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Un projet de l’ADL documente l’exclusion des Juifs dans les musées, l’édition et le monde du spectacle

La plateforme « State of the Arts » classe les musées d'art, détaille les expériences d'auteurs et donne des conseils aux institutions culturelles pour mieux accueillir les Juifs

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens brandissent des drapeaux au-dessus du Brooklyn Museum lors d'une manifestation réclamant un cessez-le-feu permanent à Gaza, dans l'arrondissement de Brooklyn à New York, le 31 mai 2024. (Crédit : AP Photo/Andres Kudacki)
Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens brandissent des drapeaux au-dessus du Brooklyn Museum lors d'une manifestation réclamant un cessez-le-feu permanent à Gaza, dans l'arrondissement de Brooklyn à New York, le 31 mai 2024. (Crédit : AP Photo/Andres Kudacki)

L’Anti-Defamation League (ADL) a annoncé jeudi le lancement d’un projet qui documente l’exclusion des Juifs dans les espaces culturels aux États-Unis et formule des recommandations quant aux moyens de lutter contre l’antisémitisme dans le monde des arts.

La plateforme en ligne « State of the Arts: Advancing Jewish Inclusion in Arts, Entertainment and Culture » (État des arts : promouvoir l’inclusion des Juifs dans les arts, le divertissement et la culture) a analysé la représentation des Juifs dans les musées, le secteur du divertissement et l’édition ; elle a évalué les musées en fonction de leur traitement des Juifs, et a sondé l’opinion publique sur la représentation des Juifs.

L’ADL a évalué 40 grands musées d’art américains, qu’elle a classés selon une échelle allant de « gravement insuffisant » à « référence absolue ».

Le seul musée récompensé par la meilleure note est le Berkeley Art Museum & Pacific Film Archive, félicité pour ses mesures de lutte contre l’antisémitisme, ses partenariats avec des institutions juives et sa représentation d’artistes juifs et israéliens.

Parmi les 12 musées jugés « gravement déficients », le Contemporary Arts Museum de Houston, le de Young Museum de San Francisco, le High Museum of Art d’Atlanta, l’Institute of Contemporary Art (ICA) de Los Angeles, le Whitney Museum of American Art de New York et le Philadelphia Museum of Art.

Le rapport a fait état de différents problèmes, notamment l’absence de formation à la lutte contre la discrimination et de programmes d’éducation juive, ainsi que l’insuffisance des mesures de lutte contre l’antisémitisme.

Sur les 40 musées évalués, un seul avait célébré le Mois du patrimoine juif américain cette année. Ils étaient pourtant 24 à avoir célébré les mois du patrimoine d’autres groupes.

Ce classement des musées s’apparente au « Campus Antisemitism Report Card » de l’ADL, lancé en 2024, qui recense les cas de discrimination dans les universités. Ce système de classement a incité certaines des universités référencées à apporter des améliorations.

Des manifestants pro-palestiniens opposés à Israël se rassemblent devant les grilles menant à la cour du musée de l’Université de Pennsylvanie, le 17 mai 2024, à Philadelphie. (Crédit : Charles Fox/The Philadelphia Inquirer via AP)

Dans le domaine de l’édition, l’ADL a interrogé 30 auteurs et professionnels du secteur sur leurs expériences liées à l’identité juive. Les auteurs ont rapporté avoir subi des pressions pour supprimer des mots en hébreu, des références à des lieux israéliens et des noms de personnages à consonance juive.

Des auteurs ont été exclus de festivals et d’événements, harcelés en ligne, considérés comme « trop risqués » par leurs agents littéraires, et bombardés de critiques négatives avant même la sortie de leurs ouvrages.

Les écrivains ont indiqué que les éditeurs se montraient plus réceptifs aux récits sur la Shoah, mais plus réticents à publier des ouvrages sur Israël, le sionisme, l’antisémitisme contemporain ou l’expérience juive depuis le pogrom perpétré en Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023.

« J’ai envoyé deux séries de demandes concernant mon dernier roman. L’une ne mentionnait pas du tout le judaïsme. La seconde était présentée comme un livre juif. J’ai reçu dix réponses à la première et aucune à la seconde », a indiqué l’auteure Liza Libes.

