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La Norvège, l’Irlande et l’Espagne s’apprêtent à reconnaître l’État palestinien

La question de la reconnaissance de l'Etat de Palestine - qui est reconnu par 142 des 193 Etats membres de l'ONU, selon un décompte de l'Autorité palestinienne - divise au sein de l'UE

Des personnes participant à une manifestation de soutien au peuple palestinien à Madrid, en Espagne, le 11 mai 2024. (Crédit : Pierre-Philippe Marcou/AFP)
Des personnes participant à une manifestation de soutien au peuple palestinien à Madrid, en Espagne, le 11 mai 2024. (Crédit : Pierre-Philippe Marcou/AFP)

La décision de reconnaître l’Etat de Palestine annoncée mercredi par l’Espagne et l’Irlande, aux côtés de la Norvège, renforce les divisions sur ce sujet au sein de l’Union européenne, qui ne parvient pas à trouver une position commune depuis le début de la guerre déclenchée par les massacres barbares commis par des groupes terroristes palestiniens le 7 octobre contre le sud d’Israël.

« Cela a pris de long mois pour amener les 27 Etats membres » de l’UE à exiger « un cessez-le-feu à Gaza » et à « réitérer leur soutien à une solution à deux Etats », mais « nous devons être sincères et reconnaître que cela n’est pas suffisant », a affirmé le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, farouche opposant à Israël, avant d’annoncer devant les députés que son pays reconnaîtrait le 28 mai l’Etat de Palestine.

L’Espagne, qui est à la manœuvre depuis des mois pour rallier d’autres capitales européennes, a pris cette décision conjointement avec Dublin et un autre pays européen mais n’appartenant pas à l’UE, la Norvège.

Mise « en danger » par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, selon M. Sánchez, la solution à deux Etats constitue « le seul chemin crédible vers la paix et la sécurité pour Israël et pour la Palestine », a estimé à Dublin le Premier ministre irlandais Simon Harris.

Madrid, Dublin et Oslo espèrent être rejoints par d’autres pays européens. En mars à Bruxelles, les dirigeants slovène et maltais avaient signé un communiqué commun avec leurs homologues espagnol et irlandais dans lequel ces quatre pays faisaient part de leur volonté de reconnaître un tel Etat.

Un homme agite le drapeau palestinien devant le bâtiment du Parlement norvégien lors d’une manifestation à Oslo, le 28 octobre 2023. (Frederik Ringnes/NTB via AP)

Ce mois-ci déjà, la Slovénie avait initié la procédure de reconnaissance de l’État palestinien dans le but d’accentuer la pression et de mettre fin au conflit à Gaza. Le Premier ministre Robert Golob a indiqué que son pays reconnaîtrait l’État palestinien au plus tard le 13 juin prochain.

Les États-Unis s’opposent depuis longtemps aux tentatives palestiniennes visant à obtenir unilatéralement le statut d’État, au motif que cet objectif devait être atteint par le biais de négociations directes avec Israël.

Washington a également déclaré que l’Autorité palestinienne devait connaître d’importantes réformes avant d’être reconnue comme un État. Ramallah est depuis longtemps largement soupçonnée de corruption et de mauvaise gestion.

Les mesures prises isolément par des pays européens ne prédisent en rien la reconnaissance par l’UE d’un État palestinien, car cette décision doit être prise à l’unanimité des 27 États membres.

Huit pays de l’Union européenne reconnaissent déjà l’État palestinien, à savoir la Bulgarie, Chypre, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède et la Slovaquie. Malte, qui reconnaît le concept d’État, a indiqué qu’elle pourrait très bientôt reconnaître un État, de même que la Slovénie.

La Suède est le seul pays à avoir reconnu l’État palestinien en faisant déjà partie de l’UE, les autres l’ayant fait auparavant, au titre de leur appartenance au bloc soviétique.

La Norvège n’est pas membre de l’UE, mais est étroitement alignée sur elle et est par ailleurs membre de l’Espace économique européen.

La question de la reconnaissance de l’Etat de Palestine – qui est reconnu par 142 des 193 Etats membres de l’ONU, selon un décompte de l’Autorité palestinienne – divise au sein de l’UE.

Jusqu’ici, la Suède avait été en 2014 le seul pays de l’UE à avoir reconnu un tel Etat, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie et Chypre l’ayant fait avant de rejoindre le bloc.

Paris a franchi en février un pas diplomatique notable en évoquant la possibilité d’une reconnaissance unilatérale en l’absence de volonté israélienne d’aboutir à une solution à deux Etats par des négociations. Ce n’est « pas un tabou pour la France », avait alors dit le président français Emmanuel Macron.

Mercredi, le ministre français des Affaires étrangères a indiqué que les conditions n’étaient pas réunies pour que Paris, qui a voté le 10 mai – comme Madrid et Dublin – en faveur d’une adhésion d’un Etat de Palestine à l’ONU, suive l’Espagne et l’Irlande.

« Cette décision doit être utile, c’est-à-dire permettre une avancée décisive sur le plan politique » et ne pas relever « seulement d’une question symbolique ou d’un enjeu de positionnement politique », a affirmé Stéphane Séjourné dans une déclaration écrite à l’AFP.

L’Allemagne, qui défend aussi une solution à deux États, rappelle, à l’instar de Washington, qu’une telle reconnaissance doit être le résultat de négociations directes entre les parties au conflit.

