L’UE s’active pour l’après-guerre de Gaza
L'envoyé spécial de l'Union européenne au Moyen-Orient se dit déterminé à œuvrer pour une solution à deux États
La guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza a beau saper les espoirs, ténus, d’une paix durable entre Israël et Palestiniens, l’envoyé spécial de l’Union européenne (UE) au Moyen-Orient reste déterminé à œuvrer pour une solution à deux États, malgré la ferme opposition du gouvernement israélien.
Aujourd’hui, la « priorité » est « d’aider à mettre un terme aux souffrances à Gaza », tout en tentant d’éviter « une guerre régionale », qui gagnerait notamment le Liban, et de relancer le « processus de paix », détaille Sven Koopmans dans un entretien à l’AFP.
Diplomate discret, Koopmans inscrit son action dans la ligne de la déclaration du Conseil européen sur le Moyen-Orient de 1980, dite de Venise, affirmant notamment « le droit à l’existence et à la sécurité de tous les États de la région, y compris Israël » ainsi que « la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien », notamment celui « à l’autodétermination ».
Cette feuille de route se heurte aux entraves structurelles des Vingt-Sept en matière de diplomatie, en particulier la nécessité de trouver des consensus entre des gouvernements aux positions et intérêts différents.
Le grand écart entre le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et des pays comme la Hongrie ou la République tchèque, témoigne de cette disparité. Le premier dénonce « des violations du droit international » par Israël dans la bande de Gaza, quand Budapest et Prague ont freiné les sanctions européennes contre des résidents d’implantations israéliens en Cisjordanie.
« Léger mouvement »
En poste depuis 2021, l’envoyé spécial de l’UE affirme toutefois qu’en coulisses, Bruxelles est bien l’une des capitales où l’on s’active pour une sortie de crise, et que tous les États membres conviennent de la nécessité de la création d’un État palestinien.
L’UE est « le premier partenaire commercial des Israéliens, le plus important bailleur des Palestiniens », avance ce diplomate néerlandais.
« Nous sommes le ‘voisin politique’ le plus important des deux parties. Bien sûr, nous ne sommes pas le partenaire le plus important sur les questions de sécurité, mais nous sommes un acteur important et pertinent. »
Les reconnaissances en mai et juin de l’État de Palestine par trois membres de l’UE – Espagne, Irlande et Slovénie – peuvent selon lui « contribuer » à une solution diplomatique à un conflit vieux de plusieurs décennies.
« Il y a un léger mouvement général, qui fait que davantage d’États membres que par le passé disent qu’il n’est pas nécessaire » que cette reconnaissance « se fasse à la toute fin » d’un processus de paix, affirme Koopmans.
Les déclarations répétées du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et de membres de son gouvernement, affirmant une opposition ferme et de principe à la reconnaissance d’un État palestinien, ne le découragent pas.
Netanyahu « a un point de vue différent de celui d’une grande partie du reste du monde », note Koopmans. Le fait que « les uns ou les autres » rejettent une idée « ne veut pas dire qu’on devrait arrêter de travailler ».
D’ailleurs, « je n’ai entendu personne s’opposant à la solution à deux États dire ce qu’il propose à la place », ajoute-t-il, s’exprimant avant l’adoption cette semaine par le Parlement israélien d’une résolution contre « la création d’un État palestinien ».
Invitation à Israël
Pour évoquer l’après-guerre à Gaza, où le conflit a été déclenché par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël, l’UE a reçu fin mai les ministres de plusieurs pays arabes, Arabie saoudite, Égypte, Emirats arabes unis, Jordanie, et Qatar.
Via le mécanisme PEGASE, mis en place en 2008, elle soutient l’Autorité palestinienne (AP) et lui a versé 25 millions d’euros début juin pour contribuer au paiement des salaires et retraites des fonctionnaires.
La Commission européenne a en outre annoncé samedi le déblocage d’un « soutien financier d’urgence » de 400 millions d’euros de subventions et prêts, à verser entre juillet et septembre « sous réserve de progrès dans la mise en œuvre du programme de réforme de l’Autorité palestinienne ».
« L’UE veut voir l’Autorité palestinienne réussir » et « renforcer » le gouvernement siégeant à Ramallah afin qu’il « puisse gouverner à Gaza quand ce sera possible », affirme Koopmans.
Il qualifie « d’inacceptable » tout autant le blocage aux portes de la bande de Gaza des camions d’aide humanitaire que la présence juive israélienne et les violences qu’elle engendre en Cisjordanie.
Pour discuter de la « situation à Gaza » et du « respect des droits humains », l’UE a envoyé début juin une invitation à Israël, qui a donné son accord à une rencontre, au deuxième semestre 2024, sous la présidence tournante du Conseil de l’UE par la Hongrie.
« Je suis certain que cette réunion donnera lieu à des discussions très approfondies sur ce que nous attendons de notre partenaire israélien », commente Koopmans.
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