L’Iran autorise officiellement les femmes à conduire des motos
« Je ne pense pas que ce soit le principal problème de notre société », dit sous couvert d'anonymat cette employée de 33 ans d'une agence de publicité
Les Iraniennes peuvent désormais officiellement obtenir un permis de conduire pour les deux-roues, a rapporté mercredi un média iranien, mettant ainsi fin à des années d’ambiguïté juridique concernant la conduite des motos et des scooters.
Le code de la route ne leur interdisait pas explicitement de conduire ces véhicules, mais les autorités ne leur délivraient pas de permis.
Du fait de cette ambiguïté, les motardes, de plus en plus nombreuses dans le pays, étaient jusqu’alors légalement tenues pour responsables en cas d’accident, même si elles en étaient victimes.
Mardi, le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref, a signé une résolution visant à clarifier la situation, approuvée fin janvier en Conseil des ministres, selon l’agence Ilna.
Cette annonce fait suite à une vague de manifestations qui ont débuté fin décembre pour protester contre le coût de la vie, puis ont pris de l’ampleur les 8 et 9 janvier avec des revendications politiques contre le régime islamique.
Les autorités reconnaissent la mort de milliers de personnes, mais affirment que la grande majorité d’entre elles étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes » agissant pour le compte des États-Unis et d’Israël.
Des groupes de défense des droits humains avancent toutefois des bilans beaucoup plus élevés.
Le texte sur les deux-roues oblige la police routière à « fournir une formation pratique aux candidates, à organiser un examen sous la supervision directe de la police et à délivrer des permis de conduire moto aux femmes », précise Ilna.
Ces derniers jours, le gouvernement a envoyé des SMS sur les téléphones iraniens pour annoncer la nouvelle.
Pour Saïna, qui se rend déjà au travail en scooter depuis six mois, cette mesure intervient « trop tard » car « les femmes conduisent déjà des motos depuis des mois ».
« Je ne pense pas que ce soit le principal problème de notre société », dit sous couvert d’anonymat cette employée de 33 ans d’une agence de publicité, en référence aux récentes manifestations et à la situation économique délicate du pays.
Avec la Révolution islamique de 1979, la pratique de certaines activités est devenue inaccessible aux femmes, et surtout mal perçue par la société.
Mais ces dernières années, les Iraniennes bravent de plus en plus les règles.
Cette tendance s’est accélérée depuis 2022, après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire très strict.
Son décès avait déclenché des manifestations à travers le pays, au cours desquelles de nombreuses femmes réclamaient davantage de libertés.