« Pas d’erreurs » : le New York Times défend sa chronique sur des abus sexuels présumés commis par Israël

Face aux démentis, accusations de 'meurtre rituel' et menaces de poursuites, le quotidien affirme que l'article de Kristof a été rigoureusement vérifié avant et après publication

Une capture d’écran d’une chronique du New York Times de mai 2026 signée Nicholas Kristof, avec en arrière-plan le bâtiment du New York Times à New York. (Crédit : Capture d’écran/Angela Weiss/AFP via Getty Images/JTA)

En réponse au tollé et aux accusations de « meurtre rituel » suscités par une récente chronique qui détaillait des abus sexuels systématiques présumés commis sur des prisonniers palestiniens en Israël, le New York Times (NYT) a défendu jeudi son article, la directrice de la rubrique Opinion du journal affirmant qu’il reposait sur « un ensemble croissant de preuves ».

Dans une réponse détaillée aux « questions des lecteurs » publiée dans cette même section, l’auteur de la chronique, Nicholas Kristof, et la responsable de cette rubrique, Kathleen Kingsbury, ont défendu l’article alors que les réactions négatives continuaient de s’intensifier. Parmi elles figuraient des critiques de lecteurs du NYT, des démentis et des condamnations de responsables israéliens, ainsi que l’annonce par le gouvernement israélien de son intention de poursuivre le journal pour diffamation.

Kingsbury a écrit que le reportage de Kristof avait fait l’objet d’une vérification rigoureuse des faits avant publication « afin de s’assurer que chaque témoignage et anecdote qu’il rapportait personnellement était étayé par des sources indépendantes ». Après la publication, a-t-elle ajouté, « nous avons examiné les contestations factuelles soulevées par les lecteurs et d’autres personnes… Les rédacteurs n’ont trouvé aucune erreur ».

Quelques jours après la publication de cette chronique, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar avaient dénoncé, dans un communiqué conjoint, « l’un des mensonges les plus odieux et les plus déformés jamais publiés contre l’État d’Israël dans la presse moderne ». L’administration pénitentiaire israélienne (IPS) avait, de son côté, qualifié ces accusations de « fausses et totalement infondées ».

Publié le 11 mai sous le titre The Silence That Meets the Rape of Palestinians (« Le silence face au viol des Palestiniens »), l’article évoquait « un recours généralisé à la violence sexuelle par des Israéliens contre des hommes, des femmes et même des enfants », impliquant notamment « des soldats, des résidents d’implantations, des interrogateurs du Shin Bet et, surtout, des gardiens de prison ».

Parmi les incidents évoqués par Kristof figurait l’agression sexuelle présumée, en 2024, d’un détenu originaire de Gaza à la prison de Sde Teiman. Il citait également des témoignages de Palestiniens affirmant avoir été régulièrement déshabillés en détention, touchés de manière inappropriée et pénétrés de force avec divers objets.

L’un des témoignages les plus controversés cités dans l’article provenait d’un journaliste de Gaza détenu en 2024, qui affirmait que des membres des forces de sécurité israéliennes dressaient des chiens afin qu’ils agressent sexuellement des prisonniers. Selon un spécialiste du dressage canin, de telles accusations seraient hautement improbables, voire totalement impossibles.

Cette accusation, relayée depuis un certain temps dans des médias anti-Israël, a récemment été reprise par Euro-Mediterranean Human Rights Monitor (Euro-Med), l’une des principales sources citées dans l’article de Kristof.

Le chroniqueur du New York Times Nicholas Kristof s’exprime sur scène lors du sommet annuel Concordia 2024, à New York, le 25 septembre 2024. (Crédit : Riccardo Savi/Getty Images/AFP)

« Ce passage est celui qui a suscité le plus de dégoût et d’incrédulité », a écrit Kristof jeudi, reconnaissant avoir hésité à l’inclure.

