondages à une victoire inattendue au premier tour.

Les services de renseignement roumains ont par la suite fait état de preuves de tactiques de campagne illégales et de soupçons d’ingérence russe, incluant une vaste campagne d’influence en ligne adossée à des contenus générés par l’IA, des réseaux de bots coordonnés et la manipulation des algorithmes de TikTok pour amplifier artificiellement sa popularité.

La Cour constitutionnelle de Roumanie a par la suite annulé les résultats de l’élection, et M. Georgescu a été interdit de se présenter au nouveau scrutin organisé en mai 2025. Il est actuellement jugé pour tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel du pays.

L’IA générative porte les manipulations à un autre niveau, permettant aux acteurs politiques de produire et diffuser de vastes quantités de propagande personnalisée à une vitesse et une échelle sans précédent.

En juin 2025, OpenAI elle-même a admis avoir banni des comptes liés à une société de marketing philippine qui utilisait ChatGPT pour produire en masse des commentaires sur les réseaux sociaux favorables au président Ferdinand Marcos Jr. et défavorables à la vice-présidente, Sara Duterte, lors de la campagne électorale à mi-mandat, dans le but de doper les soutiens.

Dans un scrutin qui s’annonce très serré, de tels outils pourraient faire basculer suffisamment d’électeurs pour modifier de manière significative l’issue du vote.

La capacité de l’IA à manipuler les perceptions et dégrader la confiance dans ce qui est réel pourrait également décupler les efforts visant à saper la confiance dans le processus électoral, ce qui pourrait aider ceux qui cherchent à attiser les doutes sur la légitimité de résultats défavorables.

Le Comité central israélien des élections a tenté de se prémunir contre cette menace en instaurant, en juillet dernier, des règles exigeant que les campagnes électorales identifient clairement les images, vidéos, enregistrements sonores et autres contenus générés ou substantiellement manipulés par l’IA qui pourraient être confondus avec des contenus authentiques.

En vertu des réglementations édictées par le président du comité, le juge Noam Sohlberg, ces contenus doivent comporter des mentions écrites nettement visibles ou des étiquettes standardisées les identifiant comme ayant été générés artificiellement ou altérés numériquement.

Le non-respect de ces règles est susceptible de constituer une infraction à la loi électorale.

Mais ces règles, qui resteront en vigueur jusqu’à un an après le scrutin du 27 octobre prochain, ne s’attaquent qu’à une toute partie des risques que pose l’IA. Elles ne font en effet presque rien contre l’influence plus sournoise des chatbots, pourvoyeurs de connaissances particulièrement vulnérables aux manipulations, ou en matière de protection des électeurs dans un environnement d’information de plus en plus conçu par des systèmes dont le fonctionnement interne est opaque.

Plus personne ne sait ce qui est vrai ou faux

Les matériels de campagne générés et manipulés par l’IA sont désormais familier, à l’approche de l’élection, diffusés dans la sphère publique par des partis de gauche comme de droite.

La facilité avec laquelle les outils d’IA peuvent générer des images factices mais convaincantes de personnalités réelles s’est avérée irrésistible pour les politiciens, qui ont publié à plusieurs reprises des contenus dépeignant leurs rivaux dans des situations compromettantes.

Certains des exemples les plus contestés sont venus de partis de la coalition : une vidéo partagée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est par exemple vu reprocher d’évoquer le fils de Gadi Eisenkot, mort à Gaza, tandis que le parti HaTzionout HaDatit a diffusé des images de parlementaires du parti HaDemocratim assorties de visuels provocateurs.

Le Likud a, pour sa part, été sommé de retirer une image truquée qui donnait à voir Naftali Bennett et Yair Lapid aux côtés de dirigeants de partis arabes lors de la signature d’un accord politique fictif.

