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Un groupe de Juifs se tenant sur un balcon surplombant le quartier marocain et le mur Occidental, avec le Dôme du Rocher au loin derrière eux, prise entre 1920 et 1933. (Crédit : Bibliothèque du Congrès, division des estampes et photographies)
Un groupe de Juifs se tenant sur un balcon surplombant le quartier marocain et le mur Occidental, avec le Dôme du Rocher au loin derrière eux, prise entre 1920 et 1933. (Crédit : Bibliothèque du Congrès, division des estampes et photographies)

Mur Occidental, 1929 : une manifestation à Tisha BeAv marque le début du conflit israélo-arabe

Dans son livre « Ghosts of a Holy War », Yardena Schwartz détaille un moment charnière de l’histoire de l’Israël pré-État et ses répercussions, qui hantent encore le pays

Dans la plupart des milieux juifs, il est bien connu que Tisha BeAv, le neuvième jour du mois hébreu d’Av, marque la destruction des deux temples juifs de Jérusalem dans l’Antiquité. Mais on ignore souvent qu’il y a 96 ans, Tisha BeAv, à Jérusalem, a marqué le point de départ du conflit israélo-arabe, lorsque des émeutes meurtrières ont éclaté dans la Palestine sous mandat britannique, aboutissant à l’un des pires pogroms jamais perpétrés en dehors de l’Europe. Le massacre de 1929 à Hébron a déclenché les forces qui continuent d’alimenter ce conflit aujourd’hui.

Le jour de Tisha BeAv, en 1929, une manifestation juive prévue au mur Occidental a été accueillie par une vague de violence qui a atteint son paroxysme le 24 août 1929 à Hébron. Soixante-sept hommes, femmes et enfants juifs non armés ont ainsi été massacrés par leurs voisins musulmans, et des dizaines d’autres ont été blessés. Nombre de victimes connaissaient leurs agresseurs par leur nom. Pendant des siècles, musulmans et juifs avaient cohabité pacifiquement à Hébron, lieu de sépulture d’Abraham. C’est alors que la ville sainte, symbole de coexistence, est devenue son antithèse.

Dans les jours qui ont suivi le massacre, le haut-commissaire britannique pour la Palestine mandataire, Sir John Chancellor, a relaté dans son journal ce dont il avait été témoin à Hébron : « Je ne pense pas que l’Histoire ait connu de pires horreurs au cours des derniers siècles. » Les centaines de Juifs qui ont survécu ont été évacués par les Britanniques et ont été contraints de quitter Hébron, provoquant ainsi l’exil de l’une des plus anciennes communautés juives du monde.

Ce tournant dramatique a non seulement transformé Hébron, mais aussi le conflit lui-même, renforçant le mouvement sioniste, la Haganah, et inspirant plus tard le mouvement des implantations afin de faire revivre l’ancien quartier juif d’Hébron. Il a également marqué la naissance des principales forces qui alimentent ce conflit aujourd’hui, notamment la militarisation de la mosquée Al-Aqsa et la désinformation à propos d’un complot juif visant à la détruire.

La journaliste et auteure Yardena Schwartz (Crédit : Autorisation)

C’est ce complot présumé qui a motivé les émeutes de 1929 et l’attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023, que le groupe terroriste avait baptisée « Al-Aqsa Flood » – le déluge d’Al-Aqsa.

Le massacre centenaire de Hébron constitue également l’un des premiers exemples de l’attitude conciliante de l’Occident face au terrorisme. Les Britanniques ont ensuite imputé la responsabilité des émeutes arabes à la manifestation pacifique des Juifs lors du Tisha BeAv.

Ci-dessous se trouve un extrait de la première partie de « Ghosts of a Holy War » (les fantômes d’une guerre sainte), un livre consacré à ce moment charnière de l’histoire de l’Israël pré-État et à ses répercussions encore présentes aujourd’hui. Établissant un lien direct entre août 1929 et les atrocités du 7-Octobre, la première partie du livre est racontée à travers les lettres de David Shainberg, un Américain de 22 ans originaire de Memphis, dans le Tennessee, qui étudiait à Hébron pendant cette période tumultueuse. La deuxième partie détaille l’impact durable du massacre d’Hébron, brossant un portrait saisissant de ses répercussions tout au long des décennies, parmi lesquelles le 7-Octobre et au-delà.

C’est notre mur

Le 14 août 1929, David et quelques-uns de ses amis marchèrent jusqu’à la route de terre qui menait à Jérusalem et prirent un taxi pour rejoindre le mur Occidental. C’était l’après-midi précédant Tisha BeAv, le neuvième jour du mois d’Av, le jour le plus triste du calendrier hébraïque, la date qui a donné son nom au mur Occidental. C’est en effet ce jour-là que le Premier et le Second Temple furent détruits, d’abord par les Babyloniens en 586 avant notre ère, puis par les Romains en 70 de l’ère commune, condamnant les Juifs de l’ancien Israël à un exil de 2 000 ans. Le 9 du mois d’Av de l’an 135 de l’ère commune, l’Empire romain écrasa la révolte de Bar Kokhba.

