Omar Fateh, critique d’Israël, remporte l’investiture démocrate pour la mairie de Minneapolis
Le candidat musulman promet une approche plus progressiste que le maire juif sortant, Jacob Frey
Un législateur démocrate socialiste musulman, d’une trentaine d’années, a battu le candidat de l’establishment dans la course à la mairie de Minneapolis, ouvrant la voie à un affrontement électoral en novembre.
Ce scénario, déjà observé le mois dernier à New York, s’est reproduit cette semaine dans le Minnesota, où Omar Fateh a obtenu le soutien du Parti démocrate de l’État lors de sa convention, dans sa tentative de détrôner le maire juif de la ville, Jacob Frey.
Fateh, 35 ans, est le dernier représentant de la gauche progressiste à s’opposer à l’aile modérée du Parti démocrate. Sa victoire a été comparée à celle de Zohran Mamdani, élu de l’État de New York, qui a récemment battu l’ancien gouverneur Andrew Cuomo lors d’une primaire pour devenir le candidat démocrate à la mairie de New York.
« Aujourd’hui, nous avons assisté à un rejet de la politique traditionnelle », a déclaré Fateh samedi, dans son discours de victoire après le vote des délégués lors de la convention démocrate locale.
À l’instar de Mamdani, Fateh propose une approche plus progressiste que celle du maire sortant. Frey, considéré comme un modéré, s’est souvent opposé à la majorité de gauche du conseil municipal sur des questions telles que le plafonnement des loyers, la rémunération des chauffeurs de VTC et les normes du travail. Comme Mamdani, Fateh a centré sa campagne sur l’accessibilité au logement et la sécurité publique.
Fateh est également, à l’instar de Mamdani, un fervent critique d’Israël, une position qui pèse de plus en plus sur les élections locales aux États-Unis. En octobre 2023, il a présenté ses condoléances à toutes les personnes touchées par les violences déclenchées par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre, tout en appelant à un cessez-le-feu immédiat, sous risque de « basculer dans une guerre génocidaire » contre les Palestiniens.
Frey, pour sa part, a opposé son veto à une résolution du conseil municipal appelant à un cessez-le-feu à Gaza l’année dernière, affirmant qu’il en soutenait le principe, mais jugeait le texte « partial ». Le conseil avait finalement annulé son veto.
L’ascension de figures comme Fateh et Mamdani montre qu’une position critique envers Israël, autrefois rédhibitoire dans les cercles démocrates, n’est plus un frein à la réussite électorale. Près de deux ans après le début de la campagne militaire israélienne à Gaza, les tensions internes au sein du Parti démocrate se sont accentuées. Lors des primaires présidentielles dans le Michigan l’an dernier, plus de 100 000 électeurs démocrates s’étaient déclarés « non engagés » pour protester contre le soutien de Joe Biden à Israël, un mécontentement qui avait contribué à la victoire de Donald Trump dans cet État.
Signe que le mouvement pro-palestinien et anti-Israël est passé de l’activisme social à l’influence politique directe, le groupe antisioniste Jewish Voice for Peace a récemment réorganisé ses priorités pour se concentrer sur le lobbying politique et le soutien (ou l’opposition) à certains candidats.
La défaite de Frey lors de la convention ne présage pas nécessairement une défaite en novembre : il a déjà, par le passé, perdu deux conventions avant de remporter l’élection générale, qui utilise un système de vote préférentiel.
Son équipe de campagne a dénoncé un système d’investiture « défaillant » au sein du parti démocrate local, affirmant que la plateforme de vote en ligne avait dysfonctionné, une accusation que le parti a niée. Selon un article d’Axios, le processus de vote aurait été chaotique, avec un dépouillement prolongé d’un premier vote en ligne, suivi d’un second vote à main levée, mais après que de nombreux partisans de Frey aient déjà quitté la salle de convention.
L’enjeu de ce vote, d’après le New York Times, réside dans le fait qu’il permet au candidat de se présenter comme « soutenu par le DFL » (Democratic-Farmer-Labor Party, la branche locale du Parti démocrate) et de bénéficier d’un accès à une précieuse base de données électorales.
Les villes de Minneapolis et Saint Paul comptent environ 66 000 Juifs et plus de 100 000 musulmans, dont une importante communauté somalienne. Né à Washington, DC, Omar Fateh a été en 2020 le premier Somali-Américain et le premier musulman élu au Sénat de l’État du Minnesota.
Comme Mamdani, il a été la cible d’attaques islamophobes de la part de militants d’extrême droite, notamment Charlie Kirk, qui l’a accusé de participer à une « prise de contrôle islamique des États-Unis », rendue possible « par l’immigration massive ».
Frey a défendu Fateh face à ces accusations, déclarant que « le sénateur Omar Fateh est un Américain fier qui se présente parce que, comme moi, il aime Minneapolis ».
Les groupes juifs de Minneapolis n’ont pas encore réagi à ce soutien. Certains dirigeants juifs de la région ont néanmoins confié au Jewish Insider qu’ils observaient avec inquiétude, non pas nécessairement la candidature de Fateh en tant que telle, mais plutôt le virage progressiste du Parti démocrate et ce qu’il pourrait présager pour la place d’Israël au sein du parti.