Netanyahu aux familles d’otages : le Hamas décide qui sera libéré durant la trêve
Le Premier ministre dit qu'Israël négociera un cessez-le-feu permanent dès le début de la trêve de 60 jours ; le Hamas dit qu'il n'acceptera pas le retrait partiel de Tsahal à Gaza
WASHINGTON – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué mercredi aux familles d’otages que le groupe terroriste palestinien du Hamas déciderait lui-même quels captifs seraient libérés durant la trêve de 60 jours, selon une source présente à la réunion à Washington, qui s’est confiée au Times of Israel.
Netanyahu n’a pas encore expliqué publiquement comment sera établie la liste des 10 otages vivants et des dépouilles des 18 otages assassinés. La question est devenue une source majeure d’angoisse pour les familles, qui redoutent que leurs proches ne figurent pas parmi ceux qui seront libérés dans le cadre de la trêve actuellement en négociation.
D’après la même source, le Premier ministre aurait précisé qu’Israël considère tous les otages comme « humanitaires », ce qui signifie qu’aucun groupe de captifs vivants ne sera priorisé par rapport à un autre, compte tenu des conditions de détention extrêmement dures après 643 jours passés dans les geôles des groupes terroristes à Gaza.
Il a réitéré ce message dans une déclaration vidéo enregistrée quelques heures avant son départ prévu de Washington.
« Je veux sauver tout le monde en une seule fois. Dans cet accord, cela se fait en deux phases, mais le choix n’est pas toujours entre nos mains », a-t-il affirmé.
Deux sources ont néanmoins indiqué au quotidien Haaretz que des renseignements sur les conditions de détention avaient bien été transmis au bureau du Premier ministre, et que l’ordre de libération serait finalement décidé par les responsables politiques.
Lors de la réunion de plus de 30 minutes organisée à la Maison Blair, où Netanyahu séjournait lors de son déplacement de cinq jours à Washington, le Premier ministre a affirmé que les négociations sur un cessez-le-feu permanent commenceraient immédiatement après l’entrée en vigueur de la trêve de 60 jours.
« Dès que les huit premiers otages vivants seront libérés, et jusqu’à la libération des deux derniers, nous nous efforcerons de mettre fin à toute la guerre », a-t-il déclaré dans un enregistrement divulgué de la réunion, tenue en marge d’une réception à Washington.
La source présente à la réunion a indiqué au Times of Israel que Netanyahu avait réitéré son refus de renoncer à ses exigences, à savoir, la reddition du Hamas, la remise de ses armes et l’exil de ses dirigeants, des conditions que le groupe terroriste palestinien a toujours rejetées.
Netanyahu a exprimé cette position publiquement dans la déclaration vidéo de jeudi.
« Dès le début de ce cessez-le-feu [de 60 jours], nous ouvrirons des négociations en vue d’un cessez-le-feu permanent. Pour cela, nos conditions minimales doivent être remplies : le Hamas doit déposer les armes, Gaza doit être démilitarisée, et le Hamas ne doit plus disposer d’aucune capacité gouvernementale ou militaire », a-t-il dit.
Il a averti qu’Israël reprendrait la guerre si le Hamas n’acceptait pas ces conditions au cours des négociations. « Si [nos exigences] peuvent être satisfaites par des négociations, tant mieux. Si ce n’est pas le cas dans les 60 jours, nous y parviendrons par d’autres moyens, nous utiliserons la force, la force de notre armée héroïque. »
Lorsque les familles ont exprimé, lundi, leur inquiétude de voir les 22 otages restants abandonnés dans le cadre de l’accord, Netanyahu les a assurées qu’il continuerait de se battre pour leur libération, selon la même source.
« Il y a des choses que je ne peux pas vous dire. Certaines choses se font discrètement, et je ne peux pas les partager, parce qu’elles doivent rester secrètes », peut-on l’entendre dire dans l’enregistrement fuité. « Nous sommes sur la bonne voie. Les choses avancent. Cela prendra encore un peu de temps, mais soyez patients. »
Face aux critiques croissantes sur la durée du conflit – alors que Netanyahu avait affirmé en avril 2024 qu’Israël était « sur le point » de gagner – le Premier ministre a soutenu dans sa déclaration vidéo de mardi que Tsahal avait démantelé la majeure partie des capacités militaires du Hamas, tout en reconnaissant que le groupe terroriste disposait encore de milliers de terroristes armés. Netanyahu n’a pas donné de calendrier pour savoir combien de temps il faudrait pour vaincre le Hamas.