Des Arabes lors des émeutes anti-juives à Hébron, le 24 août 1929. (Crédit : autorisation des archives du Jerusalem Post)

Dernier vestige du mont du Temple, le mur Occidental est au cœur du deuil juif le 9 Av, jour de chagrin et de jeûne. Ce soir-là, peu après le coucher du soleil sur Jérusalem, David s’est joint aux 10 000 fidèles juifs présents pour le pèlerinage annuel au mur. Les quelques chanceux qui ont réussi à s’approcher ont pressé leurs mains et leur visage contre les vieilles pierres.

David et la foule d’hommes et de femmes qui l’entouraient se balançaient, comme en transe, chantant des passages du Livre des Lamentations. Ainsi que leurs ancêtres l’avaient fait pendant des siècles, ils pleuraient la chute de Jérusalem et imploraient la rédemption des enfants d’Israël. Cette année-là, leur chagrin était teinté d’une nouvelle douleur.

« Ghosts of a Holy War: The 1929 Massacre in Palestine that Ignited the Arab-Israeli Conflict » (les fantômes d’une guerre sainte : le massacre de 1929 en Palestine qui a déclenché le conflit israélo-arabe), par Yardena Schwartz

« Jérusalem est en proie à une agitation et à une tension constantes depuis maintenant dix mois et, le jour de Tisha BeAv, cette tension a atteint son paroxysme », écrivait David à son père. « Notre visite au mur Occidental nous a fait prendre conscience de toute l’ampleur de notre tragédie nationale. »

Les tensions entre les Juifs et les musulmans de la ville au sujet des droits des Juifs au mur Occidental s’étaient accrues depuis l’incident de Yom Kippour. Le Grand Mufti avait depuis lancé divers nouveaux projets de construction dans cet espace déjà exigu, ce qui avait conduit les Juifs à se plaindre, affirmant que c’étaient les musulmans, et non les Juifs, qui violaient le fragile statu-quo du site. Les Britanniques espéraient éviter tout affrontement, car les fidèles juifs devaient prier près du mur toute la nuit et jusqu’au lendemain soir. Face à la foule massée devant le mur, des rangées de policiers britanniques, à pied et à cheval, surveillaient les fidèles.

Une semaine plus tôt, un musulman qui fumait une cigarette avait tenté de traverser un groupe de fidèles réunis près du mur. Lorsqu’un des hommes lui avait demandé d’attendre qu’ils aient terminé leurs prières, celui qui fumait lui avait lancé une pierre. La semaine précédente, deux fidèles juifs avaient été agressés par des Arabes. Le couloir étroit près du mur où priaient les Juifs n’avait presque jamais été fréquenté par des musulmans avant cet incident survenu le jour du Yom Kippour, en 1928. Le cheikh Hassan Abu Sa’ud, influent prédicateur de Jérusalem et associé du Grand Mufti, avait depuis lors, dans ses sermons, encouragé les musulmans à se rendre au mur. C’était désormais un lieu très fréquenté par tous ceux qui cherchaient à harceler les Juifs.

Des fidèles juifs au mur Occidental, vers 1910-1914. (Crédit : Collection nationale de photographies de la famille Pritzker, Bibliothèque nationale d’Israël. Photographe : Tsadok Bassan)

Ce qui avait le plus exaspéré la communauté juive, c’est l’approbation par les Britanniques, fin juillet 1929, de l’ouverture par le Grand Mufti d’une nouvelle porte dans le mur Occidental, menant directement au mont du Temple, qui était interdit aux Juifs. La ruelle exiguë où les Juifs étaient autorisés à prier au mur Occidental était alors devenue un passage très fréquenté par les musulmans, qui se rendaient à Al-Aqsa en traversant l’espace de prière juif. Les attaques arabes contre les fidèles juifs sur le site du mur sont ainsi devenues de plus en plus fréquentes.

Peu après le début de la construction de la porte, Joseph Klausner, éminent historien et professeur de littérature hébraïque à l’Université hébraïque de Jérusalem, a créé le Comité pour le mur Occidental, afin de résoudre la crise croissante qui secouait le lieu de prière le plus sacré du judaïsme. Klausner était contrarié par l’incapacité des dirigeants sionistes à protéger les Juifs priant au mur. Les dirigeants juifs traditionnels s’efforcèrent d’affaiblir l’influence du groupe de Klausner. Ils ne voulaient pas s’attirer les foudres des Britanniques, dont ils dépendaient pour leur survie.

Ayant eu vent d’une manifestation prévue contre les Britanniques au mur Occidental, l’exécutif sioniste tenta de la faire annuler. Ayant échoué à dissuader les organisateurs, l’exécutif publia alors des communiqués dans différents journaux, appelant au calme pendant qu’il tentait de négocier la question avec les autorités britanniques.

