« L’université Soros », pomme de discorde entre l’Europe et la Hongrie
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« L’université Soros », pomme de discorde entre l’Europe et la Hongrie

George Soros, homme d'affaires juif né en Hongrie, rescapé de la Shoah et devenu mécène aux États-Unis, âgé de 90 ans, est la cible régulière du dirigeant hongrois Viktor Orban

George Soros, fondateur et président de l'Open Society Foundations, assiste à la réunion annuelle du Conseil européen des relations extérieures, à Paris, France, le 29 mai 2018. (François Mori/AP)
George Soros, fondateur et président de l'Open Society Foundations, assiste à la réunion annuelle du Conseil européen des relations extérieures, à Paris, France, le 29 mai 2018. (François Mori/AP)

La justice européenne a condamné mardi la Hongrie pour le bannissement de l’Université d’Europe centrale (CEU), contrainte de quitter Budapest en 2019, mais cette décision « arrive trop tard », a fustigé son fondateur, le milliardaire George Soros.

C’est « une victoire pour les valeurs fondamentales de l’Union européenne (UE) », mais « nous ne pouvons pas retourner en Hongrie », dont « le gouvernement piétine sans cesse les valeurs de l’UE », a-t-il réagi dans un communiqué.

Bête noire du dirigeant souverainiste Viktor Orban, la CEU, un lieu de débats et d’échanges, a dû quitter son siège historique l’an dernier et transférer à Vienne les cours internationaux ayant bâti sa réputation.

C’était l’épilogue d’un long bras de fer avec le gouvernement, à la suite du vote en avril 2017 d’une loi obligeant rétroactivement les universités étrangères implantées en Hongrie à disposer d’un campus dans leur pays d’origine et à conclure une convention internationale.

De telles conditions « sont incompatibles avec le droit de l’Union », a estimé la Cour de justice de l’UE (CJUE), appelant la Hongrie, pays membre depuis 2004, à respecter les règles européennes.

Les magistrats de Luxembourg ont dénoncé « un moyen de discrimination arbitraire ». Ces mesures sont « de nature à limiter la liberté académique », soutient la Cour dans son arrêt.

Soros, cible d’Orban

Sans surprise, Budapest s’est élevé contre cette décision. « Le deux poids, deux mesures est inacceptable. Il n’est pas possible de créer une loi qui avantagerait l’université Soros », a commenté sur le réseau social Facebook la ministre de la Justice, Judit Varga.

Tout en ajoutant, sans plus de précisions : « La Hongrie va appliquer le jugement de la Cour européenne dans l’intérêt du peuple hongrois. »

Fondée en 1991 peu après la chute du communisme pour promouvoir la démocratie libérale, la CEU avait assuré fin 2018 avoir effectué les démarches nécessaires aux États-Unis pour se plier à la nouvelle législation hongroise, mais ces efforts n’avaient pas suffi à éviter son déménagement.

Manifestation des professeurs et des enseignants de l’université ouverte de George Soros devant le siège du parti FIDESZ au pouvoir, à Budapest, le 9 avril 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Délivrant des diplômes allant jusqu’au doctorat, cet espace favorisant le progressisme se partage désormais entre Budapest et Vienne, deux capitales situées à 240 km de distance.

Les nouveaux étudiants souhaitant obtenir des diplômes américains, les plus recherchés, étudient dans la ville autrichienne. Le campus de Budapest poursuit son activité pour les diplômes hongrois, ainsi que pour les étudiants déjà engagés dans un cursus international.

George Soros, né en Hongrie et rescapé juif de la Shoah, est devenu milliardaire et mécène aux États-Unis. Âgé de 90 ans, il est la cible régulière de Viktor Orban. Le dirigeant souverainiste lui reproche d’encourager l’immigration et de comploter contre son gouvernement par le biais des ONG qu’il finance. 

Dans le collimateur de Bruxelles

Le départ forcé de la CEU, sans précédent dans l’UE depuis sa création selon les spécialistes, est l’un des nombreux sujets de contentieux entre la Hongrie et les institutions européennes. 

Accusé de saper l’État de droit, le Premier ministre se retrouve régulièrement sur la sellette, depuis son retour au pouvoir en 2010. Selon ses détracteurs, il a pris le contrôle du système judiciaire, a muselé de nombreux médias comme les milieux culturels libéraux et s’est attaqué aux libertés académiques.

En 2018, le Parlement européen a accusé Budapest de « violation grave » des valeurs de l’UE et a activé une procédure dans le cadre de l’article 7 du traité de l’Union, qui peut en théorie déboucher sur des sanctions.

La Commission a par ailleurs rendu fin septembre son premier rapport comparatif sur le respect de l’État de droit dans les pays de l’UE, ne ménageant pas ses critiques à l’encontre de la Hongrie où les conséquences des réformes de la justice suscitent notamment de « vives inquiétudes ».

Les États membres ont approuvé un dispositif pour conditionner le versement de fonds européens au respect de l’État de droit, un mécanisme inédit. Budapest a voté contre. 

Pour le philanthrope George Soros, c’est l’occasion pour l’UE de montrer sa fermeté. « Je l’appelle à faire de la Hongrie un cas d’école », a-t-il lancé mardi.

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