Israël en guerre - Jour 284

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Le rédacteur en chef du Jewish Chronicle, Jake Wallis Simons, et son nouveau livre, « Israélophobie ». (Avec l'aimable autorisation du Jewish Chronicle)
Le rédacteur en chef du Jewish Chronicle, Jake Wallis Simons, et son nouveau livre, « Israélophobie ». (Avec l'aimable autorisation du Jewish Chronicle)
Interview

Pour le directeur du Jewish Chronicle, « l’israélophobie » excuse le Hamas et diabolise Israël

Dans son nouveau livre, Jake Wallis Simons dit que le système de « deux poids, deux mesures » ancré dans l’antisémitisme est à l’origine d’une situation délétère pour l’État juif

LONDRES — Malheureusement, la sortie du dernier livre de Jake Wallis Simons pourrait difficilement mieux tomber.

Toute l’horreur de son sujet – « l’israélophobie », une haine passionnelle dirigée contre l’État juif – a pris brutalement corps lors de l’attaque barbare du Hamas contre Israël, le 7 octobre dernier, et depuis, dans la manière dont certains, en Occident, ont cherché à la justifier, à l’excuser et même à la célébrer.

Pour Wallis Simons, rédacteur en chef du Jewish Chronicle de Grande-Bretagne, c’est un moment de clarté morale comme l’histoire de l’État en a peu connus, en l’espace de 75 ans.

« C’est un grand moment de clarification qui montre les véritables motivations des gens. Le masque est vraiment tombé », explique-t-il au Times of Israël. « Les gens ne peuvent plus se cacher derrière des grands discours sur la vertu ou la justice sociale. C’est clair. Tant de personnes ont fait la fête ou réagi à ce pogrom, à ce massacre de Juifs en scandant : ‘Libérez la Palestine’ ».

« Partout en Occident, et même ailleurs dans le monde, il y a eu une vague de soutien aux Palestiniens qui n’est rien d’autre qu’un soutien éhonté au meurtre et à la profanation des Juifs », ajoute Wallis Simons. « Je pense que cette période extrême vient mettre en évidence toutes ces dynamiques : on voit désormais qui est qui, où les gens en sont sur la question. »

(Complément d’information : l’auteur de ces lignes écrit régulièrement dans les colonnes du JC sur les questions de politique et d’histoire).

Selon Wallis Simons, ‘l’israélophobie’ n’est rien d’autre qu’une « nouvelle forme trompeuse de la haine la plus ancienne », s’appuyant sur des siècles de théories du complot, de paranoïa et de tropes ciblant les Juifs, les affinant et les utilisant ensuite pour attaquer l’État juif.

Le rédacteur en chef du Jewish Chronicle, Jake Wallis Simons. (Avec l’aimable autorisation du Jewish Chronicle)

Son livre, « Israelophobia: The Newest Version of the Oldest Hatred and What To Do About It [NDLT : Israélophobie : le dernier avatar de la haine la plus ancienne et ce qu’il faut en faire ] », retrace de manière quasi médico-légale la manière dont la haine de l’État juif s’est développée, a été attisée par les nazis pour courtiser les Arabes opposés aux Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale, propagée par l’énorme machine de propagande anti-sioniste soviétique pendant la guerre froide et aujourd’hui diffusée dans le monde entier au moyen d’une campagne de désinformation en ligne sophistiquée soutenue par l’Iran.

Mais, selon Wallis Simons, il y a un rebondissement inattendu dans cette triste histoire. En dépit de ses racines antisémites et d’extrême droite – les propagandistes soviétiques se sont largement inspirés des « Protocoles des Sages de Sion » – l’israélophobie est aujourd’hui « un élément central de points de vue défendus par des progressistes qui définissent une grande partie de ce qu’est notre culture ».

Le frontispice d’une édition de 1912 du « Protocole des sages de Sion ». (Crédit : Wikipedia/ Domaine public)

Grâce à la place prépondérante accordée à l’israélophobie dans le discours d’une petite mais puissante « élite progressiste intolérante », dit-il, « attaquer l’histoire, les valeurs et la culture occidentales va souvent de pair avec attaquer l’État juif ». Ainsi, selon Wallis Simons, « les premiers dans la ligne de mire d’une attaque contre les valeurs occidentales sont les Juifs ».

La puissance de l’israélophobie, dit Wallis Simons, découle de la manière dont l’élite progressiste déploie la terminologie du mouvement pour la justice sociale pour en faire un « cheval de Troie de l’antisémitisme », rendant ainsi « le vieux sectarisme acceptable pour le courant dominant ».

Israël, nous dit-on, est coupable de « nettoyage ethnique » et de « colonialisme » ; c’est un « État suprémaciste blanc » enfoncé jusqu’aux genoux dans le racisme qui pratique l’apartheid. Et il est défendu par un lobby bien financé qui fait des canulars antisémites pour détourner l’attention de ses crimes. La principale caractéristique de l’israélophobie est qu’elle « repose sur des mensonges et des contre-vérités qui sont, dans l’ensemble, manifestement faux », dit Wallis Simons.

Cependant, l’appropriation du langage de la gauche moderne envers Israël a permis à l’hostilité à l’État juif de se répandre à grande échelle – « Je pense que c’est très répandu », dit Wallis Simons. Il cite un sondage de 2012 qui révélait que 63 % des Polonais, 48 % des Allemands et 42 % des Britanniques étaient d’accord avec la déclaration disant « Israël mène une guerre d’extermination contre les Palestiniens ».