Les dirigeants musulmans, et en particulier le Grand Mufti Haj Amin al-Husseini, n’ont pour leur part fait aucun effort en ce sens. Le vendredi 2 août, la Société pour la défense de la mosquée Al-Aqsa, présidée par le mufti, a tenu une réunion à Al-Aqsa à laquelle ont participé des milliers de musulmans. Tous ont prêté serment « de défendre le Saint Buraq et la mosquée al-Aqsa, à tout moment et de toutes leurs forces ».

Le Grand Mufti Haj Amin Al-Husseini à Jérusalem, 1937. (Crédit : Bibliothèque du Congrès, Division des estampes et photographies)

À l’approche du 9 Av, le Comité pro-mur Occidental de Klausner a utilisé les pages du quotidien hébreu Doar Hayom, édité par Zeev Jabotinsky, pour rallier les Juifs de Palestine à sa cause.

« Appel au peuple d’Israël dans toutes les parties du monde », publié le 12 août, implorait le peuple juif de « se réveiller et de s’unir ! Nous devons continuer à parler et à agir tant que le mur ne nous aura pas été rendu dans son intégralité ! »

Cette déclaration exhortait les Juifs du monde entier à former leurs propres comités locaux, et à manifester devant les consulats britanniques de leur pays. « Remuez ciel et terre face à l’injustice et à l’oppression indicibles et sans précédent, qui tentent de priver une nation vivante de ses dernières reliques. (…) Ceux d’entre nous qui sont ici ne se reposeront pas tant que cette relique qui a toujours été nôtre, qui a été scellée par le sang de dizaines de milliers de nos enfants pendant deux millénaires et qui a absorbé les larmes d’Israël pendant 2 000 ans, ne nous aura pas été restituée. »

« Ceux d’entre nous qui sont ici ne se reposeront pas tant que cette relique qui a toujours été nôtre, qui a été scellée par le sang de dizaines de milliers de nos enfants pendant deux millénaires et qui a absorbé les larmes d’Israël pendant 2 000 ans, ne nous aura pas été restituée. »

Le lendemain, David retourna au mur Occidental pour prier. Encore étourdi par le jeûne, il regarda, fasciné, 300 jeunes Juifs et Juives marcher vers le mur, réclamant la restitution du mur Occidental en tant que lieu saint juif. Brandissant le drapeau bleu et blanc frappé de l’étoile de David qui allait devenir le drapeau national d’Israël, ils scandaient « C’est notre mur » et juraient de « tout sacrifier pour le mur Occidental ». Après deux minutes de silence, ils entonnèrent « l’Hatikvah » (L’Espoir), une ode à la ville deux fois millénaire de Jérusalem, objet de leurs vœux, qui allait devenir l’hymne national d’Israël :

L’étudiant américain David Shainberg, peu après son arrivée en Palestine, en 1928. (Crédit : autorisation de la famille Shainberg)

Nous n’avons pas encore perdu notre espoir
Vieux de deux mille ans,
De vivre en peuple libre sur notre terre,
Terre de Sion et de Jérusalem.

Parmi les manifestants, beaucoup étaient membres du Betar, un mouvement paramilitaire pour la jeunesse fondé par Jabotinsky. Il tirait son nom d’une ancienne forteresse située dans les montagnes de Judée, où les rebelles qui luttaient pour un État juif indépendant avaient livré leur dernier combat contre les Romains. Habité depuis l’âge du fer, Betar fut le dernier bastion de la révolte de Bar Kokhba.

David était émerveillé. Dans une lettre passionnée adressée à sa famille, il décrivait ce qu’il avait ressenti alors qu’il se trouvait au mur Occidental, à la date du jour saint qui a donné son nom à ce lieu, à un moment où les Juifs se soulevaient une nouvelle fois contre un occupant étranger et luttaient pour leur liberté.

« En marchant dans les rues de Jérusalem, nous pouvions presque imaginer les ruisseaux de sang juif coulant à nos pieds, les horribles scènes de massacre. Des sages, des jeunes gens pleins d’avenir, de tendres bébés dans les bras de leur mère, tous des Juifs tués par l’épée barbare de l’ennemi. »

Cette lettre, datée du 20 août, serait la dernière écrite par David. Elle allait bientôt se révéler être une effrayant prémonition. Les mots de David, qui déplorent le sang juif versé à Jérusalem 2 000 ans plus tôt, décrivent avec une précision troublante ce qui allait lui arriver, ainsi qu’à la communauté juive de Hébron, quatre jours plus tard seulement.

Lorsque sa lettre arriva à Memphis, David avait déjà disparu. Sa vie s’était éteinte dans un carnage semblable à celui qu’il avait décrit. Ce dont David avait été témoin à Jérusalem le 15 août était le prélude à la fin de sa vie, et le début d’une guerre sainte qui allait durer un siècle. Ce jour-là, les tensions qui couvaient depuis près d’un an autour du mur Occidental ont atteint un point de non-retour.