« J’ai finalement décidé de le publier parce que cet homme avait déjà raconté son histoire auparavant et parce que ce qu’il décrit s’est déjà produit », a-t-il déclaré, en référence à un récit similaire qui avait été diffusé par la BBC en décembre dernier.

Euro-Med a également relayé plusieurs théories du complot autour du pogrom du 7 octobre 2023. L’organisation a notamment affirmé que les lieux des massacres avaient été « trafiqués » et suggéré que certains Palestiniens retrouvés morts sur le territoire israélien avec des fusils d’assaut après l’attaque étaient en réalité des civils dont la mort pourrait constituer un crime de guerre.

Elle a, en outre, qualifié les personnes enlevées par le groupe terroriste palestinien du Hamas lors de l’invasion du sud d’Israël de personnes qui avaient simplement été « arrêtées et transférées vers la bande de Gaza ».

Dénonçant l’article du NYT peu après sa publication, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a accusé deux dirigeants de cette organisation d’avoir des « liens avérés et répétés avec le Hamas ». Il a également publié une photographie datant de 2011 les montrant tous deux dans une photo de groupe aux côtés du dirigeant du Hamas de l’époque, Ismail Haniyeh.


Dans sa réponse publiée jeudi, Kristof a également défendu son travail de terrain, affirmant qu’il « s’était rendu en Cisjordanie et avait interrogé 14 survivantes de viols ou d’autres agressions sexuelles », et qu’il « avait cité trois enquêtes mettant en lumière l’ampleur de cette violence, étayées par les travaux de neuf organisations et de deux avocats israéliens ayant travaillé sur ces questions ».

L’administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d’être libérés de t-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Crédit : Service pénitentiaire d’Israël)

Il a ajouté avoir corroboré chaque témoignage en s’entretenant « soit avec un témoin des abus ; soit avec un membre de la famille, un avocat ou un travailleur social à qui la personne s’était confiée ; soit en confirmant le récit par des déclarations publiques faites précédemment ».

Kristof a toutefois reconnu que « les viols sont difficiles à documenter et souvent contestés », tout en soulignant « qu’il ne sert à rien de rejeter d’emblée les témoignages des gens en raison de leur identité ou de leurs convictions ».

« Le NYT n’écarte pas la possibilité d’interroger des personnes ou de les considérer comme crédibles au motif qu’elles ont été emprisonnées ou détenues », a déclaré Kingsbury.

La chronique a également suscité des critiques en raison de ses références à Euro-Med, dont le président, Ramy Abdu, entretient des liens avec des dirigeants du Hamas. Il avait écrit le 8 octobre 2023, soit à peine un jour après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, que les images des attaques contre Ofakim et Magen montraient « des scènes spectaculaires dignes d’Hollywood ».

Mazen Kahel et Ramy Abdu, membres de la direction de l’ONG Euro-Mediterranean Human Rights Monitor, sont photographiés en compagnie de responsables du Hamas, dont Ismail Haniyeh, à Gaza, en 2011. (Crédit : NGO Monitor)

Kristof a indiqué que les propos tenus par Abdu « ne peuvent être pris à la légère », tout en ajoutant que « citer une source ne revient pas à approuver les opinions politiques de ses dirigeants ni leurs activités sur les réseaux sociaux ».

Interrogée sur les raisons pour lesquelles l’article avait été publié dans la rubrique Opinion plutôt que dans la section Actualités, Kingsbury a expliqué que cela tenait au fait que Kristof est chroniqueur dans les pages Opinion du NYT, « fort de plusieurs dizaines d’années d’expérience dans le reportage sur les violences sexuelles dans les zones de conflit, et que ses chroniques paraissent dans la rubrique Opinion ».

« Une chronique d’opinion présente une thèse que l’auteur invite les lecteurs à examiner », a expliqué Kingsbury. « Les articles et enquêtes de la rédaction, en revanche, ont pour objectif d’établir et de confirmer des faits et des informations d’intérêt public, et non de défendre un argument. »

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