Netanyahu accuse le parquet de mentir et de dissimuler des informations lors d’une audience houleuse

Face à la cour, au lendemain de sa demande de grâce, Netanyahu, interrogé sur une interview à Walla News, déclare que le système judiciaire lui fait perdre son temps avec des 'questions absurdes'

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive au tribunal de district de Tel Aviv pour une audience dans le cadre de son procès pour corruption, le 28 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a comparu devant le tribunal pour le cinquième jour de son contre-interrogatoire dans l’affaire 4000, l’une des trois dans lesquelles il est impliqué, au lendemain de sa demande de grâce adressée au du président Isaac Herzog.

Le Premier ministre doit répondre de faits de corruption, de fraude et d’abus de confiance dans l’affaire 4000. Également connue sous le nom d’affaire Bezeq-Walla, celle-ci porte sur des allégations selon lesquelles Netanyahu aurait autorisé des décisions réglementaires qui auraient profité financièrement à Shaul Elovitch, actionnaire du géant des télécommunications Bezeq, à hauteur de plusieurs centaines de millions de shekels.

En échange, Netanyahu aurait bénéficié d’une couverture médiatique favorable de la part du site d’information Walla, également propriété d’Elovitch.

Réfutant toute malversation, Netanyahu clame que les trois affaires ont été montées de toutes pièces par la police et le ministère public, dans le cadre d’une tentative de coup d’État politique. Dans la demande de grâce qu’il a déposée dimanche, il n’a fait aucune déclaration de culpabilité ni exprimé aucun remords, préférant souligner qu’il était dans l’intérêt national d’Israël de lui accorder la grâce, afin de lui permettre de se consacrer pleinement à la direction du pays.

L’audience de lundi a débuté par la demande de l’avocat du Premier ministre, Amit Hadad, au tribunal de Jérusalem d’annuler l’audience prévue mardi en raison d’un événement « politico-sécuritaire » inscrit à l’agenda de son client. Netanyahu, si cette demande était acceptée, était prêt à prolonger d’une heure l’audience de mercredi afin de compenser en partie le temps perdu, a précisé Hadad.

Le tribunal ayant accepté, le Premier ministre ne témoignera que deux fois cette semaine – ainsi qu’il l’a fait chaque semaine depuis que le tribunal a porté, en octobre, le nombre d’audiences hebdomadaires à trois.

Netanyahu, à son arrivée au tribunal de Tel Aviv, a été accueilli par un groupe de manifestants vêtus, pour certains, de la combinaison orange des prisonniers.

Deux manifestants, l’un portant une combinaison orange et un masque à l’effigie de Netanyahu, l’autre en costume et muni d’un masque à l’effigie de Herzog, ont tourné en dérision la demande de grâce du Premier ministre, tandis que d’autres, autour d’eux, ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « En prison ».

Des manifestants se moquent de la demande de grâce adressée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au président Isaac Herzog lors d’un rassemblement organisé devant le tribunal de Tel Aviv, où Netanyahu est interrogé dans le cadre de son procès pénal, le 1er décembre 2025. (Crédit : Efrat Safran/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Au début de l’audience, la procureure Yehudit Tirosh, du bureau de la procureure générale, a accusé Netanyahu d’avoir menti lorsqu’il a affirmé à plusieurs reprises devant le tribunal de Jérusalem, durant son premier témoignage, qu’il considérait le site web Walla News comme insignifiant.

Si Netanyahu a déclaré à plusieurs reprises que Walla lui était hostile et qu’il n’accordait des interviews à ce site web que pendant les élections, a ajouté Tirosh, il avait toutefois donné au moins une interview à ce média en dehors d’une période électorale, et avait ensuite partagé un lien vers cet entretien sur les réseaux sociaux.

« Nous constatons que vous avez, lors de votre premier témoignage, tenu des propos inexacts lorsque vous avez affirmé n’avoir pas accordé d’interview [à Walla en dehors d’une période électorale] », a indiqué Tirosh.

« Cette interview avec Walla est d’un grand intérêt pour vous. Vous avez choisi d’accorder et de partager cette interview en particulier, ce que vous n’avez pas fait pour les interviews télévisées réalisées en parallèle », a-t-elle fait remarquer à Netanyahu.