Le grand mufti Haj Amin al-Husseini avait assisté à la marche depuis sa maison, située près du mur Occidental. Bien que furieux en apparence, il ressentait probablement une certaine satisfaction. Cette manifestation du nationalisme juif était exactement ce dont il avait besoin pour rallier les musulmans de Palestine à sa cause, dans sa lutte contre le sionisme et contre ses rivaux musulmans rivaux. Depuis des mois, le Grand Mufti faisait l’objet de critiques de la part de ses adversaires politiques et de certains segments de la presse arabe, qui l’accusaient de détournement de fonds du Waqf, de népotisme et de favoritisme dans ses nominations religieuses. Il était également dénoncé pour avoir cherché à rendre permanente sa fonction de président du Conseil suprême musulman.

Une manifestation palestinienne contre les implantations juives en Palestine sous mandat britannique en 1929. (Crédit : autorisation de Ian Black)

Des rumeurs se répandirent rapidement dans les milieux musulmans et dans la presse arabe : les jeunes Juifs qui avaient marché vers le mur Occidental le 15 août auraient agressé des habitants musulmans, maudit le prophète Mahomet et violé des femmes musulmanes. Mais rien de tout cela n’était vrai. La manifestation était, certes, politiquement provocatrice, mais elle s’était déroulée dans le calme. Néanmoins, des militants pro-mufti distribuèrent des tracts et placardèrent des affiches dans les villes et les villages, répandant ces rumeurs et exhortant les musulmans à se venger.

« Ô nation arabe, les regards de vos frères en Palestine sont tournés vers vous », pouvait-on lire sur un tract signé par le Comité des Saints guerriers en Palestine. « Et ils éveillent vos sentiments religieux et le fanatisme national à se soulever contre l’ennemi qui a violé l’honneur de l’islam, qui a violé ses femmes et assassiné veuves et bébés. »

Le haut-commissaire britannique John Chancellor, à l’extrême gauche, avec la princesse Illeana de Roumanie et d’autres personnalités dans son jardin, vers 1930. (Crédit : domaine public)

John Chancellor, haut-commissaire de Palestine, était en congé à Londres depuis juin, laissant son adjoint, Harry Luke, aux commandes d’un pays qui courait droit à la catastrophe. Le vendredi 16 août, le jour de l’anniversaire du prophète Mahomet, le Conseil suprême musulman de Husseini organisa une marche vers le mur Occidental « pour défendre Al-Aqsa contre les Juifs ».

Lorsque Luke a été informé de la manifestation, ce matin-là, il a téléphoné au mufti, le convoquant pour qu’ils puissent s’entretenir d’urgence. Luke a demandé à Haj Amin d’annuler la manifestation. La marche étant prévue pour l’après-midi, le mufti a répondu à Luke qu’il était trop tard pour l’annuler, mais qu’il pouvait lui assurer qu’elle se déroulerait dans l’enceinte du Waqf. Luke s’est contenté de cette réponse. Peut-être avait-il oublié que le mur Occidental appartenait au Waqf.

Luke témoignera plus tard que si les Britanniques avaient interdit la manifestation, les Arabes « auraient tué tous les Juifs qu’ils auraient pu attraper ». Le gouvernement du mandat Britannique aurait, pour sa part, « été anéanti ».

Lorsque Haj Amin arriva à Al-Aqsa, après la prière de l’après-midi, 2 000 hommes avaient déjà envahi la mosquée. Ils descendirent vers le mur Occidental par la nouvelle porte, que le mufti avait fait ouvrir à cet effet. Menée par les cheikhs d’Al-Aqsa, la foule scandait « Allah est le plus grand ! » et « Mort aux Juifs ! ». Armés de bâtons et de gourdins, ils frappèrent un rabbin, déchirèrent un rouleau de la Torah, puis mirent le feu aux livres de prières juifs et aux messages à Dieu que les Juifs avaient placés depuis des générations dans les fissures des pierres du mur. Puis ils traversèrent la Vieille Ville et débouchèrent sur la route de Jaffa, où ils tuèrent le premier Juif qu’ils trouvèrent.

Après le départ de la foule, le journaliste juif Wolfgang Von Weisl s’est rendu sur place, ramassant les restes du rouleau de la Torah et des livres de prières déchirés. Sir Archer Cust, un haut fonctionnaire britannique, s’approcha de Von Weisl et lui demanda de ne publier aucune information sur la manifestation musulmane « susceptible d’enflammer l’opinion publique juive ». Von Weisl, un Juif autrichien qui écrivait pour de nombreux journaux allemands, ignora la demande de l’officier britannique. Il en fut de même pour la presse hébraïque, à qui les autorités britanniques avaient adressé des avertissements lui demandant de s’abstenir de publier « des déclarations sensationnelles sur les événements de cette journée ».