Ces images et vidéos ont attiré l’attention et provoqué l’indignation. Mais selon les experts, les usages les plus lourds de conséquences de l’IA pourraient être bien moins visibles : ce sont ceux qui permettent de façonner les informations que les électeurs reçoivent des chatbots, permettent de cibler les individus avec des messages politiques personnalisés et, de manière plus significative encore, influer sur la participation ou l’abstention de certains groupes.

Captures d’écran d’une publicité générée par l’IA, partagée le 21 juillet 2026 par le Premier ministre Benjamin Netanyahu contre son rival électoral Gadi Eisenkot. (Via Facebook)

« Lorsque des chercheurs ont examiné les élections britanniques, françaises et européennes de 2024, ils ont trouvé très peu de campagnes de désinformation générées par IA et aucun indice montrant qu’elles avaient modifié les résultats », explique Shay Hershkovitz, professeur associé à l’université de Georgetown à Washington D.C. et expert en sécurité et technologies émergentes.

« La plupart des contenus diffusés ont atteint des personnes qui étaient déjà d’accord. Ainsi, en tant qu’outil pour faire basculer des voix, la vidéo synthétique a sous-performé par rapport aux craintes qu’elle suscitait. »

« La campagne que nous voyons dans l’espace public fabrique l’opinion publique. Elle crée perpétuellement du bruit dans le système, mais en pratique, elle ne déplace pas les gens d’un côté à l’autre de l’échiquier politique », ajoute Tehilla Shwartz Altshuler, chercheuse sénior à l’Israel Democracy Institute et directrice du programme « La démocratie à l’ère numérique ».

Ce qui ne signifie pas pour autant que le flux de médias générés par l’IA et diffusés pendant la campagne soit inoffensif.

« Plus nous en sommes inondés, plus il est difficile de faire la différence, car vous n’avez que deux ou trois secondes, lorsque vous faites défiler votre fil d’actualité, pour évaluer si c’est réel ou non », souligne Mme Shwartz Altshuler.

L’idée n’est pas forcément de convaincre un électeur qu’une vidéo fabriquée est authentique ou non. Au contraire, ce flux constant d’images, vidéos et affirmations créées de toutes pièces ajoute du bruit à un environnement d’information déjà profondément divisé, tout en affaiblissant progressivement la frontière entre ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas.

« Le but de cette ‘bouillie d’IA’ n’est pas réellement de déplacer les électeurs d’un camp à l’autre, mais de creuser les fractures au sein de la société et de faire passer le message que peu importe ce qui est réel et ce qui ne l’est pas », affirme Mme Shwartz Altshuler.

Une vidéo générée par l’IA, publiée le 15 septembre 2026 par le chef du parti HaTzionout Hadatit, Bezalel Smotrich, met en scène (de gauche à droite) le président de la Cour suprême Isaac Amit, la juge Daphne Barak-Erez et la procureure générale Gali Baharav-Miara évacués de force lors d’une manifestation. (Bezalel Smotrich via X)

Cela crée un phénomène que les chercheurs appellent la « prime au menteur » : dès lors que les électeurs savent que la quasi-totalité des images, enregistrements ou vidéos convaincantes peuvent être générés artificiellement, l’authentique peut lui-même être rejeté comme étant de l’IA.

Un enregistrement authentique d’un politicien tenant des propos politiquement dommageables pourrait, par exemple, être simplement balayé comme une fabrication de l’IA. À l’inverse, du matériel fabriqué peut être présenté comme authentique. Il en résulte un environnement d’information dans lequel la preuve est de plus en plus facile à contester.

Certains partis se préparent d’ores et déjà contre la désinformation électorale.

Lors de sa conférence de lundi, M. Lapid a fait savoir que BeYahhad déploierait un PC de crise le jour du scrutin, qu’il superviserait personnellement, ce qui permettra aux électeurs de communiquer à un numéro de téléphone dédié les contenus suspects, lesquels seront vérifiés par une équipe de fact-checkers.

