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Les Saoudiens préparent une offensive visant à briser l’emprise des Houthis sur le détroit de la mer Rouge

Selon des responsables régionaux et occidentaux, les opérations seront menées par les forces terrestres yéménites sous la supervision de Ryad, qui assurera le soutien aérien ; le Pakistan reste indécis quant à l'envoi de troupes

Des militaires saoudiens et des visiteurs se rassemblent près de véhicules blindés exposés avant le début d'un spectacle aérien et d'un défilé militaire organisés à l'occasion de la Fête nationale saoudienne à Malham, au nord de Ryad, en Arabie saoudite, le 22 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Baraa Anwer)
Des militaires saoudiens et des visiteurs se rassemblent près de véhicules blindés exposés avant le début d'un spectacle aérien et d'un défilé militaire organisés à l'occasion de la Fête nationale saoudienne à Malham, au nord de Ryad, en Arabie saoudite, le 22 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Baraa Anwer)

RYAD, Arabie saoudite (Reuters) – L’Arabie saoudite prépare une offensive contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran au Yémen. Le royaume envisage différentes options, notamment une avancée le long de la côte visant à sécuriser les voies maritimes de la mer Rouge, ou encore une offensive sur plusieurs fronts, ont déclaré à Reuters des responsables régionaux et occidentaux.

Cette opération, qui devrait être lancée dans les semaines à venir, sera conduite sur le terrain par les forces yéménites, sous la supervision de Ryad, et soutenue par des frappes aériennes saoudiennes, ont indiqué six sources proches des préparatifs.

Les États-Unis fournissent déjà des renseignements à Ryad pour faciliter ses opérations au Yémen, et certains pays de la région et d’Europe apportent au royaume une aide militaire – principalement défensive. Les alliés de l’Arabie saoudite ne devraient toutefois pas jouer de rôle direct dans les missions de combat, ont précisé ces sources qui ont souhaité garder l’anonymat pour évoquer des questions de sécurité.

L’Arabie saoudite est intervenue dans la guerre civile au Yémen voisin en 2015, à la tête d’une coalition arabe venue apporter son soutien au gouvernement internationalement reconnu, que les Houthis avaient chassé hors de la capitale, Sanaa. La trêve qui avait été conclue entre les belligérants en 2022 a globalement tenu jusqu’à cette année, lorsque les Houthis ont ouvert le feu à l’aide de missiles et de drones sur les navires et les infrastructures pétrolières saoudiennes, dans le sillage de la guerre en Iran.

L’un des principaux objectifs de l’offensive saoudienne prévue, jusqu’ici non évoquée, est de repousser les avancées rapides qui ont été réalisées par les Houthis le mois dernier, lorsqu’ils ont progressé sur la côte et pris le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, comme l’ont souligné des sources proches du dossier, parmi lesquelles figurent des responsables du Golfe et du Yémen ainsi que des diplomates occidentaux.

Les Saoudiens envisagent deux options possibles pour cette offensive, ont expliqué les responsables yéménites et du Golfe. Soit une attaque ciblée sur les environs de Bab el-Mandeb, soit une offensive plus large intégrant d’autres attaques synchronisées sur plusieurs fronts au Yémen, dans les gouvernorats d’Al-Bayda, de Marib, de Taiz et d’Al-Jawf.

Plus de 100 000 soldats yéménites pourraient être mobilisés dans le cadre de ces opérations, en fonction de leur ampleur, ont tous ajouté ces responsables.
Les porte-parole des gouvernements saoudien et yéménite, du groupe des Houthis et de l’armée américaine n’ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant les projets saoudiens.

Les membres de la fanfare des autorités houthies se produisent lors d’une cérémonie marquant le 12e anniversaire de la prise de la capitale yéménite, à Sanaa, le 20 septembre 2026. (Crédit : Mohammed HUWAIS/AFP)

Bab el-Mandeb, à l’extrémité sud de la mer Rouge, est un passage maritime stratégique entre la Méditerranée et l’Asie. Il a pris une importance particulière cette année en tant qu’alternative au détroit d’Ormuz, qui a été fermé de facto en raison du conflit avec l’Iran.

Ryad a estimé ne pas pouvoir entamer de nouvelles négociations de paix au Yémen avec les Houthis tant que les rebelles contrôleront Bab el-Mandeb, un contrôle qui leur confère un poids considérable sur la scène internationale, ont déclaré des diplomates occidentaux et un responsable du Golfe.

Les six personnes informées des préparatifs saoudiens n’ont pas pu donner de date précise pour le début de l’offensive. Selon leurs estimations, celle-ci pourrait être lancée d’ici une semaine ou après les élections de mi-mandat américaines, début novembre.

Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite, a indiqué s’attendre à une offensive ciblée et certainement d’une ampleur plus modeste que l’opération qui avait été menée par l’Arabie saoudite en 2015, laquelle avait visé à mettre les rebelles en déroute.

« Même s’ils souhaitent une victoire totale sur les Houthis, ils doivent également rétablir le statu quo ante, c’est-à-dire la situation qui prévalait avant que les Houthis ne contrôlent le territoire bordant Bab el-Mandeb », a-t-il ajouté. « Idéalement, il s’agirait d’une opération assez limitée, destinée à reprendre les zones côtières et à rétablir un trafic maritime normal. »

Les Houthis sont désormais les alliés les plus redoutables de l’Iran au Moyen-Orient, depuis la mise à mal du Hezbollah au Liban par Israël au cours des trois dernières années.

