L’incendie du restaurant casher à Sydney serait parti d’un règlement de comptes raté

Selon des documents judiciaires, révélés dans le Sydney Morning Herald, l'incendie du Lewis' Continental Kitchen a été organisé par un réfugié payé par l'Iran

Une policière regardant un mur recouvert de graffitis anti-Israël, à Sydney, en Australie, le 11 décembre 2024. (Crédit : Mick Tsikas/AP Image via AP)

Après que le Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré mardi que l’Iran était à l’origine de deux incendies criminels antisémites en 2024, des documents judiciaires publiés mercredi dans un article ont révélé comment l’un de ces attentats avait été bâclé par des criminels locaux et par un voyou qui se faisait appeler « James Bond ».

Les services de sécurité nationale australiens ont déclaré avoir identifié l’implication du gouvernement iranien dans les incendies criminels perpétrés le 20 octobre 2024 contre le restaurant casher Lewis’ Continental Kitchen, à Bondi, près de Sydney, et le 6 décembre contre la synagogue Adass Israel, à Melbourne.

Selon l’Australian Security Intelligence Organisation (ASIO), il est probable que le régime iranien ait également été impliqué dans d’autres attentats.

En réponse à ces révélations, Albanese a expulsé l’ambassadeur iranien, qualifiant les actions de Téhéran « d’actes d’agression dangereux » visant à saper la cohésion sociale de son pays.

Il a également annoncé que Canberra avait retiré ses diplomates de la République islamique et qu’elle allait inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes.

L’ordre donné par Canberra à l’ambassadeur iranien, Ahmad Sadeghi, de quitter le pays dans les sept jours est la première expulsion d’un ambassadeur étranger depuis la Seconde Guerre mondiale.

Une crèche incendiée et des graffitis antisémites, à Sydney en Australie, le 21 janvier 2025. (Crédit : Capture d’écran/X)

Selon le Sydney Morning Herald, l’attaque de Bondi aurait été précédée de deux tentatives infructueuses dans un autre lieu. Leur commanditaire présumé, Sayed Moosawi, président de la section locale des Nomads, aurait dirigé l’opération à l’aide de l’application de messagerie Signal, sous le pseudonyme « James Bond ». Moosawi a émigré en Australie en tant que réfugié en 2005 et a un lourd passé de crimes violents, d’après le journal.

Il aurait déclaré avoir reçu 12 000 dollars pour préparer un incendie à Bondi, dans le cadre d’une opération qui aurait été orchestrée depuis l’Iran.

Selon le Sydney Morning Herald, Moosawi aurait recruté Wayne Ogden et Juon Amuoi pour incendier une cible en septembre 2024. Toutefois, les deux hommes ont pris la fuite après avoir été repérés à proximité de la Curly Lewis Brewery, un bar en bord de mer n’ayant aucun lien avec la communauté juive.

Furieux, Moosawi aurait envoyé à Ogden un message truffé d’insultes, affirmant « qu’un gamin de 16 ans aurait pu le faire ».

Quelques semaines plus tard, deux autres hommes, Guy Finnegan et Craig Bantoft, ont été recrutés pour attaquer le restaurant Lewis’ Continental Kitchen, en échange de 4 000 dollars.

Cependant, ils sont retournés par erreur à la même brasserie le 17 octobre et ont allumé un petit incendie qui a été rapidement éteint par les gicleurs.

Furieux de ces échecs répétés, Moosawi aurait réprimandé son équipe sur Signal : « Vous avez foutu en l’air tout le projet… Il n’y a même pas 2 % de brûlé, putain. »

La police a arrêté Finnegan dans les vingt-quatre heures, mais Ogden serait revenu quelques jours plus tard pour achever son œuvre.

Le drapeau national iranien flottant au-dessus de l’ambassade d’Iran, à Canberra, le 26 août 2025. Le gouvernement australien a annoncé le 26 août l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran, accusant ce pays d’être à l’origine d’attaques antisémites à Melbourne et Sydney. (Crédit : Hilary Wardhaugh/AFP)

Dans la nuit du 20 octobre, vers 2 h 30, il aurait pénétré par effraction dans le restaurant Lewis’ Continental Kitchen, répandu du carburant dans les locaux et mis le feu, causant plus d’un million de dollars de dégâts et obligeant les habitants des immeubles voisins à évacuer les lieux.

Bantoft et Finnegan ont depuis plaidé coupables pour l’incendie de la brasserie et purgent actuellement leur peine de prison. Ogden et Amuoi attendent leur procès, prévu le 21 octobre, tout comme Moosawi, qui a été libéré sous caution ce mois-ci après avoir versé une caution de 2 millions de dollars.

Plusieurs niveaux de dissimulation

Les services de renseignement australiens ont également déclaré avoir remonté la piste jusqu’en Iran pour retrouver la source du financement des criminels qui auraient incendié la synagogue Adass Israel à Melbourne en décembre, même si les personnes inculpées pour ce crime ignoraient probablement que Téhéran était leur commanditaire.

Le Premier ministre australien Anthony Albanese et le directeur général de l’ASIO Mike Burgess s’adressent aux médias lors d’une conférence de presse au Parlement, à Canberra, le 26 août 2025. (Crédit : Lukas Coch/AAP Image)

Deux des trois suspects impliqués dans cette attaque ont été arrêtés au cours des deux derniers mois.