L’érosion des frontières de la réalité pourrait avoir des conséquences qui vont bien au-delà du fait de croire ou non à une action de propagande. Si la population se met à douter de sa capacité à distinguer l’authentique du non-authentique, avertissent les experts, cela pourrait être exploitée pour miner la confiance dans l’élection elle-même.

Ce risque est particulièrement élevé en Israël, où les institutions chargées d’administrer le scrutin et de trancher les litiges ont déjà fait l’objet d’attaques soutenues de la part du gouvernement et de ses alliés.

Cette incertitude pourrait devenir particulièrement lourde de conséquences si le gouvernement venait à perdre de peu les élections.

Après des années d’attaques du gouvernement et de ses alliés contre le pouvoir judiciaire et, plus récemment, contre le Comité central des élections dirigé par des juges, la circulation de rumeurs faisant état de résultats frauduleux mettrait en difficultés une population qui peine déjà à distinguer le vrai du faux.

D’après Mme Shwartz Altshuler, si le résultat n’est pas favorable au gouvernement, l’IA pourrait être utilisée pour inonder cet environnement déjà méfiant de prétendues preuves de fraude ou décrédibiliser encore plus les tribunaux.

« Des ministres disent : ‘N’écoutez pas la Cour suprême, les décisions de la Cour suprême sont illégales.’ Qui nous garantit qu’ils ne feront pas de même au sujet des résultats des élections ? » interroge-t-elle.

Une campagne souterraine

En même temps que l’IA rend de plus en plus difficile de discerner les informations fiables, les Israéliens deviennent paradoxalement de plus en plus dépendants des systèmes d’IA pour leur dire ce qui est vrai — un sujet qui préoccupe bien plus les chercheurs que les vidéos de campagne générées par l’IA.

« Avant, notre crainte était que les bots trompent les gens dans leurs fils d’actualité sur les réseaux sociaux », rappelle M. Hershkovitz. « C’est toujours vrai, mais ce n’est plus le plus grand danger. Ce n’est pas la fausse vidéo que vous voyez, c’est le système d’IA en lequel vous avez confiance. »

Contrairement à ce qui prévalait lors des dernières élections israéliennes, des millions d’électeurs se tournent aujourd’hui quotidiennement vers des systèmes d’IA générative comme ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google, Claude d’Anthropic ou d’autres pour poser des questions, obtenir des explications sur les événements et demander conseil.

Sam Altman, PDG d’OpenAI, prend la parole lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur l’intelligence artificielle lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU, le 23 septembre 2026. (AP Photo/Yuki Iwamura)

Interrogés sur l’actualité, les chatbots puisent leurs informations dans Internet et les synthétisent dans une réponse délivrée d’un ton autoritaire et ostensiblement neutre — souvent sans que l’utilisateur comprenne clairement pourquoi telles sources ont été sélectionnées ou quelles informations ont permis de donner cette réponse.

Les réponses sont par ailleurs susceptibles de contenir des informations manifestement fausses, fournies avec la même assurance.

De la même manière que l’optimisation pour les moteurs de recherche (SEO) est utilisée pour manipuler l’algorithme de Google afin de rendre certains sites plus visibles que d’autres, l’optimisation pour les moteurs génératifs (GEO) est désormais employée pour façonner les réponses données par les chatbots en influençant les informations sur lesquelles s’appuient ces systèmes d’IA.

Mme Shwartz Altshuler souligne que certaines campagnes politiques tentent d’ores et déjà d’utiliser le GEO à leur avantage, et que cela « décidera de l’issue des élections ».

Le gouvernement s’est lui-même lancé dans le GEO, dépensant des millions pour orienter l’opinion américaine sur Israël.

Selon des informations publiées par des médias américains en juillet dernier, le contrat conclu avec la société américaine dirigée par l’ex-directeur de campagne du président américain Donald Trump, Brad Parscale, « inclut la création de sites Internet conçus pour façonner la manière dont les chatbots répondent aux questions », précise M. Hershkovitz.