Une offensive dirigée par l’Arabie saoudite contre ce groupe marquerait un nouveau point de tension dans une région plongée dans le conflit depuis l’attaque meurtrière qui a été perpétrée par le groupe terroriste palestinien du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, et la guerre américano-israélienne contre l’Iran qui s’en est suivie.

Trump, la Turquie et le Pakistan

Washington, le plus puissant allié de l’Arabie saoudite, fournit des conseillers militaires et des renseignements, notamment des informations sur les cibles, à l’appui des opérations aériennes saoudiennes au Yémen, a fait savoir un diplomate occidental.

Cependant, la portée de ce soutien pourrait être limitée. Reuters a précédemment rapporté que le président américain Donald Trump avait rejeté les demandes du dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, concernant un soutien militaire direct, sous forme notamment de frappes aériennes.

La Turquie et le Pakistan, avec lesquels l’Arabie saoudite a signé un accord de défense conjoint le mois dernier, ont fourni du matériel militaire que le royaume utilise au Yémen, ont annoncé des responsables pakistanais et régionaux.

De gauche à droite, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif posant après avoir signé un accord de défense trilatéral à La Mecque, en Arabie saoudite, le 7 août 2026. (Crédit : Agence de presse saoudienne via AP)

Le mois dernier, le Pakistan a envoyé quatre avions-cargos contenant du matériel, notamment des systèmes de défense aérienne, de l’artillerie légère, des drones et des systèmes anti-drones, à Aden, le siège du gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite, a indiqué un responsable du gouvernement pakistanais.

Des conseillers militaires pakistanais sont également présents sur le terrain aux côtés de leurs homologues saoudiens afin d’appuyer les forces yéménites, ont affirmé un deuxième responsable pakistanais, le responsable du Golfe et un diplomate occidental. Des drones turcs, achetés par l’Arabie saoudite avant le début de la guerre actuelle, ont en outre été déployés au-dessus du Yémen, ont-ils ajouté.

L’une des principales préoccupations du royaume, avant de lancer une nouvelle offensive au Yémen, porte sur la manière de protéger ses installations pétrolières et autres infrastructures contre les attaques de drones et de missiles menées par les Houthis, ont expliqué des responsables régionaux, qui ont indiqué que Ryad avait sollicité l’aide de plusieurs alliés pour se doter de systèmes de défense.

Le Pakistan, pour sa part, a déployé entre 30 000 et 40 000 soldats en Arabie saoudite dans le but de contribuer à la défense des frontières terrestres du royaume et de participer à l’interception des drones et des missiles, a révélé le deuxième responsable pakistanais, qui a précisé que ces forces étaient arrivées par vagues depuis l’année dernière, puis après la récente escalade. Islamabad n’a pris aucune décision concernant l’envoi de soldats au Yémen dans le cadre d’opérations de combat, a toutefois fait savoir ce responsable.

Sur cette photo d’archive datée du 30 mars 2015 et fournie par l’Agence de presse saoudienne (SPA), les Forces terrestres royales saoudiennes et des unités des forces spéciales de l’armée pakistanaise participent à un exercice militaire conjoint baptisé « Al-Samsam 5 » sur le terrain de Shamrakh, au nord de la région de Baha, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite. (Crédit : AP Photo/SPA)

Les ministères de la Défense pakistanais et turcs n’ont pas souhaité s’exprimer sur leur soutien militaire à Ryad.

La France, quant à elle, a annoncé son intention d’envoyer des systèmes de défense et des troupes en Arabie saoudite afin de contribuer à la protection de la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge.

Des forces yéménites fragmentées

Toute opération terrestre au Yémen devra s’appuyer sur la coalition hétéroclite de factions combattantes yéménites que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont armées et entraînées dès les premières phases de la guerre civile, alors que le conflit s’enlisait dans une impasse meutrière.

« Beaucoup de forces anti-Houthis sont encore mal organisées ou mal préparées aux offensives soutenues qui sont nécessaires pour repousser une force militaire houthie très disciplinée. Et elles sont mises à l’épreuve en ce moment même, alors que les Houthis accentuent la pression sur plusieurs fronts à la fois », a expliqué Mohammed Albasha, analyste spécialiste du Yémen.

Les forces yéménites se sont encore davantage fragmentées l’hiver dernier, lorsque des combattants du sud, soutenus par les Émirats arabes unis, ont tenté de s’emparer de territoires situés à l’est et ont annoncé leur volonté de faire sécession, ce qui a conduit à leur défaite face aux combattants soutenus par l’Arabie saoudite après une série d’affrontements.

Un soldat du département de la sécurité d’Aden contrôle un véhicule à un poste de contrôle à Aden, au Yémen, dans la soirée du 1er octobre 2026. (Crédit : AP Photo/Abdulnasser Alseddik)

Selon le politologue saoudien Ali Shihabi, proche des cercles gouvernementaux, l’issue de toute offensive menée par le royaume contre les Houthis dépendra des performances des forces terrestres.

« Jusqu’à présent, la priorité a été de défendre les positions sur le terrain et de stabiliser le front, mais il est certain qu’ils passeront à l’offensive », a-t-il souligné. « Le succès dépendra en grande partie de la qualité des performances des forces locales. »

Le personnel du Times of Israel a contribué à cet article.

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