Mort à 92 ans du juge juif américain en charge de l’affaire Maduro
Il avait confié qu’il programmait les audiences de détermination de la peine le vendredi afin de pouvoir consacrer le Shabbat à réfléchir à la pertinence des peines de prison qu’il avait prononcées
Le juge fédéral juif américain Alvin Hellerstein, en charge de la procédure à l’encontre du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro, est décédé à l’âge de 92 ans, a-t-on appris auprès du tribunal où il exerçait à New York.
Figurant parmi les juges fédéraux les plus âgés des États-Unis, sa capacité à présider le procès à venir de l’ancien chef d’État, poursuivi pour trafic de drogue et torture, avait soulevé des interrogations.
Lors d’une audience récente, il était apparu extrêmement fatigué, s’exprimant parfois avec difficulté.
Sa mort a été confirmée par le tribunal fédéral du district sud de New York, où il exerçait ses fonctions.
Né en 1933 à New York, ce diplômé de l’université Columbia a servi comme avocat militaire au sein du corps juridique des forces armées à la fin des années 1950.
Alvin Hellerstein avait ensuite travaillé comme avocat en cabinet privé jusqu’en 1998, date de sa nomination à la magistrature sous la présidence du démocrate Bill Clinton.
Il a notamment été en charge de la procédure visant l’ex-chef du renseignement militaire sous la présidence d’Hugo Chavez, Hugo Carvajal, qui a plaidé coupable de trafic de drogue et dont la sentence est toujours attendue.
Le juge Hellerstein avait déjà condamné un autre accusé dans ce dossier, l’ancien général vénézuélien Cliver Alcala, à plus de 20 ans de prison en 2024.
Il a également statué dans des procès au civil liés aux attentats du 11-Septembre, dans des affaires de traitement par la CIA de détenus accusés de « terrorisme », ou de sévices infligés aux détenus de prisons militaires américaines en Irak et en Afghanistan.
Le magistrat avait en outre présidé le procès au terme duquel la banque française BNP Paribas a été reconnue en octobre de l’année dernière coupable de complicité d’exactions au Soudan.
Il avait indiqué qu’il affichait sur le mur de son bureau de Manhattan un verset en hébreu tiré de la Torah : « Tzedek, tzedek tirdof » – « Justice, justice tu poursuivras. »
Juif orthodoxe siégeant depuis près de trente ans, le juge fédéral s’était exprimé ouvertement sur sa conception de l’équité et sur l’influence de sa foi dans sa philosophie judiciaire.
Dans un podcast diffusé en 2020, Hellerstein expliquait qu’il programmait les audiences de détermination de la peine le vendredi afin de pouvoir consacrer le Shabbat – du coucher du soleil le vendredi à celui du samedi – à réfléchir à la pertinence des peines de prison qu’il avait prononcées.
« En tant que juge et en tant que juif, je considère que tout ce que je fais reflète Dieu et affecte Son image », écrivait-il dans un article publié en 2013.
Dans le podcast de 2020, Hellerstein affirmait penser avoir été « le premier garçon orthodoxe employé par un cabinet non juif, ou juif à New York ».
« Je suis heureux de dire qu’après moi, beaucoup d’autres ont suivi, et que certains m’ont remercié d’avoir brisé ce précédent », ajoutait-il.