Israël confirme avoir frappé une base syrienne où la Turquie comptait se déployer
Damas avait été averti qu’un déploiement turc menacerait Israël ; l’envoyé de Trump dit que Washington œuvre à un mécanisme de déconfliction entre les trois pays
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Israël a confirmé mardi soir avoir été à l’origine des frappes aériennes menées dans la nuit contre un aéroport militaire syrien où, selon l’État hébreu, la Turquie prévoyait de déployer des forces.
« Israël et la Syrie étaient convenus d’un statu-quo en matière de sécurité, que la Syrie était sur le point de rompre en autorisant le déploiement de troupes turques sur une base aérienne près d’Alep », a indiqué le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un communiqué écrit en anglais.
Le bureau du Premier ministre a affirmé qu’Israël avait « averti à plusieurs reprises la Syrie qu’un tel déploiement constituerait une menace pour la sécurité d’Israël ».
« La Syrie a choisi d’ignorer ces avertissements », a poursuivi le bureau de Netanyahu, ajoutant qu’Israël « ne tolérera aucune menace contre sa sécurité et accueillera favorablement un retour au statu-quo ».
Ankara a réagi en dénonçant les « accusations dérisoires formulées par le bureau du Premier ministre israélien », qui « visent à légitimer les frappes aériennes illégales d’Israël portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Syrie », selon un communiqué du gouvernement turc qui a été cité par l’agence de presse officielle Anadolu.
Un responsable turc s’exprimant sous couvert d’anonymat a également démenti auprès d’Axios qu’Ankara cherchait à établir une présence militaire sur la base aérienne d’Abu Duhur, dans la province d’Idlib.
« Il n’y avait aucune présence turque sur la base aérienne. Israël invente des prétextes pour bombarder les pays voisins et pour déstabiliser la région », a affirmé ce responsable.
Mécanisme de déconfliction
Cette attaque a marqué un rare défi d’Israël à l’égard des États-Unis – des États-Unis qui cherchent à soutenir le nouveau gouvernement syrien dirigé par un ancien djihadiste allié à la Turquie. L’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, a critiqué ces frappes, les qualifiant « d’escalade inutile qui ne contribue pas à la stabilité régionale ».
Une source israélienne au sein de l’appareil sécuritaire, citée par la chaîne publique Kan, a indiqué qu’Israël disposait de renseignements sur les efforts déployés par la Turquie pour stationner des troupes sur la base, ajoutant que l’État juif les avait transmis aux États-Unis. Selon cette source, les frappes n’ont été menées qu’après l’échec des tentatives de dialogue avec la Syrie. Kan n’a toutefois pas précisé quelle avait été la réaction des États-Unis aux renseignements transmis par Israël.
Barrack, un proche du président américain Donald Trump dans le monde des affaires qui est également ambassadeur des États-Unis en Turquie, a déclaré par la suite que Washington travaillait à la mise en place d’un mécanisme de déconfliction entre Israël, la Turquie et la Syrie.
Selon Barrack, la Turquie n’avait pas été prévenue des frappes israéliennes « et a donc vu les avions se diriger vers le nord, en direction de son territoire, ce qui aurait légitimement pu l’amener à préparer une riposte », a-t-il expliqué, en évoquant une éventuelle réaction militaire turque.
« Heureusement, le sang-froid a prévalu et il a permis d’éviter une nouvelle détérioration de la situation », a déclaré Barrack à Reuters lors d’un entretien téléphonique.
La Turquie, qui dispose de la deuxième armée de l’OTAN par ses effectifs et qui a signé ce mois-ci un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, est devenue l’un des principaux alliés du président syrien Ahmed al-Sharaa.
Ankara participe à la formation de l’armée syrienne, aide le pays à reconstruire ses institutions et ses infrastructures et lui apporte un soutien militaire et diplomatique.
Les frappes israéliennes sur la base aérienne syrienne « traduisaient la perception, fondée ou non, que la Turquie pourrait prochainement renforcer sa présence sur cette base », a déclaré Barrack, qui a employé « Türkiye », nom dont Ankara promeut l’usage international comme marque de son affirmation nationale.
« Cela souligne la nécessité de mettre en place un mécanisme de déconfliction entre Israël, la Syrie et la Turquie. Nous travaillons activement à sa création afin d’éviter à l’avenir les erreurs de communication », a-t-il déclaré. « La priorité est désormais de faire retomber les tensions et de permettre une approche plus mesurée. »
Située à environ 70 kilomètres à l’est de la frontière turque, la base aérienne n’est plus utilisée exclusivement comme aérodrome militaire depuis 2013 et elle a changé de mains à plusieurs reprises au cours des quatorze années de guerre civile en Syrie, qui ont opposé les forces fidèles à l’ancien dictateur Bashar el-Assad aux factions de l’opposition.
La chaîne publique syrienne Ekhbariya, citant une source militaire, a indiqué mardi qu’Israël avait mené huit frappes aériennes contre la piste et les installations de stockage de la base. Une autre source militaire ainsi qu’un civil vivant à proximité ont indiqué qu’elles n’avaient fait aucune victime.
Depuis des années, Israël frappe des cibles en Syrie afin de contenir ce qu’il présente comme l’influence iranienne dans le pays et afin d’empêcher le transfert d’armes au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par la République islamique.
Depuis la chute d’Assad en 2024, Israël se méfie également des nouveaux dirigeants syriens et a poursuivi ses opérations militaires dans le pays. En mars dernier, il a notamment frappé des sites gouvernementaux dans le sud et le centre de la Syrie.
« Communiquer par la force »
Depuis le renversement d’Assad par les forces rebelles dirigées par l’actuel président syrien Ahmed al-Sharaa, la Syrie et Israël ont tenu plusieurs cycles de négociations sur la désescalade et les questions frontalières, sans parvenir à un accord.
« Un incident comme celui qui s’est produit ce matin montre qu’il est nécessaire d’intensifier ces efforts et d’élargir le processus », a déclaré Barrack.
L’envoyé américain a indiqué que les États-Unis facilitaient déjà les échanges d’informations et le dialogue entre les parties.
« Il faut désormais mettre en place un dispositif plus solide et y consacrer davantage de ressources. Investir dans de tels mécanismes coûte bien moins cher que d’utiliser la force comme moyen de communication, ce qui peut coûter des centaines de millions de dollars », a-t-il déclaré, faisant référence au recours à la force militaire.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.
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