Le lendemain, des musulmans sont revenus vers le mur pour attaquer les fidèles et interrompre les prières de Shabbat. Jérusalem a alors sombré dans une spirale de violence. Le samedi 17 août, un groupe d’adolescents juifs jouait au football dans un champ, près de Lifta, un village arabe situé à la périphérie de Jérusalem, lorsque leur ballon est accidentellement tombé dans le potager d’une famille. Avraham Mizrachi, un jeune Juif de 17 ans, est donc allé récupérer le ballon auprès d’une jeune fille arabe. Il a été poignardé par un homme arabe. Une bagarre a éclaté entre les deux groupes, laissant une vingtaine de jeunes Arabes et Juifs blessés et ensanglantés. Les garçons juifs ont ensuite passé à tabac des habitants arabes du quartier choisis au hasard, poignardant un jeune homme en représailles du meurtre de Mizrachi. Tout au long de la journée, des Arabes ont attaqué des Juifs dans différents quartiers de Jérusalem.

Juifs fuyant les émeutes arabes à Jérusalem, 1929. (Crédit : Bibliothèque du Congrès)

Les quatre jours suivants ont été marqués par une série d’attaques et de contre-attaques, les Juifs malmenant les Arabes qui traversaient le quartier juif de Jérusalem, et les Arabes attaquant les Juifs qui pénétraient dans les quartiers arabes. Le jeune Arabe poignardé par des Juifs s’est remis de ses blessures, mais Avraham Mizrachi n’a pas survécu. À la suite de son décès, le 20 août, ses funérailles, le lendemain matin, se sont transformées en une manifestation contre les Britanniques et les Arabes. Une foule de Juifs se se sont joints au cortège funèbre, que la police tenta de confiner dans les quartiers juifs afin d’éviter de nouveaux affrontements. Ceux qui participaient aux funérailles prirent leur temps, traversant lentement la ville durant trois heures pour se rendre au cimetière. Lorsqu’elles tentèrent de franchir une ligne de policiers britanniques dirigés par Douglas Duff, la police chargea avec des matraques, frappant des dizaines de personnes en deuil et en blessant près d’une trentaine. Dans le chaos, le corps de Mizrachi tomba à terre, dépouillé de son linceul.

Le lendemain, les responsables britanniques ont frénétiquement organisé de nombreuses réunions, afin de tenter de calmer les troubles qui secouaient les rues de Jérusalem. Ils ont ainsi rencontré les dirigeants sionistes, qui ont lancé des appels à la communauté juive, l’exhortant à rester calme et à s’abstenir de toute manifestation politique. Ils ont également rencontré les dirigeants musulmans, qui ont promis de modérer les discours incendiaires prononcés dans les mosquées. Mais malheureusement, si ces messages ont été transmis, ils n’ont eu que peu d’effet.

Vers minuit, le mercredi 21 août, un groupe d’une centaine d’Arabes à cheval s’est approché du quartier juif de Yemin Moshe, situé sur une colline aux ruelles pavées et aux maisons en pierre surplombant la Vieille Ville. La police s’est précipitée sur les lieux, et les agresseurs présumés ont battu en retraite. Le lendemain, un groupe de fidèles juifs a été lapidé au mur Occidental. Un chrétien russe pris pour un Juif a été violemment battu dans la Vieille Ville. À une cinquantaine de kilomètres au nord de Jérusalem, un Juif de 70 ans a été lapidé et volé alors qu’il se promenait dans la ville de Naplouse.

Des rumeurs circulaient dans la presse juive et arabe, selon lesquelles le mufti avait appelé les Arabes à se rassembler en masse à Al-Aqsa le vendredi 23 août pour défendre l’islam contre les Juifs. Les responsables juifs ayant rencontré le haut-commissaire par intérim Luke le 22 août lui ont demandé si le gouvernement comptait désarmer toute personne qui se rendrait à Jérusalem le lendemain munie de gourdins ou de bâtons lourds. Une telle mesure serait dangereuse, répondit Luke, car « elle risquerait d’exaspérer les personnes qui portaient des bâtons sans aucune intention malveillante ». Luke leur assura en outre avoir pris des dispositions pour que « des discours apaisants soient prononcés dans les mosquées le lendemain », et avoir ordonné l’envoi de véhicules blindés depuis la Transjordanie.

Des réfugiés juifs de Hébron à Jérusalem, 1929 (Crédit : autorisation des Archives de Hébron)

Solomon Horowitz, membre de l’exécutif sioniste de Palestine, suggéra à Luke d’organiser une réunion d’urgence entre les responsables juifs et musulmans, afin d’appeler à une trêve. Le jeudi 22 août au soir, Luke accueillit trois membres de l’Organisation sioniste et trois représentants de l’exécutif arabe de Palestine dans sa résidence de Jérusalem. L’objectif de cette réunion était d’élaborer une déclaration commune à l’intention des Arabes et des Juifs du pays. La réunion, qui dura plusieurs heures, se déroula dans une atmosphère cordiale, autour d’une tasse de thé. Un accord fut trouvé sur une déclaration appelant à la paix. La proclamation, rédigée par Isaiah Braude, membre de l’Exécutif sioniste, disait : « Nous, représentants soussignés des institutions suprêmes musulmanes et juives, souhaitons informer les Juifs et les musulmans qu’au cours d’une réunion commune, nous sommes parvenus à la conclusion que les troubles actuels entre les musulmans et les Juifs sont principalement dus à une incompréhension. Nous sommes convaincus que ces malentendus pourront être dissipés avec de la bonne volonté. C’est pourquoi nous demandons aux juifs et aux musulmans de faire tout leur possible pour rétablir des relations pacifiques et sereines. Nous condamnons tous les actes de violence, et appelons chacun à aider ses institutions suprêmes dans leur œuvre sacrée pour obtenir la paix entre les deux nations. »

