Niveaux record d’antisémitisme mais baisse des attaques violentes sur les campus américains

Les dirigeants de Hillel International estiment que la nouvelle 'sanction pour antisémitisme' de nombreuses universités a déplacé en ligne des incidents qui, auparavant, se seraient produits 'en personne'

Des étudiants de l'Université du Michigan sur le campus, marchant à côté d'une signalisation affichant les "valeurs fondamentales" de l'université, le 3 avril 2025, à Ann Arbor, Michigan. (Crédit : BILL PUGLIANO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Un nombre record de 2 334 incidents antisémites ont été signalés sur les campus universitaires américains au cours de l’année scolaire 2024-2025, alors même que le nombre d’agressions violentes diminuait, a annoncé Hillel International jeudi, invoquant la mise en place de nouvelles « sanctions pour les expressions d’antisémitisme dans de nombreuses universités ».

Ces informations s’inscrivent dans le contexte d’une campagne de l’administration Trump qui, à la suite de la vague de manifestations pro-palestiniennes, anti-Israéliennes et souvent pro-Hamas, a cherché à contraindre les universités à réprimer toute manifestation contraire aux règles et aux lois, ainsi qu’à revoir de nombreux programmes universitaires et pratiques d’admission. Cette campagne, qui a divisé la communauté juive américaine, a également été accusée d’être en réalité une tentative de museler la liberté d’expression.

Le nombre total d’incidents antisémites signalés sur les campus a, cette année, augmenté de 26 % par rapport aux 1 853 incidents enregistrés en 2023-2024, immédiatement après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, soit près de 10 fois les 289 incidents rapportés au cours de l’année 2022-2023, avant le début de la guerre.

Le nombre d’incidents impliquant de la violence, des menaces de violence, du vandalisme et des graffitis (752) a pour sa part chuté de 22 %, a fait savoir l’organisation. En revanche, l’augmentation a été principalement due à une hausse de 185 % des actes de harcèlement en ligne, a-t-il noté.

« Au cours de cette dernière année, de nombreuses universités ont procédé à d’importantes modifications pour mieux définir et faire appliquer leurs politiques et codes de conduite, avec notre soutien et notre aide concernant la mise en œuvre de ces améliorations », a expliqué Adam Lehman, président et chef de la direction de Hillel.

« Lorsque les universités améliorent, renforcent et appliquent leurs règles, les étudiants juifs – et tous les autres – bénéficient d’un environnement plus sûr et plus inclusif sur les campus », a-t-il ajouté.

Des manifestants se rassemblent après des manifestations anti-Israël, devant la bibliothèque Butler, à l’université Columbia, à New York, le 7 mai 2025. (Crédit : Spencer Platt / Getty Images/AFP)

Jon Falk, vice-président de Hillel pour l’engagement en Israël et la lutte contre l’antisémitisme, a confié dans une interview : « L’an dernier, nous avons constaté que de nombreuses universités avaient mis en place des sanctions pour les actes d’antisémitisme. Nombre d’incidents qui, sans les sanctions, se seraient produits sur le campus, ont été déplacés en ligne. »

Pour collecter les données, Hillel a recoupé les informations provenant des portails de signalement des facultés et des universités, de rapports d’étudiants, de la Campus Antisemitism Legal Line et du ReportCampusHate.org, un projet conjoint créé par Hillel, l’Anti-Defamation League et le Secure Community Network, qui coordonne la sécurité des institutions juives à l’échelle nationale.

Les données recueillies couvrent une période durant laquelle sont survenues des attaques récentes contre des groupes et des responsables juifs, notamment la bombe incendiaire visant la maison du gouverneur juif de Pennsylvanie Josh Shapiro en avril, les meurtres de deux employés de l’ambassade israélienne à Washington, DC en mai, et la bombe incendiaire meurtrière en juin ciblant un groupe qui manifestait pour la libération des otages israéliens à Gaza.

Le lendemain de chaque attaque, a souligné Falk, Hillel a enregistré un « pic » d’incidents antisémites sur les campus.

« Le lendemain, nous constations toujours un pic, à la fois sur les réseaux sociaux et ciblant directement des étudiants », a-t-il ajouté.

« Je ne pense pas que les gens mesurent véritablement l’impact des incidents qui se produisent en dehors du campus, ni comment ils peuvent affecter l’environnement du campus. »

Les incidents antisémites ont augmenté aux États-Unis et dans le monde depuis le 7 octobre. Aux États-Unis, un nombre record de 9 354 actes de harcèlement, de vandalisme et d’agression ont été enregistrés en 2024, selon l’Anti-Defamation League.

read more:
comments