La procureure Yehudit Tirosh arrive dans la salle d’audience du tribunal de Tel Aviv avant le début du contre-interrogatoire du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 1er décembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Elle a présenté au tribunal des preuves attestant que Netanyahu avait, au fil des ans, relayé sur sa page Facebook des articles de Walla le concernant ou le mentionnant, ajoutant que « cela contredit l’affirmation catégorique selon laquelle vous n’aviez aucun intérêt à apparaître sur le site web de Walla, et que vous n’avez été interviewé que durant une période électorale ».

Le Premier ministre a réagi en s’en prenant violemment à Tirosh. Il l’a accusée de s’être écartée des pratiques acceptées dans le dépôt de l’acte d’accusation, et d’avoir agi de manière malhonnête.

« Vous m’accusez de fausse déclaration. De mensonge. Vous devriez avoir honte », a lancé Netanyahu à la procureure. « Vous avez menti tout au long de cette affaire. »

Il a reproché à Tirosh d’avoir fait de cette question « le cœur de l’accusation » portée contre lui sans autorisation légale, d’avoir occulté les avis juridiques du ministère de la Justice et du contrôleur de l’État, ainsi que d’avoir « dissimulé la correspondance d’autres personnalités politiques avec Walla ».

« Ils [Walla] m’ont sollicité à plusieurs reprises pour des interviews, et j’ai refusé pendant des années… J’ai [peut-être] accepté plus d’une fois. La belle affaire ! », a déclaré Netanyahu à la cour, qualifiant le site d’information de « hostile ».

Dans le témoignage initial du Premier ministre, Netanyahu et son équipe de défense ont fait valoir que la couverture médiatique de Walla à son sujet s’était très souvent avérée extrêmement négative et hostile à son égard.

En 2023, les juges chargés de l’affaire avaient recommandé que le parquet abandonne l’accusation de corruption, mais ce dernier avait refusé.

L’avocat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Amit Hadad, arrive au tribunal de district de Tel Aviv le 1er décembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Après une courte interruption, Tirosh a repris son interrogatoire de Netanyahu au sujet de sa relation avec Elovitch. Le Premier ministre s’est alors lancé dans une diatribe contre le système judiciaire israélien qui, a-t-il souligné, lui faisait perdre son temps.

« Nous sommes tous sidérés par l’absurdité de vos interrogatoires. Vous avez même enquêté sur Bugs Bunny », a fait remarquer le Premier ministre, faisant référence aux allégations selon lesquelles son épouse, Sara, aurait demandé en 1996 au magnat hollywoodien Arnon Milchan un jouet géant représentant Bugs Bunny pour leur fils, Yair.

« Au bout de dix ans, j’ai le droit d’exprimer ma frustration et ma colère », a-t-il ajouté pour justifier son emportement. « Vous faites perdre du temps à la cour, au Premier ministre d’Israël et au peuple israélien avec ces absurdités. »

Netanyahu, durant les six années qui ont suivi sa mise en accusation, a clamé à maintes reprises son innocence, dénonçant le procès comme une chasse aux sorcières motivée par des raisons politiques.

Dimanche, Netanyahu a pris une décision qu’il refusait auparavant, et a soumis une demande officielle de grâce à Herzog. Une grâce qui, si elle lui était accordée, mettrait un terme à son long procès, plusieurs années avant la date prévue actuellement.

Dans sa demande de grâce, le Premier ministre n’a pas admis sa culpabilité. Il a continué, dans une déclaration vidéo, à contester les accusations dont il fait l’objet ainsi que la légitimité de la procédure qui l’a conduit devant la cour. Il n’a pas non plus précisé qu’il était prêt à démissionner de son poste de Premier ministre, arguant que s’il était gracié, il pourrait alors défendre plus efficacement les intérêts d’Israël.

Netanyahu a en outre souligné que son procès déchirait Israël, et que sa conclusion immédiate « contribuerait grandement à apaiser les tensions et à favoriser une large réconciliation ».

Herzog, pour sa part, a fait savoir qu’il évaluerait la demande sur la base de l’avis d’experts du ministère de la Justice et d’autres responsables juridiques, dans le cadre d’un processus qui devrait prendre plusieurs semaines.

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