Simcha Rothman interdit de séjour en Australie, à quelques heures de son déplacement
Le député d'extrême-droite a dit regretter que Canberra ait « capitulé face au terrorisme »

L’Australie a interdit de territoire le député du parti HaTzionout HaDatit, Simcha Rothman, qui devait effectuer le déplacement pour une série d’événements, a annoncé lundi matin le Guardian en reprenant les propos du ministre de l’Intérieur, Tony Burke.
Selon l’Association juive australienne, qui l’avait invité et a confirmé l’annulation de sa venue, le député israélien d’extrême droite était supposé effectuer une tournée dans des écoles juives et des synagogues et rencontrer les victimes de récents actes antisémites.
« Notre gouvernement adopte une ligne dure envers ceux qui viennent dans l’intention de semer la division », a déclaré M. Burke dans un communiqué. « Si vous venez en Australie pour répandre un message de haine et de division, vous n’y êtes pas le bienvenu. »
Selon l’Association juive australienne, le visa a été annulé quelques heures avant le départ de Rothman pour l’Australie. Elle assure que ce déplacement n’était pas lié aux événements du Moyen-Orient.
« Il s’agit d’une décision violemment antisémite de la part d’un gouvernement obsédé par la prise pour cible de la communauté juive et d’Israël », a fait savoir le chef de l’Association juive australienne, Robert Gregory, dans un communiqué publié en ligne par l’association.
Il ajoute que les Juifs devraient y réfléchir à deux fois avant d’envisager de venir en Australie et que de plus en plus de Juifs australiens songeaient à émigrer.
« Israël a tout à fait le droit de réagir avec force. Nous en avons fait part à l’administration Trump, que les événements qui se déroulent en Australie préoccupent également », ajoute-t-il.
Le ministère des Affaires étrangères n’a pas encore fait de commentaires.
Le député Simcha Rothman a quant-à-lui déclaré à la chaîne publique Kan que ce refus de visa était une « capitulation face au terrorisme ».
Rothman a expliqué avoir été invité par la communauté juive australienne dans le cadre d’une « visite de solidarité », et que l’interdiction d’entrée qui le frappe est liée à la motion non contraignante adoptée au mois de juillet par la Knesset en faveur de l’annexion de la Cisjordanie.
« L’État d’Israël doit enseigner au monde entier, et notamment au gouvernement australien, comment lutter contre le terrorisme et ne pas céder devant lui. Céder au terrorisme ne peut que conduire à davantage de terrorisme », a-t-il souligné.
Rothman a rappelé qu’il avait sollicité un visa par les voies diplomatiques habituelles avec l’aide du ministère des Affaires étrangères. Il estime que cette décision est liée à la crainte de violences de la part des militants anti-Israël.
« Des djihadistes islamistes les ont menacés au cas où je viendrais et donc, au lieu de se soucier de l’ordre public, au lieu de rester fermes contre le terrorisme, ils ont capitulé face au terrorisme », a-t-il dit.
Rothman a ajouté que cette décision n’avait rien de personnel mais qu’elle visait Israël dans son ensemble et que les discours prétendument haineux évoqués par le gouvernement australien pour étayer sa décision étaient admis par le courant dominant israélien.
« Vous incitez à la haine en disant qu’Israël doit détruire le Hamas », peut-on lire dans la décision des autorités australiennes. « Vous incitez à la haine en affirmant qu’un État palestinien est dangereux pour Israël et que vous voulez l’exterminer. »
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a exprimé son soutien au député dans un tweet sur X : « Simcha, face à tous les antisémites du monde, le peuple d’Israël est derrière toi et te soutient. »
« Continue à porter fièrement la voix d’Israël. Nous ne nous arrêterons pas avant d’avoir obtenu une victoire totale ! », a poursuivi Smotrich, également chef du parti HaTzionout HaDatit.
En juin, l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni ont sanctionné Smotrich pour « incitation à la violence extrémiste et violations graves des droits humains des Palestiniens ».
Le ministre des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, a affirmé que la décision de l’Australie était « un prolongement direct » du « choix scandaleux » du gouvernement australien « d’honorer les violeurs et les meurtriers du Hamas », faisant ainsi référence à l’annonce du Premier ministre Anthony Albanese selon laquelle Canberra reconnaîtrait un État palestinien.
Dans un message écrit en anglais sur le réseau social X, Chikli a déclaré que cette interdiction était le signe « d’une boussole morale défaillante, d’une pratique de la discrimination et d’une grave atteinte à la liberté d’expression ».