L’enquête sur ces crimes a nécessité que l’ASIO remonte la piste des paiements effectués sur le territoire national et à l’étranger, vers des « petits délinquants, et parfois à des délinquants moins petits », a déclaré Albanese devant le Parlement.

En juillet, les autorités ont déclaré que plus de 220 agents des forces de l’ordre avaient consacré plus de 50 000 heures à l’enquête.

Mike Burgess, le chef des services secrets australiens, a déclaré qu’une série d’intermédiaires, appelés « cut outs » dans le jargon des services de renseignement, avait été utilisée pour dissimuler l’implication de l’Iran dans ces attaques. Il a également averti que le pays pourrait en avoir orchestré d’autres.

Le tournant de l’enquête s’est produit quelques semaines plus tôt, lorsque la police fédérale australienne et l’ASIO ont saisi les téléphones portables et les appareils numériques des suspects arrêtés dans l’État de Victoria pour l’attaque de la synagogue. Ils ont alors découvert une berline Volkswagen Golf bleue volée, utilisée dans des attaques sans rapport avec celle-ci.

Les images de vidéosurveillance de la nuit du 6 décembre, diffusées par la police, montrent trois individus cagoulés déchargeant des jerrycans rouges de carburant du coffre de la voiture, l’un d’entre eux brandissant une hache à l’entrée de la synagogue. Ils l’ont ensuite incendiée et ont pris la fuite à toute vitesse.

Selon l’acte d’accusation, l’équipe conjointe de lutte contre le terrorisme de Victoria affirme que Younes a volé la voiture pour commettre l’attaque et a mis en danger la vie d’autrui en incendiant la synagogue, d’une valeur de 20 millions de dollars australiens, alors que des personnes se trouvaient à l’intérieur. Personne n’a été blessé lors de l’attaque.

Younes a comparu mercredi devant le tribunal de première instance de Melbourne, où il a été accusé d’incendie criminel et de vol de voiture visant la synagogue. Il n’a ni plaidé coupable ni demandé à être libéré sous caution. Son avocat a refusé de faire des commentaires à Reuters.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrant l’incendie de la synagogue Adass Israel à Ripponlea, dans la banlieue de Melbourne, en Australie, le 6 décembre 2024. (Crédit : Capture d’écran ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Un autre suspect, Giovanni Laulu, 21 ans, a comparu devant le tribunal le mois dernier pour les mêmes chefs d’accusation.

La police a qualifié la berline de « voiture de crime communautaire » liée à d’autres attaques non motivées par des raisons politiques.

La communauté juive australienne a critiqué les forces de sécurité pour leur incapacité, pendant plusieurs mois, à identifier les suspects dans l’affaire Adass Israel, que beaucoup considéraient comme un tournant dans la lutte contre l’antisémitisme.

Les Juifs australiens sont frustrés par ce qu’ils considèrent comme l’incapacité du gouvernement à mettre fin aux attaques et aux discours de haine.

Des croix gammées taguées sur une synagogue, à Newtown, à Sydney, en Australie, le 11 janvier 2025. (Crédit : Capture d’écran via ABC News)

Depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas à la suite du pogrom perpétré par ce dernier le 7 octobre 2023, les Juifs ont vu leurs synagogues, leurs écoles et leurs maisons incendiées. Deux infirmiers ont menacé de tuer des patients juifs dans leur hôpital, et une caravane remplie d’explosifs destinés à un attentat meurtrier contre une synagogue de Sydney a été découverte.

Selon les données du Conseil exécutif des Juifs d’Australie (ECAJ), quelque 2 062 incidents ont été recensés entre octobre 2023 et septembre 2024, contre 495 incidents un an plus tôt.

La récente décision du pays de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre, a exacerbé le sentiment d’aliénation croissant au sein de la communauté juive du pays, qui compte 120 000 membres, et a déclenché une vive joute verbale entre le gouvernement d’Albanese et les responsables israéliens.

Après que Canberra a décidé la semaine dernière d’interdire au député Simha Rothman (HaTzionout HaDatit), de se rendre dans le pays, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fustigé Albanese, le qualifiant de « politicien faible qui a trahi Israël ».

Un manifestant brandissant un portrait du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, sur le pont du port de Sydney lors d’un rassemblement anti-Israël, à Sydney, le 3 août 2025. (Crédit : Saeed Khan/AFP)

En réponse, le ministre australien de l’Intérieur, Tony Burke, a déclaré que Netanyahu « se laissait emporter » et que la véritable force ne se mesurait pas au « nombre de personnes que l’on peut faire exploser ».

Malgré ces échanges, Netanyahu a salué la décision de Canberra d’expulser l’ambassadeur iranien, la qualifiant de « premier pas » et se disant « satisfait » de cette mesure dans un message publié sur le réseau social X.

L’Australie est le dernier gouvernement occidental en date à accuser l’Iran de mener des activités hostiles secrètes sur son sol.

Les services de sécurité britanniques et suédois ont averti l’année dernière que Téhéran utilisait des intermédiaires criminels pour mener des attaques violentes dans ces pays. Londres affirme ainsi avoir déjoué une vingtaine de complots liés à l’Iran depuis 2022. Une dizaine d’autres pays ont condamné ce qu’ils ont qualifié de recrudescence des complots d’assassinat, d’enlèvement et de harcèlement par les services de renseignement iraniens.

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