Jeudi, Tsahal a annoncé avoir éliminé un terroriste du Hamas impliqué dans le pogrom du 7 octobre. Mais des secouristes à Gaza ont affirmé que huit enfants et deux femmes, qui se rendaient à une clinique gérée par Project Hope à Deir al-Balah, avaient également été tués dans cette frappe. Des images vérifiées et explicites montrent les corps mutilés des victimes au sol, tandis que leurs proches poussent des cris de détresse.
Le Hamas rejette la proposition israélienne de retrait partiel
Concernant les négociations sur le cessez-le-feu et l’accord de libération des otages, un responsable palestinien a déclaré au Times of Israel que le Hamas rejetait les nouvelles cartes présentées par Israël en début de semaine, définissant les zones de retrait partiel de Tsahal dans la bande de Gaza dans le cadre de la trêve de 60 jours en cours de discussion.
Ces cartes ont été modifiées sous la pression américaine pour réduire la présence de Tsahal à Gaza pendant la trêve, en particulier autour du corridor Morag, situé près du site où Jérusalem prévoit d’établir une « ville humanitaire » controversée.
Si certains médiateurs ont estimé que les nouvelles cartes représentaient une avancée sur ce qui est devenu le principal point de blocage des négociations, les représentants du Hamas ont tempéré cet optimisme, affirmant qu’ils n’accepteraient pas la vaste zone tampon qu’Israël cherche toujours à maintenir dans la bande de Gaza, selon un responsable palestinien.
Selon ces cartes, Tsahal conserverait le contrôle d’environ un tiers de la bande de Gaza pendant le cessez-le-feu.
Bassem Naim, haut responsable du Hamas, a déclaré à l’AFP que la proposition était inacceptable.
« Nous ne pouvons accepter la perpétuation de l’occupation de notre terre ni l’abandon de notre peuple dans des enclaves isolées sous contrôle de l’armée d’occupation. C’est ce que la délégation de négociation a transmis jusqu’à présent à l’occupant dans le cycle de négociations actuel à Doha. »
Une source impliquée dans la médiation a néanmoins affirmé que les différends pouvaient être surmontés et qu’un accord était encore possible « d’ici quelques jours, et non dans une ou deux semaines » comme l’avait laissé entendre un haut responsable israélien à Washington.
Rubio se montre optimiste ; Saar exhorte Netanyahu à ignorer la pression de l’extrême droite.
Pour sa part, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré jeudi qu’il « espérait » qu’un accord sur les otages serait bientôt conclu.
« Nous sommes plus proches que nous ne l’avons été depuis longtemps », a déclaré Rubio, ajoutant que « l’un des principaux obstacles reste le refus du Hamas de se désarmer, qui, s’il avait lieu, mettrait immédiatement fin à ce conflit ».
Mais cette question ne fait pas partie des sujets actuellement débattus, car les conditions d’un cessez-le-feu permanent ne seront abordées qu’une fois un accord conclu sur la trêve de 60 jours, toujours en négociation.
Mardi, le Times of Israel révélait que Witkoff avait reporté son départ prévu pour Doha ce jour-là – un signe interprété comme une indication que les pourparlers n’étaient pas encore suffisamment avancés pour être finalisés.
Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a exprimé son soutien aux efforts déployés par Netanyahu à Washington cette semaine pour parvenir à un cessez-le-feu et un accord de libération des otages à Gaza, l’appelant à résister aux « pressions politiques » de l’extrême droite susceptibles de compromettre l’accord.
Saar a réaffirmé que la conclusion d’un tel accord « reflète la volonté de la majorité au sein du gouvernement et du peuple, et s’aligne sur l’intérêt national ».
Cette déclaration fait suite à une série de critiques du chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, qui s’est dit opposé à tout accord avec le Hamas. En début de semaine, Ben Gvir a affirmé avoir empêché des accords précédents, et a exhorté le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, à se joindre à lui pour bloquer l’accord actuel.
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