The Albanese government’s decision to bar MK Rothman (and previously former minister Shaked) from visiting Australia???????? is a direct extension of his disgraceful choice to honor the rapists and murderers of Hamas.
It reflects a broken moral compass, discrimination, and a grave…— עמיחי שיקלי – Amichai Chikli (@AmichaiChikli) August 18, 2025
Le ministre d’extrême droite de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir a pour sa part qualifié cette décision de « souillure historique et de honte pour le gouvernement australien » dans un message publié sur le réseau X, critiquant ce qu’il a appelé « les cris de jubilation des militants de gauche israéliens, des collaborateurs du Hamas et de ceux qui diffament Israël dans le monde entier ».
Ben Gvir a également mis en garde Albanese, qui selon lui « a tort de croire qu’une attitude conciliante envers le terrorisme islamiste fera avancer l’Australie », et affirmé que de telles politiques risquent de suivre « la voie désastreuse empruntée par la Grande-Bretagne ».
La députée du Likud Tali Gotliv a quant à elle déclaré que « l’Australie est antisémite depuis la nuit des temps », et que le pays a inventé le concept selon lequel pour lutter contre l’antisémitisme, le mieux est d’avoir « un territoire sans Juifs ».
Bien qu’il siège de l’autre côté de l’hémicycle, le chef du parti d’opposition, Benny Gantz, a pris la défense du député Rothman.
« Le député Rothman et moi avons des divergences politiques et idéologiques profondes, mais la décision de l’Australie de lui interdire l’entrée sur son territoire est non seulement profondément erronée, mais aussi ouvertement hypocrite », a écrit le chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, dans un message publié en anglais sur le réseau social X.
« Si seulement l’Australie combattait l’antisémitisme qui ravage ses communautés juives avec la même ferveur qu’elle interdit l’entrée sur son territoire aux représentants de la seule et unique démocratie du Moyen-Orient », a-t-il poursuivi.
Sa prise de position n’a toutefois pas trouvé d’écho chez d’autres membres de l’opposition.
« Contrairement aux déclarations de Smotrich, le peuple d’Israël ne soutient absolument pas Rothman », a écrit le député Vladimir Beliak (Yesh Atid), en réponse à la déclaration du ministre des Finances, selon laquelle son collègue de parti bénéficie d’un large soutien parmi les Israéliens, quels que soient leurs opinions politiques.
« Le peuple d’Israël ne soutient pas Rothman, et le peuple d’Israël se moque éperdument que Rothman, qui est financé jusqu’au cou par l’argent étranger, entre ou non en Australie », a-t-il écrit sur X.
« Il est également important de préciser au monde entier que des politiciens comme Rothman ne représentent absolument pas l’Israël juif et démocratique. »
Le député Mossin Raz (Hadash) a ironisé : « L’Australie se trompe. Mieux vaut que [Rothman] fasse des dégâts en Australie plutôt que de vivre dans une implantation et de nuire à la commission de la Constitution, le Droit et la Justice de la Knesset. »
Le dirigeant d’une des principales organisations juives d’Australie s’est prononcé contre la décision, même si beaucoup ne partagent pas les opinions d’extrême droite de Rothman.
« C’est une chose de être en profond désaccord avec un représentant élu d’une démocratie et d’un allié, c’en est une autre de lui refuser l’entrée sur ce seul motif »,
a déclaré Jeremy Leibler, président de la Fédération sioniste d’Australie, dans un communiqué publié par The Times of Israel.
Tout en reconnaissant que bon nombre des opinions de Rothman « sont très choquantes et ne reflètent pas les valeurs de la communauté juive australienne ni celles de la majorité du peuple israélien », Leibler estime que l’Australie « ne devrait pas créer un tel précédent ».
Un porte-parole du Conseil exécutif des Juifs d’Australie, qui représente officiellement les organisations juives australiennes, a refusé de commenter cette décisions.
En juin dernier, l’Australie avait déjà interdit de territoire l’activiste et influenceur pro-Israël Hillel Fuld au motif que sa présence ferait peser un risque sur « la santé, la sécurité ou le bon ordre », avait fait savoir le cabinet de Burke au moment des faits. Et l’an dernier, elle en avait fait de même envers l’ex-ministre de la Justice, Ayelet Shaked, pour des raisons similaires.
Ces dernières semaines, la position de Canberra n’a cessé de se durcir envers Israël, notamment avec l’annonce de son intention de reconnaître un État palestinien le mois prochain.