Mais au moment de signer le document, les représentants arabes ont refusé. Selon le compte-rendu britannique de la réunion, ils « n’étaient pas d’accord sur le fait que les hauts responsables des deux camps signent un document à ce moment précis ». Ce soir-là, avant de quitter la maison de Luke aux alentours de 22 heures, les participants à la rencontre ont convenu de se réunir à nouveau quatre jours plus tard, le 26 août. Mais ce jour venu, pour beaucoup, il serait déjà trop tard.

Des villageois arabes armés de bâtons et de couteaux se sont rassemblés à Al-Aqsa cette nuit-là. La police coloniale était extrêmement mal préparée. Dans toute la Palestine, on ne comptait que 171 officiers britanniques, et aucune force militaire digne de ce nom. Sur les 1 500 policiers palestiniens, la grande majorité étaient arabes. Beaucoup ont alors choisi de rejoindre leurs frères d’armes, ou se sont abstenus d’utiliser la force par crainte de devenir la cible d’opérations de vendetta. Le chef de la police du pays, Arthur Mavrogordato, était pour sa part en Angleterre, où il profitait de vacances. Les Britanniques disposaient de six voitures blindées et de tout au plus six avions en état de voler. À Jérusalem, seuls 72 policiers étaient stationnés dans toute la ville. Aucun de ceux qui se trouvaient dans la Vieille Ville n’était armé.

La Haganah, cependant, s’était préparée à ce moment. Pour les commandants de la milice sioniste clandestine, ces émeutes étaient inévitables ; ils le pressentaient depuis plusieurs semaines. Tout au long de cette nuit, des hommes et des femmes armés de la Haganah ont patrouillé dans les quartiers juifs de Jérusalem.

Cela n’arrivera pas ici

Au début du mois d’août 1929, Aharon Chaim Cohen, âgé de 17 ans, assistait à une réunion des combattants de la Haganah à Jérusalem lorsque ses officiers ont mis en garde contre l’imminence d’une attaque visant les Juifs palestiniens. »Qui est prêt à servir d’espion parmi les Arabes ? », a alors demandé un commandant au groupe de volontaires. Une question à laquelle seul Cohen a répondu.

Né à Jérusalem, Cohen était l’un des uniques membres mizrahim de la Haganah. Son père était originaire d’Iran. La famille de sa mère venait du Maroc. Cohen parlait couramment l’arabe et vivait dans le quartier arabo-juif de Musrara. Cohen, ainsi qu’on le lui avait demandé, s’est présenté à Yitzhak Ben-Zvi, un membre éminent de la Haganah et de l’Exécutif sioniste qui allait devenir le deuxième président d’Israël. Ben-Zvi a ordonné à Cohen de quitter son emploi dans l’imprimerie où il travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille, et de devenir espion à plein temps. Cet adolescent juif palestinien a sans doute été le premier espion de l’État juif naissant, qui allait ensuite en recruter de nombreux autres, comme lui.

Chaim Weizmann (au centre, à gauche) lors d’une réunion avec des dirigeants arabes à l’hôtel King David, à Jérusalem, le 8 avril 1933. Debout, deuxième à partir de la droite, se trouve Yitzhak Ben-Zvi. La photo a été prise la veille de la Pâque juive 1931, lors de discussions sur la vente de terres en Transjordanie. (Crédit : Wikipedia)

Cohen, après s’être procuré un keffieh et une abaya, le couvre-chef et la robe traditionnels arabes, s’est fondu dans la masse. Il s’est fait appeler Ibrahim Da’er, le nom d’un grand clan musulman de Musrara. Durant les deux premières semaines, il a sillonné les rues des quartiers musulmans de Jérusalem, perfectionnant ses connaissances du Coran, pratiquant les rites de prière islamiques et devenant une figure familière de la mosquée Al-Aqsa, fournissant au quartier général de la Haganah des rapports détaillant les salles de stockage d’armes qu’il avait découvertes à la mosquée, les sermons qui y étaient prononcés et les rumeurs qu’il avait entendues concernant des projets d’attaques visant les communautés juives à Jérusalem et dans ses environs.