« Cet effort visait la population américaine et le débat sur Gaza, pas les électeurs israéliens, mais il prouve que cela fonctionne et que cela peut s’acheter. Tout ce qu’un gouvernement peut acheter, un parti doté d’un budget média peut l’acheter aussi », ajoute-t-il.

La manipulation peut être difficile à détecter car l’électeur ne voit que la réponse du chatbot, sans jamais savoir que l’information à l’origine est fausse ou générée artificiellement.

« Si quelqu’un alimente ce bassin de contenus récupérables avec des éléments faussés, le modèle les répète comme s’il s’agissait de réponses objectives », explique M. Hershkovitz. « On peut très bien repérer une fausse image mais pas une couche d’information empoisonnée, car elle se présente comme une réponse directe et factuelle à une question précise. »

La manipulation des électeurs n’est que l’une des formes d’ingérence électorale permise par l’IA. Selon les experts, cette même technologie pourrait également servir à démobiliser les électeurs.

Alors que les sondages font état d’une course au coude-à-coude entre le camp pro-Netanyahu et son principal rival, Eisenkot, des partis pourraient être tentés de faire artificiellement chuter le taux de participation de certains groupes démographiques, ce qui se révèle bien plus facile que de convaincre des électeurs de changer radicalement de convictions politiques.

Montage photo (de gauche à droite) : Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar et ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, lors d’un meeting électoral à Nordiya, en Israël, le 31 août 2026 ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu et des membres du Likud lors d’un meeting électoral à Tel Aviv, le 17 septembre 2026. (Crédits : Gili Yaari/Flash90 ; Flash90)

Israël a déjà connu des tentatives de manipulation des taux de participation au scrutin, mais sans l’aide de l’IA. C’est notamment arrivé lorsque le Likud a déployé des caméras cachées dans les bureaux de vote des communautés arabes, lors du scrutin d’avril 2019, manifestement dans le but de réfréner la participation arabe.

L’IA offre de nouveaux moyens de poursuivre le même objectif à très grande échelle.

« Imaginez que le jour du scrutin, j’entende des rumeurs selon lesquelles des violences ont éclaté dans des bureaux de vote et que je demande au chatbot si je dois aller voter ou non. Sa réponse influencera mon comportement — je resterai chez moi ou j’irai voter », explique Mme Shwartz Altshuler.

Elle estime que les déçus du Likud sont un groupe dont les voix — et la décision de voter ou non — pourraient s’avérer déterminantes lors de ces élections. En effet, selon un sondage de la chaîne N12 réalisé en mai dernier, près de 40 % de ceux qui ont voté pour le Likud aux dernières élections envisageraient de voter pour un autre parti.

Leurs voix sont convoitées par des partis du bloc de Netanyahu et au-delà, à commencer par le parti Yashar d’Eisenkot.

« Il y a beaucoup de membres du Likud qui ne veulent plus voter pour ce parti, mais qui ne veulent pas non plus voter pour quelqu’un d’autre. Que vont-ils faire ? Rester chez eux ? » questionne Mme Shwartz Altshuler. « C’est la question, et c’est là qu’un chatbot peut s’avérer redoutablement efficace. »

Une cible parfaite

La capacité de ces techniques à influencer une élection dépend en partie de l’environnement d’information dans lequel elles sont déployées, et selon les experts, plusieurs caractéristiques rendent Israël particulièrement vulnérable.

Selon une étude de 2026 de l’Israel Internet Association, 88 % des adultes israéliens utilisent ChatGPT et 73 %, Gemini, mais 99 % utilisent WhatsApp. Ce taux exceptionnellement élevé d’usage des plateformes numériques se double paradoxalement de niveaux très faibles de culture numérique et médiatique, soulignent les experts.

