Le mois dernier, les esprits se sont échauffés dans le quartier du Carmel occidental de Haïfa. Comme l’a rapporté la chaine N12, on y a entendu des coups de feu.
Une habitante, entendant des cris d’animaux devant chez elle, est sortie dans son jardin et y a découvert des sangliers gisant dans une mare de sang. L’une des carcasses a été rapidement emportée ; les autres sont restées sur place jusqu’à ce que les voisins appellent les services municipaux.
L’incident a rapidement été porté à la connaissance de l’association israélienne de défense des animaux Let the Animals Live. Selon l’avocat Roni Ben David, membre de l’équipe juridique, il s’ajoute à une liste déjà longue de signalements de rencontres fortuites avec des sangliers mais aussi de tirs à Haïfa.
Afin de vérifier si la hausse des abattages de sangliers se confirme par les chiffres officiels, les membres de Let the Animals Live ont consulté le site Internet de la municipalité de Haïfa pour accéder aux rapports mensuels de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) documentant un programme conjoint d’abattage. Le dernier rapport publié remonte à l’an dernier.
Lorsque Let the Animals Live a demandé à l’INPA des chiffres actualisés, l’association a appris que le programme conjoint d’abattage avec la municipalité avait pris fin début 2026 et que cette question incombait désormais uniquement à la municipalité.
L’avocat Ben David a déposé une demande d’accès à l’information auprès de la municipalité afin d’obtenir les données actualisées pour 2026, sans réponse à ce jour.
Si l’INPA n’est plus impliquée et que le public et les associations de défense des animaux n’ont pas accès à l’information, quel contrôle y a-t-il sur les actions de la municipalité — et sur les chasseurs de sangliers qui procèdent aux abattages ?
Construite sur les pentes densément boisées du mont Carmel, Haïfa est depuis longtemps confrontée à la présence des sangliers qui s’aventurent hors des ravins naturels pour se rendre dans les quartiers résidentiels à la recherche de déchets et de nourriture — saccageant souvent au passage les parcs publics, bloquant les routes et en terrorisant les habitants.
Le projet conjoint de l’INPA et de la municipalité de Haïfa visant à réduire les tensions entre les habitants et les sangliers de la ville a été lancé à l’été 2021, du temps de l’ex-maire, Einat Kalisch-Rotem. Il aurait dû durer cinq ans, mais s’est achevé au bout d’un peu plus de quatre ans.
Ce projet ambitieux visait à résoudre le problème en mettant en œuvre une approche interdisciplinaire fondée sur la conviction des professionnels que seule une combinaison de plusieurs mesures pouvait réduire les tensions entre les humains et la faune sauvage.
Le plan d’action prévoyait de bloquer l’accès des sangliers depuis les ravins boisés vers les quartiers à l’aide de clôtures et de barrières, d’augmenter la fréquence de collecte des poubelles et de les sécuriser afin que les sangliers ne puissent pas les renverser, d’interdire à la population de nourrir les sangliers et de modifier la façon dont les chats étaient nourris (dans la mesure où les sangliers étaient devenus leurs compagnons de table).
Le dernier volet du plan – le plus controversé aussi – consistait à abattre les sangliers qualifiés de « vagabonds », c’est-à-dire ceux qui s’étaient déjà habitués à l’environnement humain et n’avaient plus peur des humains.
Du temps de Kalisch-Rotem, l’accent avait été mis sur les premières phases du plan, mais la mise en œuvre a été insuffisante, à l’instar des résultats. Lors de sa campagne électorale en 2023, l’actuel maire de Haïfa, Yona Yahav, a multiplié les promesses de « victoire totale » en assurant que dans les 90 jours suivant sa prise de fonctions, il ferait disparaître les sangliers de Haïfa.
Et en effet, à son retour au pouvoir début 2024, Yahav s’est attelé à la tâche. Son chef de projet en la matière, David Luria, a été nommé directeur général de la municipalité. Mais selon un rapport du contrôleur de l’État publié l’an dernier, la municipalité dirigée par Yahav a mis l’accent sur une seule ligne d’action : l’abattage des sangliers.