L’auteure Meg Keene a raconté qu’une agente juive lui avait conseillé de « supprimer tout élément juif sans lien direct avec l’intrigue. Cela impliquait de supprimer les termes affectueux en hébreu, les scènes se déroulant en Israël, les pratiques juives, un Magen David porté fièrement par le protagoniste, ainsi que les références à l’antisémitisme de gauche. »

Meg Keene, la dirigeante de Meg Keene Books, une nouvelle collection de fiction lancée par Wicked Son, une maison d’édition juive. (Crédit : Meg Keene/JTA)

« Elle a suggéré de changer le nom de l’héroïne, Yael, pour quelque chose comme Sue. Elle pensait qu’un nom israélien pourrait alerter les éditeurs », a déclaré Keene.

Des auteurs juifs, israéliens et sionistes ont été mis sur liste noire dans le cadre de campagnes en ligne. Des pétitions ont appelé au boycott des éditeurs israéliens, et des événements auxquels devaient participer des écrivains juifs ont été annulés suite à des plaintes concernant le « sionisme ».

Dans le domaine du divertissement, les chercheurs ont recensé 65 cas de discrimination dans 41 lieux liés à la musique, à l’humour, à la danse, au cinéma et aux programmes universitaires.

Les manifestations visaient notamment des artistes comme Matisyahu, la compagnie de danse israélienne Batsheva et l’Orchestre philharmonique d’Israël. Dans d’autres cas, la menace de manifestations a entraîné des annulations, sous prétexte de problèmes de sécurité.

Les manifestants ont tendance à cibler les artistes israéliens ou les Juifs dont l’affinité pour Israël est visible, ou qui ont refusé de dénigrer l’État hébreu.

Parmi les autres exemples mentionnés dans le rapport, on peut citer des personnes criant « Yahood » (mot arabe signifiant « Juif ») à un artiste de rue à Chicago, des manifestations organisées contre l’humoriste Jerry Seinfeld, ainsi qu’un manifestant portant un keffieh ayant fait le salut nazi pendant la représentation d’un groupe juif lors d’un festival à Seattle.

La chanteuse israélienne Noga Erez a expliqué avoir perdu des contrats à l’international en raison de sa nationalité israélienne. L’humoriste Judy Gold et la chanteuse Regina Spektor ont été chahutées pendant leurs spectacles. Un spectateur a notamment crié « Tu es juive » à l’adresse de Judy Gold, selon le rapport.

L’humoriste Judy Gold. (Anne Whitman)

En juillet, l’ADL a mené une étude auprès de 951 adultes américains, qui a révélé que le public acceptait très largement la présence des Juifs dans le monde des arts.

Selon ce sondage, 84 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles achèteraient un livre qui les intéressait même s’il abordait des thèmes juifs ou mettait en scène des personnages juifs. 74 % ont tenu le même propos concernant des thèmes ou des personnages israéliens.

Une large majorité (88 %) a répondu qu’elle se rendrait dans une galerie d’art exposant des œuvres d’artistes juifs ; 87 % assisteraient à un événement mettant en vedette des artistes juifs.

Pour 85 % des personnes interrogées, le fait d’exclure les Juifs des lieux culturels « contribue à la haine anti-juive » ; 72 % ont donné la même réponse concernant les Israéliens.

De nombreuses personnes interrogées se sont toutefois montrées tolérantes à l’égard des boycotts pratiqués par d’autres : pour 32 % d’entre elles, il est « compréhensible » d’éviter les galeries d’art présentant des œuvres d’artistes juifs, et 46 % ont déclaré la même chose à propos des artistes israéliens.

La plateforme propose aux institutions culturelles un guide des bonnes pratiques ainsi que des ressources, avec des consignes destinées aux musées d’art, aux lieux de spectacle, aux agents littéraires et aux éditeurs, ainsi qu’aux auteurs et aux lecteurs.

Elle suggère notamment que les musées d’art organisent pour leur personnel des formations anti-discrimination portant sur l’antisémitisme, que les auteurs documentent en détail tous les cas d’antisémitisme, et que les lecteurs précommandent les prochains livres d’auteurs juifs et leur accordent des critiques positives.

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