Pollard : « Comme les otages du Hamas, je sais ce que c’est que d’être violé »
L'espion condamné a affirme que les autorités américaines 'ont pris plaisir à me faire souffrir' ; il a critiqué Netanyahu, disant avoir été 'naïf' quand il avait dit qu'il n'y avait pas 'meilleur Premier ministre'
Jonathan Pollard, ancien espion condamné aux États-Unis et qui vit dorénavant en Israël, a comparé mardi le traitement qui lui avait été réservé par les enquêteurs américains qui l’avaient interrogé à celui qui a été subi par les otages retenus en captivité à Gaza. Il a lancé une accusation explosive, disant avoir été violé pendant sa détention.
« Je sais ce que c’est que d’être enterré vivant, je sais ce que c’est que d’être traité avec brutalité – je sais notamment ce que c’est d’être violé lors d’un interrogatoire, je comprends tout cela », a confié Pollard au cours d’un entretien accordé en anglais à la station de radio Reshet Bet, de Kan.
Alors que la personne qui l’interrogeait lui demandait s’il affirmait réellement qu’il avait été violé par les hommes qui avaient été chargés de l’interroger après son arrestation pour espionnage, Pollard a répondu : « Absolument. Et je suis heureux que certains otages en parlent maintenant ».
Ces dernières semaines, deux otages libérés, Guy Gilboa-Dalal et Rom Braslavski, ont évoqué, en donnant des interviews, les abus sexuels dont ils ont été victimes entre les mains du Hamas – devenant ainsi les premiers otages masculins à confirmer publiquement avoir subi ce type d’abus.
Si Pollard avait dénoncé, à de nombreuses reprises, les violences qu’il avait, semble-t-il, subies pendant sa détention aux États-Unis, c’est la première fois qu’il affirme avoir été violé pendant cette période.
Pollard a affirmé, mardi, que « les personnes qui m’interrogeaient ont pris beaucoup de plaisir à me faire ce qu’elles me faisaient et elles ne se souciaient pas vraiment de mes réponses. Finalement, elles prenaient plaisir à me faire du mal. Elles n’ont jamais fait cela à un espion soviétique », a-t-il dit. Il n’a pas précisé quel service ou quelle agence avait été chargée de l’interrogatoire.
Pollard, analyste du renseignement au sein de la marine américaine, avait été arrêté en 1985 et il avait été condamné, deux ans plus tard, à la prison à vie dans une affaire dans laquelle il avait plaidé coupable, reconnaissant avoir transmis des milliers de documents de grande importance à Israël.
Après sa libération en 2015, il était resté aux États-Unis – se conformant aux règles de sa libération conditionnelle – jusqu’en 2020. Cette année-là, le ministère américain de la Justice avait levé ses restrictions et lui avait donné l’autorisation d’émigrer en Israël. Il devait devenir citoyen israélien en 1995.
Pollard avait été accueilli en héros par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l’époque. Lui-même devait devenir un partisan fervent du Premier ministre même s’il s’est montré plus enclin à le critiquer, ces dernières années.
L’ancien espion a déclaré mardi à Kan que l’ensemble des hauts-responsables actuels devaient être remplacés au sein de l’État juif.
Tout le pays a ainsi été « abandonné et il a été trahi », le 7 octobre 2023, a-t-il indiqué. Il a insisté sur le fait que « pour qu’Israël puisse se rétablir, nous avons besoin de faire un grand nettoyage. Nous avons besoin de nouvelles personnes, avec des perspectives et des points de vue différents, pour remplacer la vieille garde… à gauche, à droite et au centre. Partout ».
Quand la personne qui l’interrogeait lui a demandé s’il estimait qu’il était nécessaire que tous les membres actuels de la Knesset se retirent, Pollard a répondu : « Tous ».
« Nous n’avons vaincu aucun ennemi sur aucun front, y compris sur le front des médias », a-t-il ajouté.
Pollard a noté qu’il souhaitait que Netanyahu « reconnaisse son échec, son échec humain, en ce qui concerne le 7-Octobre, et qu’il corrige son erreur d’avoir fait entrer le Qatar dans la bande de Gaza grâce à l’argent et grâce à tout le reste. J’attends de lui qu’il nous rende forts et fiers en tant que peuple ».
Il a également critiqué spécifiquement Netanyahu en évoquant la « soumission » du Premier ministre à Washington, avec notamment la fin de la guerre qui avait été menée par Israël contre l’Iran, au mois de juin dernier, sous les pressions des États-Unis.
« Je suis désolé, mais un Premier ministre digne de ce nom aurait dit au président : ‘Vous savez, nous reviendrons vers vous quand nous aurons terminé ce que nous venons de commencer. D’ici là, je vous remercie pour votre opinion, mais gardez-la pour vous’, » a-t-il dit.
Pollard a ajouté : « Quand j’ai dit [dans le passé] que je ne pouvais pas imaginer un meilleur Premier ministre, j’étais malheureusement un peu trop naïf. Maintenant, je peux imaginer un meilleur Premier ministre sans difficulté ».
L’ancien espion a récemment fait la Une des journaux après que le New York Times a signalé qu’il avait rencontré en secret, cette année, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, au sein de la mission des États-Unis en Israël – entraînant certaines interrogations chez les membres de la communauté du renseignement américain.
S’exprimant mardi, Pollard a déclaré : « J’ai ma petite idée sur l’identité de celui qui a pu divulguer l’information concernant cette réunion. C’est quelqu’un de la CIA. Ils m’en veulent toujours beaucoup ».
Il a toutefois insisté sur le fait qu’il n’y avait eu « aucun secret autour de cette réunion : il m’a accueilli et il m’a conduit à son bureau. J’ai vu plusieurs personnes et j’ai salué plusieurs autres personnes qui étaient présentes, elles aussi ».
Pollard a souligné qu’il avait sollicité cette réunion afin de pouvoir remercier Huckabee pour son soutien de longue date et pour sa gentillesse à l’égard de sa défunte épouse, Esther, qui s’est éteinte en 2022.
« Si nous avions voulu organiser une réunion secrète, nous aurions pu nous rencontrer ici, dans une chambre d’hôtel ou dans cent autres endroits. Il n’y avait rien de répréhensible dans cette rencontre », a insisté Pollard. « De quoi aurais-je pu lui parler ? »
comments