« Nous avons un excès de confiance dans notre capacité à distinguer le vrai du faux parce que notre culture numérique est faible. Nous nous faisons beaucoup trop confiance », assure Mme Shwartz Altshuler.

L’écosystème d’information israélien présente d’autres vulnérabilités.

Les informations politiques sont recherchées en hébreu, arabe, russe et anglais sur des sujets d’actualité qui changent très rapidement et sont très contestés. Selon
M. Hershkovitz, lorsque, dans une langue, les informations fiables sont rares ou difficiles à utiliser pour les chatbots, la probabilité de recours à des contenus peu fiables est plus grande, faute de contenus disponibles.

La commission centrale électorale examinant les recours visant à exclure des partis et des candidats des élections à la Knesset, à Jérusalem, le 23 septembre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une grande partie de la communication politique israélienne passe également par WhatsApp et Telegram, où les messages circulent au sein de groupes privés de confiance, avec très peu de visibilité pour ceux qui tentent de détecter ou corriger les fausses affirmations. Or, l’IA permet de produire plus facilement des contenus de campagne sur mesure adapté à ces groupes multiples et souvent très influents.

Pourtant, la faiblesse la plus grande, estiment les spécialistes de la question, réside dans le fait qu’il reste difficile de savoir qui est responsable de la défense contre cette menace informationnelle globale.

Israël dispose en effet d’institutions chargées de protéger les mécanismes électoraux et possède des règles strictes encadrant l’usage de la publicité politique dans les médias de masse comme la télévision, la radio ou encore la presse écrite.

Mais ces garde-fous n’ont pas suivi le rythme du basculement vers les médias numériques et les réseaux sociaux, ce qui laisse béant un vide réglementaire.

Au lieu de mettre en place des outils et mécanismes de surveillance pour traiter la désinformation et débusquer les acteurs malveillants, les autorités ont tenté d’aborder le problème en introduisant des règles exigeant la divulgation des deepfakes générés par l’IA dans les supports de campagne — une consigne qui ne s’attaque pas à la manière dont ces contenus de campagne sont réellement consommés.

Selon Asaf Wiener, de l’Israel Internet Association, Israël pourrait exiger davantage de transparence et de responsabilité de la part des entreprises technologiques qui contrôlent ces plateformes.

Au sein de l’Union européenne, les principales plateformes de réseaux sociaux et moteurs de recherche, y compris les services exploités par Meta, Google et TikTok, doivent rendre compte de leurs pratiques de modération de contenu.

Les plus grands doivent également évaluer et traiter les risques qui pèsent sur les élections. Les fournisseurs de modèles d’IA, dont ceux qui sont à l’origine de chatbots tels que ChatGPT et Gemini, font face à d’autres exigences de transparence et de gestion des risques, en vertu du règlement européen sur l’IA (AI Act). Israël ne dispose d’aucun cadre global comparable en la matière.

En Israël, déplore M. Wiener, « il n’y a absolument aucune réglementation sur les plateformes, aucune responsabilité, même au sujet des contenus illégaux. »

La réticence d’Israël à imposer davantage de réglementations découle au moins en partie de la dépendance extraordinaire du pays envers son secteur technologique, véritable moteur de son économie, ce qui rend les décideurs politiques frileux face aux mesures perçues comme faisant peser une charge sur cette industrie.

Israël a également fait face à des pressions de la part de Washington au sujet de potentielles obligations imposées aux entreprises américaines. Cette pression pèse d’un poids particulier au moment où Israël s’appuie sur le soutien diplomatique et militaire américain dans un contexte d’isolement international croissant depuis le 7 octobre 2023.

Il en résulte, affirme M. Wiener, que les entreprises contraintes de consacrer des ressources considérables à la sécurité, à la transparence et à la conformité réglementaire ailleurs font face à des exigences nettement moindres en Israël.

« Nous sommes en train de devenir le terrain de jeu des plateformes mondiales », conclut-il.

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