Selon le rapport du contrôleur, alors qu’en 2022 la municipalité avait infligé 410 amendes à des habitants pour avoir nourri des sangliers ou des chats en violation des directives, en 2024, sous le mandat de Yahav, seules 126 amendes de ce type ont été dressées.
Le médiateur a en outre constaté que, malgré l’engagement pris par la municipalité auprès de l’INPA d’augmenter la fréquence de vidage des poubelles, depuis l’entrée en fonction de Yahav en avril 2024, « le taux de poubelles non vidées était considérablement plus élevé qu’au cours des périodes comparables des années précédentes — 1 592 poubelles entre avril et juillet 2024 contre 886 au cours de la même période en 2023 ».

Dans le même temps, le nombre d’abattages de sangliers a explosé. Alors que du temps du précédent conseil municipal, le nombre de sangliers abattus chaque mois se comptait sur les doigts d’une main, en mai 2024, 204 sangliers ont été abattus dans les rues de Haïfa. En juin, ce nombre s’élevait à 104. À partir de là, le rythme s’est progressivement ralenti, pour redescendre à 10-12 au cours des derniers mois de 2025.
À court terme, les abattages, combinés aux travaux d’infrastructures déjà réalisés lors du mandat précédent, se sont avérés efficaces.
Mais fin 2025, l’INPA s’est retiré du projet, et la municipalité de Haïfa s’est retrouvée seule en première ligne face aux sangliers, ce que certains trouvent très inquiétant.
Décider de « passer à autre chose »
La personne chargée du dossier a préféré ne pas être interviewé.
Le Dr Amit Dolev, écologiste du district nord pour l’INPA, qui a accompagné le projet, estime que cette inquiétude est infondée : « L’ensemble du projet avait été défini pour une durée de cinq ans. Il s’est avéré que fin décembre, nous en étions à près de quatre ans et demi, et nous sommes parvenus à la conclusion que nous avions épuisé le processus, raison pour laquelle nous y avons mis fin d’un commun accord. »
« Ce projet visait à donner à la municipalité le soutien et les outils nécessaires pour fonctionner correctement afin qu’elle puisse continuer seule. Nous étions parvenus à une situation raisonnable — je ne dirais pas excellente — en termes de friction avec les sangliers, ce qui nous a permis de passer à autre chose », explique-t-il, avant d’ajouter que « nous pouvons juste nous assurer qu’ils tirent conformément aux permis qu’ils ont. Pour tous les autres volets du projet, ils ont dit qu’ils continueraient, mais nous ne pouvons pas les tenir par la main. »
Certains habitants et militants du bien-être animal assurent qu’il s’agit de tirs indiscriminés et qu’il n’existe aucun moyen de s’assurer que seuls les sangliers « nuisibles » ont été abattus.
Dolev affirme que « rien ne confirme que la situation soit devenue incontrôlable. En effet, nous ne rédigeons plus de rapport détaillé chaque mois comme nous le faisions auparavant, mais je ne pense pas que la situation générale ait changé », souligne-t-il.
Questionné sur la réussite ou l’échec de ce projet quinquennal, M. Dolev répond : « Nous disposons d’indicateurs fiables qui montrent une baisse de 80 à 90 % des conflits, ainsi qu’une amélioration majeure des conditions d’hygiène. Ce qui n’a pas marché, c’est la prise de conscience par la population de la nécessité de cesser de les nourrir. »
« Sur le plan écologique, nous avons obtenu des résultats satisfaisants, mais pas sur le plan public », poursuit-il. « La tâche la plus difficile pour la municipalité est de gérer la population, et ce n’est pas facile pour elle. À mon avis, c’est le point faible qui pourrait tout faire capoter et ramener la situation à son pire moment. Ce genre de friction existe dans de nombreux villes – à Barcelone, Varsovie ou encore Hong Kong –. À Rome, on dit même que le maire a perdu les élections à cause des sangliers. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. »
Une source du milieu de la protection de la nature, qui s’est entretenue avec le Times of Israel sous couvert d’anonymat, voit les choses différemment.