Dans la nuit du 21 août, il a été arrêté par un groupe d’une dizaine d’Arabes armés, à la sortie de la vieille ville. « Les mains en l’air », lui ont-ils ordonné. « Comment vous appelez-vous ? Que faites-vous dans les rues à cette heure-ci ? »

« Je m’appelle Ibrahim Joz Da’er », leur a répondu Cohen. « Je suis malade depuis quelques jours. C’est le médecin qui m’a conseillé de faire de longues promenades nocturnes pour prendre l’air. » Encore méfiants, les hommes armés l’ont alors mis à l’épreuve, lui ordonnant de réciter la première prière du Coran. Cohen s’est exécuté, dans le plus grand calme, et sans aucune erreur. « Rentre chez toi et ne te montre plus ici avant la semaine prochaine », lui ont-ils dit.

Garçons juifs blessés lors des émeutes d’Hébron, août 1929. (Autorisation des archives d’Hébron)

Alors qu’il retournait vers la Vieille Ville, réalisant qu’il aurait pu être tué, Cohen s’est évanoui. Ce sont les visages d’Avraham Ikar, vétéran de la Légion juive désormais à la tête du bataillon de la Haganah dans la Vieille Ville, et de Shoshana Gershonovitz, membre éminente de la Haganah qui allait plus tard créer l’unité féminine, qu’il a découvert en revenant à lui. Tous deux, après avoir trouvé Cohen inconscient dans une ruelle sombre, l’ont emmené à l’hôpital.

Le jeudi 22 août, Yosef Hecht, chef de la Haganah, a envoyé Cohen et Saadia Kirschenboim, autre membre de la Haganah, à Hébron, afin d’évaluer les besoins de la ville en matière de sécurité. Leur première étape fut la Banque anglo-palestinienne, dont tous deux ont rencontré le directeur, Eliezer Dan Slonim, pilier bien connu de la communauté juive d’Hébron. Cohen a demandé à Slonim de réunir les dirigeants juifs de la ville, à qui il avait un message important à transmettre. Slonim, accédant à la demande de Cohen, invita différents rabbins et anciens, parmi lesquels son père âgé de 49 ans, le grand rabbin ashkénaze Yaakov Yoseph Slonim, ainsi que Meir Franco, le grand rabbin séfarade âgé de 63 ans.

L’ancienne synagogue Avraham Avinu à Hébron, profanée par des émeutiers arabes en août 1929. (Crédit : Bibliothèque du Congrès)

Réunis à la banque, Cohen et Kirschenboim ont informé les hommes présents que la communauté juive d’Hébron était menacée par une émeute imminente, et que la Haganah souhaitait envoyer des renforts pour la protéger.

Le jeune espion a présenté deux options : la Haganah proposait d’envoyer un groupe de combattants armés pour protéger les Juifs de la ville, ou de transférer les Juifs d’Hébron à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux en toute sécurité.

Les dirigeants de la communauté juive d’Hébron se sont montrés unanimes. « Ni l’un ni l’autre ne sera nécessaire », a déclaré Eliezer, un homme imposant de plus d’1,80 mètre, au teint hâlé et aux yeux d’un brun sombre. « Aucun mal ne sera fait aux Juifs d’Hébron », a-t-il insisté, invoquant les relations chaleureuses qui régnaient entre la communauté juive et ses voisins arabes. Les rabbins, faisant écho à Eliezer, ont assuré à Cohen et Kirschenboim qu’il n’y avait rien à craindre. Les Arabes d’Hébron étaient leurs amis.

Cohen, quittant brusquement la réunion, a rejoint une maison juive voisine pour y revêtir son déguisement d’Ibrahim Da’er. Vêtu d’une abaya et d’un keffieh, il s’est rendu au marché. Après avoir déambulé un moment sans rien remarquer d’inhabituel, il est entré dans un café bondé et s’y est installé. Peu après, un homme est entré, invitant quatre autres clients à se rendre chez le cheikh Taleb Marka, un associé du Grand Mufti qui représentait Hébron au sein de l’Exécutif arabe palestinien et dirigeait l’Association musulmane d’Hébron. Quelques minutes plus tard, deux des hommes sont revenus, convoquant un autre client du café chez le cheikh. Cohen est alors retourné sur le marché, a demandé à quelqu’un où se trouvait la maison du cheikh Marka, et y est entré.

Une maison juive pillée et détruite lors du massacre de Hébron en 1929. (Crédit : Domaine public)

Marka, avec sa barbe poivre et sel, parlait aux hommes assis autour de lui du soi-disant complot juif visant à conquérir Al-Aqsa. Une fois que les Juifs de Jérusalem s’en seraient emparés, expliquait Marka, les Juifs d’Hébron avaient prévu de conquérir la mosquée d’Ibrahim – le tombeau des patriarches et des matriarches. « Les Juifs qui vivent parmi nous, qui ont été nourris au lait de nos mères, ce sont eux qui nous trahiront plus que les Moscovites », a affirmé Marka, utilisant le terme péjoratif désignant les Juifs venus d’Europe de l’Est en Palestine. « Il sera extraordinaire de les massacrer en premier. »

