Netanyahu dit avoir averti la Turquie avant qu’Israël ne frappe une base syrienne

Benjamin Netanyahu : le message a été transmis 'plus clairement' à Ankara ; David Barnea aurait évoqué la question avec le ministre syrien, Ehud Barak dénonce une escalade 'irresponsable et stupide'

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu évoque une frappe aérienne israélienne en Syrie lors d'une interview diffusée dans un podcast, le 19 août 2026. (Capture d'écran via X)

Mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que Jérusalem avait déjà mis en garde la Turquie contre toute activité militaire en Syrie avant qu’Israël ne bombarde une base aérienne que visait Ankara. Des sources ont par ailleurs rapporté à Reuters que le chef de l’agence de renseignement du Mossad avait abordé la question la semaine dernière avec le ministre syrien des Affaires étrangères.

Lors d’une interview diffusée en podcast au lendemain de la frappe israélienne qui a pris pour cible une base aérienne militaire dans le nord-ouest de la Syrie, Netanyahu a déclaré qu’Israël ne tolérerait aucun renforcement militaire turc « vers le sud, qui représente une menace pour nous ».

Mettant en garde la Turquie contre une telle activité militaire en Syrie, Netanyahu s’est contenté de dire « Don’t » (« Ne faites pas ça »), en anglais.

« Le message a été transmis, mais apparemment, ils ne l’ont pas entendu. Nous nous sommes donc assurés qu’ils le comprennent plus clairement », a-t-il ajouté.

Trois personnes proches du dossier ont également fait savoir mercredi à Reuters que le chef du Mossad, Roman Gofman, s’était entretenu par téléphone la semaine dernière avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, au sujet de la présence militaire turque en Syrie.

Cet appel, qui, selon ces sources, a eu lieu le 14 août, marque l’un des contacts au plus haut niveau entre Israël et le nouveau gouvernement syrien depuis la chute de l’ancien dictateur Bashar el-Assad en décembre 2024.


Les autorités turques et syriennes ont dénoncé cette frappe aérienne qui, selon Damas, a causé des dégâts matériels mais n’a fait aucune victime. L’ambassadeur américain Tom Barrack, l’a pour sa part qualifiée d’ « escalade inutile ».

Condamnant cette frappe, le ministère syrien des Affaires étrangères a estimé que son pays « avait fait preuve de retenue, avait œuvré à la consolidation de la stabilité, et s’était efforcé d’éviter toute escalade ».

Malgré les tensions entre les deux pays voisins, notamment concernant la présence de soldats israéliens dans une zone tampon du sud de la Syrie, Jérusalem et les nouvelles autorités syriennes ont mené plusieurs cycles de négociations directes. Ils sont parvenus à un accord sur la mise en place d’un mécanisme de partage de renseignements.

Israël, cependant, a fait part à plusieurs reprises de ses inquiétudes quant à une présence turque bien implantée en Syrie. Dans un communiqué publié mardi, le cabinet de Netanyahu a affirmé que des forces turques avaient été autorisées à se déployer sur la base aérienne, violant ainsi le « statu quo » convenu.

Des avions de l’armée de l’air syrienne hors service visibles à l’aéroport militaire d’Abu al-Duhur, après la prise de contrôle de la zone par les combattants de l’opposition syrienne, à l’est d’Idlib, le 7 décembre 2024. (Crédit : Omar Albam/AP)

Israël « a averti à plusieurs reprises la Syrie qu’un tel déploiement représenterait une menace pour la sécurité d’Israël », ajoute le communiqué. « La Syrie a choisi d’ignorer ces avertissements. »

La Turquie a accusé Israël de lancer des allégations sans fondement. Mais l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a indiqué que les frappes avaient eu lieu suite à « la visite d’une délégation militaire turque à la base aérienne ces derniers jours » – des affirmations corroborées par plusieurs responsables syriens, qui ont confirmé à l’Associated Press que cette visite avait effectivement eu lieu récemment.

Israël a lancé des centaines de frappes sur la Syrie depuis le renversement d’Assad en décembre 2024 par des forces islamistes dirigées par l’ancien djihadiste Ahmed al-Sharaa, qui bénéficie du soutien de la Turquie et a reçu l’appui enthousiaste du président américain Donald Trump.

Mais la frappe dont il est question s’enfonce bien plus profondément en territoire syrien que dans la zone dite de sécurité du sud d’Israël.

Le président américain Donald Trump rencontrant le président syrien Ahmad al-Sharaa en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026. (Crédit : Alex Brandon/AP)

L’ancien Premier ministre Ehud Barak a, pour sa part, accusé mercredi Netanyahu de faire preuve d’ « irresponsabilité et de stupidité » en exacerbant les tensions avec la Turquie. Il a affirmé que le Premier ministre tentait d’ « entretenir l’inquiétude de ses concitoyens » à l’approche des prochaines élections nationales.

« La Turquie n’est ni l’Iran ni la Syrie d’Assad », a écrit Barak dans une série de messages publiés sur le réseau social X.

« Il n’y a aucun problème stratégique avec la Turquie qui ne puisse être résolu, atténué ou reporté à long-terme via des contacts discrets, coordonnés avec les États-Unis et leur influence en Turquie et en Syrie. Netanyahu a complètement perdu la tête. »

Selon Barak, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne qui a également occupé le poste de ministre de la Défense de 2007 à 2013, Netanyahu se livre à des « manœuvres de survie » pour tenter d’assurer son avenir politique. Il estime par ailleurs que « le traitement de ces questions gagnerait à être reporté jusqu’après les élections ».

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