Pour Abbas, que ce soit l’enfer ou l’intifada, nous mourrons pour Jérusalem
Le président de l’AP mène la bataille contre le projet américain de transférer l’ambassade, et sera à la tête de l’insurrection si la rue devient violente
Même si ce n’était pas son intention, le revirement politique sur Jérusalem opéré par le président américain Donald Trump va probablement causer des troubles à Israël, qu’il ne désire sûrement pas. Quand bien même une infime partie seulement des menaces proférées ces derniers jours par les Palestiniens et les Etats arabes se réalisait, les Israéliens sont susceptibles de payer le prix fort de la promesse tenue par Trump sur le déménagement de l’ambassade.
Trump doit déclarer mercredi la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et ordonner la mise en œuvre du transfert de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, selon des fonctionnaires de la Maison Blanche.
Le déménagement de l’ambassade devrait prendre des années, mais sa seule perspective, avec la reconnaissance de Jérusalem, a levé un vent de menaces sur de possibles violences en Cisjordanie et ailleurs.
S’il s’était agi d’un quelconque autre sujet, cela aurait pu se passer dans le calme. Mais le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déjà montré qu’il faisait de Jérusalem sa priorité suprême. Si du sang doit couler, Abbas sera partie prenante, ou du moins dirigera les opérations.
Trump a fait part sans ambiguïté aux dirigeants arabes de ses projets de déménager l’ambassade, et pas seulement de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Il en a parlé avec Abbas, le roi de Jordanie Abdallah II, l’Égyptien Abdel-Fatah El-Sissi et le roi saoudien Salmane. Tous les Etats sunnites, considérés comme « modérés », ou ceux qui ont avec Israël des liens secrets de sécurité, ont prévenu de répercussions graves en cas de déménagement et d’une escalade de la violence due au mépris de la sensibilité musulmane dans le monde sur ce sujet.
Le roi Mohammed VI du Maroc, la Ligue arabe, l’Arabie-Saoudite, ainsi que l’instance islamique al-Azhar ont tous insisté sur le fait que le transfert de l’ambassade pourrait avoir des conséquences sérieuses. Au premier rang de cette bataille, se trouve Abbas. Il a parlé ces derniers jours à tous les dirigeants arabes et européens, les avertissant qu’une telle action pourrait mener à des violences sur le terrain.
En l’occurrence, vu sous l’angle politique palestinien, Abbas est considéré comme meneur plutôt que suiveur.
Pour Abbas, Jérusalem est un détonateur, comme le drapeau rouge agité sous le nez du taureau. Et ce, depuis le temps où il négociait pour le compte de l’OLP à Camp David en 2000 – il était parmi les dirigeants de Camp David qui refusaient tout accord abandonnant la souveraineté palestinienne sur le mont du Temple – jusqu’à maintenant. Dès que Jérusalem est à l’ordre du jour des discussions sur le Moyen-Orient, Abbas monte au créneau.
En juillet dernier, au moment de la crise sur les détecteurs de métaux au mont du Temple, il a pris une mesure sans précédent en gelant la coordination sécuritaire avec Israël, et maintenant, il est quasiment en train d’ordonner à ses troupes une escalade de la violence. Sa faction du Fatah a publié mardi un communiqué officiel appelant à des « jours de colère » pour mercredi, jeudi et vendredi, ainsi qu’à des manifestations de masse.
On peut imaginer qu’il va aussi donner le feu vert à la milice des Tanzim afin qu’elle envoie ses hommes dans la rue, et même demander aux forces de sécurité de détourner le regard.
Abbas, au moins pour l’instant, semble déterminé à ne pas laisser le Hamas ou quiconque mener la bataille pour Jérusalem, quel qu’en soit le prix. Il pourrait être indifférent aux critiques en cas d’échec de la réconciliation avec le Hamas, du moment qu’on ne l’accuse pas d’abandonner Jérusalem.
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