Cohen a repris le chemin du quartier juif. Il a remis ses vêtements habituels, s’est rendu à la banque et a raconté aux dirigeants juifs qui s’y trouvaient encore ce qu’il avait vu et entendu. « Je vous en supplie, leur dit-il, laissez un groupe de combattants de la Haganah venir ici pour protéger les Juifs d’Hébron. » Mais les dirigeants ont continué d’affirmer qu’il n’était pas nécessaire que des Juifs armés se trouvent à Hébron. La présence de la Haganah ferait plus de mal que de bien, soutenaient-ils. Ils ont décidé d’inviter plusieurs dirigeants arabes d’Hébron à la banque, afin de défendre leur point de vue. « Même si tous les Juifs de Palestine étaient tués, pas un cheveu ne tombera de la tête d’un Juif à Hébron », a promis l’un des cheikhs. Eliezer Slonim a alors encouragé Cohen et Kirschenboim à partir. Ce jour-là, Cohen a rencontré Ben-Zvi et lui a remis un « rapport noir », ainsi qu’il l’a appelé, sur la situation à Hébron.

Peu après minuit, cette nuit-là, ce sont des coups frappés à sa porte d’entrée qui ont réveillé Eliezer, qui a ouvert la porte pour découvrir un groupe de visiteurs inattendus : douze membres de la Haganah et leurs valises. Les hommes étaient vêtus de vêtements civils, et leurs sacs étaient remplis d’armes, de balles et d’explosifs. Une attaque contre les Juifs d’Hébron allait bientôt avoir lieu, ont annoncé ces militants à Slonim. Ils étaient venus – Baruch Katinka, neuf jeunes hommes et deux jeunes femmes – pour assurer la défense de la communauté.

Slonim, fatigué et contrarié, a fait entrer le groupe dans sa maison, puis a entrepris de les réprimander. « Si j’avais besoin d’hommes et d’armes, je les demanderais moi-même ! », a-t-il crié. « Ce n’est pas nécessaire. Les Arabes ne lèveront pas la main contre nous. Au contraire, ils vont se sentir provoqués en voyant de nouveaux visages à Hébron. »

Un homme réagit après le massacre d’Hébron en 1929. (Crédit : Domaine public)

De nouveaux coups ont retenti à la porte. Deux policiers arabes sont entrés dans la maison et ont demandé aux visiteurs de les suivre au poste de police. Dix d’entre eux leur ont obéi ; deux autres ont réussi à rester chez Slonim avec les valises remplies d’armes. Au poste, c’est le chef de la police britannique, Raymond Oswald Cafferata, vêtu d’un pyjama, qui a accueilli les combattants de la Haganah.

Né à Liverpool, Cafferata, âgé de 32 ans, avait rejoint la police palestinienne en 1921. Recruté parmi les Black and Tans, les renforts britanniques de la Royal Irish Constabulary réputés pour leur brutalité pendant la guerre d’indépendance irlandaise, Cafferata venait d’être affecté à Hébron. Depuis son arrivée le 2 août, il découvrait tout juste la ville et de ses habitants. Il n’avait rencontré que quelques dirigeants arabes locaux, et n’avait pas encore fait connaissance avec la communauté juive de la ville. Unique Anglais en poste à Hébron, Cafferata commandait une maigre force de 33 agents, dont près de la moitié étaient âgés ou en mauvaise condition physique. Tous les policiers, sauf un, étaient arabes.

« Qui êtes-vous et que faites-vous ici ? », a demandé Cafferata au groupe d’hommes et de femmes de la Haganah présents au poste. Ils étaient venus faire une randonnée, ont-ils répondu. Une bien piètre excuse, compte tenu du fait qu’ils étaient arrivés bien après la tombée de la nuit, et que les tensions dans le pays étaient plus vives que jamais. Cafferata, à l’instar de Slonim, perdait patience. Ce n’était pas le moment de faire de la randonnée, leur dit-il. « Retournez immédiatement à Jérusalem », leur a-t-il ordonné. Et c’est ce qu’ils firent, laissant les Juifs d’Hébron se défendre avec, pour seule arme, leurs prières.

Slonim était le seul Juif d’Hébron à posséder une arme. Le vendredi matin, il dit aux deux hommes de la Haganah qui étaient restés chez lui avec leurs valises de retourner également à Jérusalem.

Ce n’était pas la première incursion de la Haganah à Hébron. En 1928, Yaakov Pat, le commandant de la Haganah, avait rendu visite à la yeshiva de Hébron, où il avait rencontré un groupe d’étudiants à qui il avait demandé ce qu’ils feraient si des émeutes arabes éclataient à Hébron. « Nous nous défendrions, c’est certain », lui avaient-ils répondu.

« Et comment allez-vous vous défendre si vous n’avez pas reçu la formation nécessaire ? », avait-il ajouté.

« Avec l’aide de Dieu », lui avaient-ils alors affirmé.

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