Illustration : Un supporter irlandais arborant un drapeau palestinien dans les tribunes lors du match de football de qualification pour le groupe B de l’Euro 2024 entre Gibraltar et l’Irlande, au stade Argarve, à l’extérieur de Faro, au Portugal, le 16 octobre 2023. (Crédit : Joao Matos/AP)

Rappel de ses ambassadeurs par Israël

Israël, qui souligne par ailleurs que cette décision ne fera que « nourrir l’extrémisme et l’instabilité », a annoncé sans tarder le rappel « pour consultations » de ses ambassadeurs en Espagne, en Irlande et en Norvège.

« J’adresse un message clair à l’Irlande et à la Norvège – Israël ne laissera pas tout ceci se faire sans mot dire », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Israel Katz.

Israël pourrait prendre des mesures contre ces trois pays, a confié un membre des autorités israéliennes au Times of Israel.

Israël a fait valoir que la reconnaissance unilatérale de l’État palestinien serait perçue comme une récompense pour l’attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre dernier.

« L’Irlande et la Norvège vont envoyer le message aux Palestiniens et au monde entier que le terrorisme paie », a déclaré Katz, ajoutant qu’il « s’agirait d’une récompense pour le Hamas et l’Iran ».

Il a ajouté que cette reconnaissance de l’Etat palestinien nuirait aux actions menées pour libérer les 128 otages toujours détenus à Gaza, mais pas à l’effort de guerre israélien.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a exigé des « mesures sévères » à l’encontre de l’Autorité palestinienne, annonçant la fin des transferts de fonds à l’organe administratif palestinien. Il a demandé l’annulation du mécanisme mis en place avec la Norvège pour le transfert des salaires des employés de l’Autorité palestinienne à Gaza et exigé qu’Israël autorise la construction de milliers de nouveaux logements dans les implantations en signe de représailles.

Sans surprise, le mouvement terroriste islamiste palestinien Hamas a salué cette reconnaissance comme « une étape importante » due, selon lui à la « brave résistance » [« résistance » est un mot détourné par les groupes terroristes anti-Israël] déployée par lui et ses alliés depuis le 7 octobre, jour funeste au cours duquel près de 1 200 personnes ont été massacrées et 252 enlevées, nombre d’entre eux se trouvant encore aux mains de leurs ravisseurs à Gaza.

« Ces reconnaissances successives sont le résultat direct de la résistance courageuse et de la fermeté légendaire du peuple palestinien… Nous estimons qu’elles constituent un tournant dans la vision qu’a le monde de la question palestinienne », a estimé à l’AFP Bassem Naim, un haut responsable du bureau politique du Hamas.

À Ramallah, le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est réjoui de ces annonces, invitant d’autres pays européens à faire de même et reconnaître l’État de Palestine « afin de parvenir à une solution à deux États adossée aux résolutions internationales et aux frontières de 1967 ».

Le haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, Hussein al-Sheikh, s’est lui aussi publiquement réjoui de ces annonces, qu’il a qualifiées de « moment historique et de triomphe du monde libre, de la vérité et de la justice, après de longues décennies de lutte palestinienne ». Il a ajouté que cette reconnaissance amènerait « stabilité, sécurité et paix dans la région ».

Ryad « salue la décision positive » annoncée par la Norvège, l’Espagne et l’Irlande, a déclaré le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué. Ryad « apprécie » cette initiative qui « souligne le consensus international sur le droit inhérent au peuple palestinien à l’autodétermination, et appelle d’autres pays à prendre la même décision », a-t-il ajouté.

La décision de la Norvège, de l’Espagne et de l’Irlande, annoncée mercredi de manière coordonnée, est « une étape importante en faveur de la solution à deux Etats », a réagi de son côté le Qatar, un autre pays du Golfe. Doha, qui joue le rôle de médiateur entre Israël et le Hamas, a dit espérer aussi voir d’autres pays prendre des initiatives similaires.

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Albudaiwi, a pour sa part salué une « étape cruciale et stratégique vers la réalisation de la solution à deux Etats » palestinien et israélien vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

Le ministre des Affaires étrangères Israel Katz à Jérusalem, le 19 février 2024. (Chaim Goldberg/Flash90)

La campagne militaire d’Israël qui s’en est suivie, destinée à débarrasser la bande de Gaza de l’organisation terroriste du Hamas, a suscité une vague de sympathie mondiale envers les Palestiniens et galvanisé le soutien à la reconnaissance de l’État palestinien dans certaines capitales.

La Norvège a joué un rôle clé dans le processus de paix au Proche-Orient dans les années 1990, en accueillant secrètement les premiers pourparlers ayant débouché sur les accords d’Oslo et sur la poignée de main historique en 1993 à la Maison Blanche entre l’Israélien Yitzhak Rabin et le Palestinien Yasser Arafat.

Ce processus avait été lancé à Madrid par une Conférence de paix israélo-arabe en 1991.

La reconnaissance de l’État palestinien par ces trois pays est le dernier revers diplomatique en date essuyé par Israël toujours en guerre contre le Hamas.

Mardi, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé à la CPI de délivrer des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son ministre de la Défense Yoav Gallant, pour crimes de guerre présumés, en plus de trois dirigeants du Hamas.

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