La Biennale de Jérusalem sonde les profondeurs de l’art juif post-7 octobre
La foire d'art contemporain rassemble plus de 250 artistes en 21 lieux dans la capitale pour explorer l'impact de la guerre, le deuil et les espoirs de renouveau
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La Biennale de Jérusalem de cette année, qui a ouvert ses portes la semaine dernière, est la plus importante édition de cet événement consacré à l’art juif contemporain.
Placée sous le thème « De Profundis, Des profondeurs », l’attention de ce festival organisé une année sur deux se porte sur la guerre et ses effets sur les artistes invités, qui ont examiné la capacité de l’art à dégager un espace de réflexion et de renouveau suite au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.
« Je pense que c’est lié d’une manière ou d’une autre à la situation », explique le fondateur et directeur de la Biennale, Rami Ozeri.
« Tous ces artistes israéliens ont pris conscience que le moment était venu de se rassembler, de se soutenir les uns les autres et de se montrer plus disponibles. Nous avons mis du temps à accepter, mais aujourd’hui nous en récoltons les fruits. »
Ozeri dit avoir le sentiment que le titre de la Biennale a incité les artistes à réfléchir.
Lors de cet événement, à découvrir jusqu’au 12 novembre prochain, on verra plus de 250 artistes israéliens et étrangers – ainsi que leurs œuvres – dans le cadre de 42 expositions réparties en 21 lieux de la ville. Certains exposent depuis le 24 septembre ; d’autres commenceront mi-octobre.
Trois artistes israéliens contemporains de renom — Belu-Simion Fainaru, lauréat du prix d’Israël qui représente actuellement Israël à la 61e Biennale de Venise, ainsi que les artistes Yehudit Sasportas et Hanita Ilan, lauréate du prix Rappaport 2025 — y présentent des œuvres qui, pour certaines, sont inédites.
L’exposition principale, « Or Chozer (Lumière réfléchie) : Une vision active », oeuvre de David Sperber et Porat Salomon, instaure un dialogue entre des œuvres et les vitraux monumentaux créés en 1982-1984 par le célèbre artiste Mordechai Ardon pour le hall d’entrée de la Bibliothèque nationale d’Israël, sur le campus de Givat Ram de l’Université hébraïque, avant que l’institution ne s’installe dans de nouveaux locaux il y a de cela trois ans.
A travers ces vitraux, qui donnent à voir Isaïe en train de faire des épées des socs de charrue, 20 artistes ont engagé une correspondance avec l’œuvre d’Ardon.
L’escalier de l’artiste Arik Weiss est placé en regard du Tétragramme, le nom divin en quatre lettres hébraïques gravé en hauteur sur le vitrail d’Ardon.
À proximité, « Isaiah’s Still Waiting », les View-Masters d’Andi Arnovitz, répondent autrement aux vitraux d’Ardon, en donnant à voir des dessins en noir et blanc de moments emblématiques des trois dernières années – l’ex-otage Emily Damari, les parents d’otage Jon et Rachel Goldberg-Polin et d’autres – vus à travers les vitraux.
Dans une autre perspective, l’artiste Ariana Litman résume sa quête artistique suite au 7-octobre, qu’elle matérialise dans ce bol d’incantation gravé de la date du 7-octobre et du nom des personnes tuées ou prises en otage. Elle expose également des écharpes de gaze teintées de rouge, associant l’histoire de la gaze, qui tire son nom de Gaza, célèbre centre de tissage et de commerce textile à l’époque médiévale.
Avant d’entrer dans l’ancienne salle de lecture de la bibliothèque pour découvrir 14 expositions proposées par des artistes israéliens et de la diaspora, les visiteurs sont accueillis par la balise lumineuse créée en 2023 par Simion Fainaru, qui distille le message d’espoir « Yehiye Tov » (Tout va bien se passer).
À l’intérieur de la salle de lecture figurent 70 autoportraits de l’artiste jérusalémite Matan Sacofsky, intégrés à l’exposition « Exploring Depths » de Karyn Gellman. Sacofsky est un peintre à l’huile et réalisateur israélien qui a fait plusieurs périodes de réserve en tant que commandant de char à Gaza.
Tout près, une exposition d’Art/Lab, incubateur pour les artistes de la communauté juive de Portland (Oregon), évoqué le deuil et les débats qui animent la communauté juive américaine, dont le sentiment d’appartenance ou la question de l’identité juive aux États-Unis.
Dans une autre galerie, l’artiste pop mexicain Alejandro Glatt présente sa collection de rouleaux de mezouzah géants, laqués et assemblés en collages évocateurs de la vie juive mexicaine et de la vie dans la diaspora.
L’artiste Kim Goldberg, d’Omaha (Nebraska), a apporté ses volutes à l’encre de Chine et à l’aquarelle travaillées sur du papier non poreux pour montrer ce qui reste lorsque les certitudes ne sont plus là. Cette forme d’art est une technique que Goldberg a animée sous forme d’ateliers avec des rescapés du festival Nova à l’occasion de dizaines de visites dans la région depuis le 7-octobre.
Les expositions de l’ancienne Bibliothèque nationale ne sont qu’une petite partie de la Biennale ; la nouvelle œuvre vidéo de Sasportas, « Mishpat Mokesh (Une phrase minée) », mise en scène par Hillie Wurtman Moyal, sera exposée au Musée de la Tour de David.
Sasportas, professeure à l’Académie Bezalel et artiste active en Israël et en Allemagne, a créé une installation vidéo et sonore composée de mines d’argile associées à des sons provenant d’une forêt allemande et d’un bunker nazi, dans le cadre de son exploration infatigable des histoires enfouies, des traumatismes et des possibilités de transformation. Son exposition sera visible à partir du 12 octobre.
Le frère de Sasportas, Avi Sasportas, soldat de Tsahal, a été la première victime israélienne du terrorisme du Hamas en 1989 lorsqu’il a été enlevé en rentrant chez lui puis tué.
Hanita Ilan présentera une exposition personnelle à partir du 15 octobre prochain, intitulée « Palace (Titre provisoire) » à Hamiffal, inspirée par le bâtiment de la galerie, une structure en pierre du XIXe siècle située derrière l’hôtel Waldorf Astoria, autrefois connu sous le nom d’hôtel historique Palace. Les peintures d’Ilan émergeront d’une surface de photographies et de documents.
L’accès aux expositions de la Biennale est gratuit, à l’exception des lieux habituellement soumis à tarification.
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