« Lorsque le maire a changé, la politique a changé », explique-t-elle. « Du temps de Kalisch-Rotem, il y avait beaucoup de discours et peu d’actions. Yahav a clairement fait savoir que, pour lui, la solution consistait à tirer, tirer et tirer encore, et que le reste importait peu. Mais il faut comprendre que si tous les autres volets du plan ne sont pas mis en œuvre, il n’y aura pas de solution, et il faudra continuer à tirer, encore et encore »
« Dans les conflits entre les humains et la faune sauvage, il n’y a pas de ‘victoire totale’ », poursuit-il. « Il n’y a aucune raison de tuer des milliers d’animaux pour rien, mais lorsque les êtres humains ne savent pas prendre de décisions et ne gèrent pas le problème de manière systémique et appropriée, ce sont les animaux qui en paient le prix. C’est ce qui arrive lorsque les gens ne veulent pas dire la vérité à la population et se cachent derrière des slogans vides de sens. »
Maître Avital Ben Nun, militante du bien-être animal à Haïfa, est convaincue que sans l’INPA pour jouer un rôle d’équilibre et de modération, et sans transparence publique, la conduite de la municipalité envers les sangliers risque de devenir incontrôlable.
« Ils sont supposés n’abattre que les sangliers nuisibles », dit-elle, « mais en pratique, ce n’est pas ce qui se passe, et il n’y a pas d’organe de contrôle. »
« Nous avons des témoignages de plus de 30 incidents de tir sur des sangliers au cours desquels aucun représentant de l’INPA n’a été vu sur le terrain, alors comment peuvent-ils superviser ? », poursuit-elle. « Au lieu de clôturer correctement et de gérer les déchets, ils tirent sans cesse, mais toutes les études prouvent que le tir ne fait qu’encourager la reproduction. Je suis convaincue que l’inspecteur de l’INPA, qui était un type formidable, est parti parce qu’il ne pouvait pas accepter ce qui se passait. »
Le dernier rapport rédigé dans le cadre du projet conjoint se terminait sur ces mots : « Ce projet est le premier du genre au monde à traiter des conflits très intenses avec les sangliers dans l’espace d’une grande ville… Les résultats de ce travail ont entraîné un changement spectaculaire dans l’intensité des conflits à Haïfa, et ont montré qu’il s’agit d’une tâche réalisable capable de changer la réalité. »
« Le projet a prouvé que seule » — italiques dans l’original — « l’implication de tous les responsables et organismes concernés, associée à une coopération étroite du public pour réduire la nourriture disponible, conduira à une réduction à long terme des conflits entre les sangliers et les habitants. »
« Forte baisse du nombre de plaintes »
Interrogée par le Times of Israel, la municipalité de Haïfa a envoyé la déclaration suivante : « La municipalité continue d’agir de manière professionnelle, cohérente et responsable, conformément à la politique formulée par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs et en totale coordination avec celle-ci, dans le but de ramener les sangliers vers leurs habitats naturels dans les oueds et les forêts. »
« Dans ce cadre, la municipalité s’efforce d’améliorer la propreté des espaces publics, de réduire les points de concentration de déchets et de nourriture, de faire respecter la loi à l’encontre de ceux qui nourrissent les animaux sauvages, et de clôturer et bloquer les voies d’accès aux quartiers résidentiels, tout en s’occupant des ‘individus indésirables’ qui constituent un danger pour le public. »
« Grâce à cette politique, le nombre de sangliers actuellement observés dans les quartiers résidentiels de la ville a considérablement diminué, parallèlement à une forte baisse du nombre de plaintes reçues par la ligne d’assistance municipale et des dégâts qu’ils causent. »
« En conséquence, on a également constaté une baisse drastique du nombre de sangliers abattus, qui s’élève actuellement seulement à une dizaine par mois. Au total, 32 sangliers ont été abattus ces trois derniers mois.
« L’inspecteur de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) qui travaillait dans la ville a été rappelé en coordination avec la municipalité, notamment en raison de la baisse significative du nombre de sangliers observés dans les quartiers résidentiels. Parallèlement, l’INPA continue de conseiller la municipalité et de superviser régulièrement ses activités sur le terrain. »
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