Illustration : Des manifestants antiI-Israël défilent sur le campus de l’Université Carnegie Mellon à Pittsburgh le mercredi 26 juillet 2006. (Crédit : AP Photo/Keith Srakocic)

Bien sûr, Wallis Simons reconnaît qu’un pourcentage beaucoup plus faible « adhère profondément » à de telles opinions et « consacrera sa vie à promouvoir l’israélophobie », mais son influence reste puissante. Les « Israélophobes engagés » et la « force de la désinformation, alimentée par la propagande d’État passée et présente – de Berlin à Téhéran – ont établi une puissante attraction gravitationnelle », écrit-il. « Cela permet d’aspirer les gens ordinaires, en particulier à gauche, en étirant la fenêtre d’Overton pour permettre à des hypothèses indéfendables sur Israël de s’infiltrer dans le courant dominant. »

Wallis Simons est cinglant sur la manière dont les mesures de sécurité d’Israël sont souvent caractérisées et combattues en Occident.

« Les Israéliens ne sont pas seulement attaqués physiquement, dans la région, mais aussi idéologiquement, par des gens qui voient en eux, à tort, des instruments d’oppression. »

Il évoque les critiques de la barrière de sécurité israélienne en Cisjordanie, qui a permis d’en finir avec l’essentiel des litanies d’attentats-suicides pendant la Seconde Intifada, la frontière fermée avec Gaza, et l’insistance de nombreux médias à dire que la bande de Gaza reste sous occupation, malgré le retrait d’Israël en 2005.

« Voulez-vous que les Israéliens laissent tomber les frontières ? Nous avons vu ce qui se passe lorsque cela se produit », demande Wallis Simons. « Ce genre d’arguments pseudo-moralistes fallacieux, qui a vocation à saper les velléités d’Israël à se défendre, contribue en fait à la vraie guerre, qui est une guerre pour la destruction d’Israël. »

Wallis Simons, qui s’était spécialisé dans les affaires étrangères avant d’être nommé rédacteur en chef du Jewish Chronicle en 2021, estime que de nombreuses personnes en Occident ne peuvent tout simplement pas comprendre la nature de la menace à laquelle Israël est confronté.

« Je pense qu’il y a une limitation morale, dans l’esprit de la plupart des Occidentaux, qui les empêchent de mesurer le niveau de brutalité, de fanatisme et de cruauté pure qui prédomine dans une grande partie du Moyen-Orient », dit-il.

Il pense que la culture – qui « sacralise le culte de l’effusion de sang » – alimente la « soif de sang de l’Iran et de son fanatisme théologique ». C’est pour lui évident, à la fois dans les « actes de brutalité médiévale absolue » perpétrés par les terroristes du Hamas et dans « la célébration grotesque des meurtres, viols et mutilations… et la profanation des cadavres » qui a suivi la boucherie.

« Parce que c’est tellement loin de nous », dit Wallis Simons, « nous avons tendance à constamment sous-estimer la nature venimeuse de l’Iran » et de ses supplétifs, comme le Hamas et le Hezbollah.

Cela induit plusieurs conséquences dangereuses, estime-t-il. Cela conduit l’Occident à traiter à tort ces entités comme si elles étaient des acteurs rationnels et produit une politique étrangère « douce » d’apaisement, qui permet à l’Iran et à ses mandataires de « prendre l’avantage, encore et encore ». Cela engendre également une « opinion méprisable et lamentable » de l’Occident sur les Israéliens « qui comprennent la menace et prennent des mesures pour se protéger et rester en vie ».

Un Israélien portant un châle de prière priant à côté de maisons détruites par des terroristes du Hamas, au kibboutz Beeri, le 22 octobre 2023. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Wallis Simons ne nie ni les péchés d’Israël ni les injustices subies par les Palestiniens. Il rappelle simplement le contexte pour dénoncer la « diabolisation » au cœur de l’israélophobie. Aussi tragique soit-il, par exemple, le conflit entre Israël et les Palestiniens suscite une énorme attention – selon lui disproportionnée – de la part des médias, des militants et des groupes de défense des droits de l’homme. Mais, souligne-t-il, au cours des 75 années de conflit entre Israël et ses voisins, environ 86 000 Arabes ont été tués. En comparaison, quelque 601 000 personnes ont été tuées au cours des trois années qui ont suivi l’invasion de l’Irak par les États-Unis, tandis que 12 ans de guerre civile en Syrie ont fait un nombre similaire de morts, dont plus de la moitié étaient des civils.

La Semaine contre l’apartheid israélien est aujourd’hui très populaire sur les campus du monde entier, dit Wallis Simons, alors qu’il n’y a pas de Semaine de l’apartheid en Syrie pour commémorer les victimes d’Assad ni de Semaine de l’apartheid chinois pour protester contre le traitement brutal des Ouïghours. « Tout à leur obessions pour les maux de l’État juif », écrit Wallis Simons, « les israélophobes […] sont insensibles aux atrocités commises par des régimes autrement plus déplorables. »

Et, comme le note l’auteur, il ne s’agit pas simplement de comparer Israël à des États autoritaires et meurtriers de masse comme le Myanmar, la Chine ou la Syrie.

« La Grande-Bretagne, l’une des sociétés les plus éclairées et les plus tolérantes que le monde ait jamais connues, a ses propres zones d’ombre », écrit-il, rappelant le traitement sévère infligé par les forces britanniques, dans les années 1950, aux populations de Malaisie ou du Kenya ou, plus récemment, lors de la lutte contre le terrorisme de l’IRA, en Irlande du Nord.

« Pointer du doigt ces deux poids, deux mesures, ce n’est pas de la poudre aux yeux », affirme Wallis Simons. « C’est une façon de montrer de quelle manière Israël est diabolisé. »

Et cette diabolisation – l’une des principales caractéristiques de l’israélophobie, selon le livre – n’est qu’un prélude à la tentative de destruction d’Israël. Après tout, si Israël est en effet un État d’apartheid, « suprémaciste blanc », qu’il agit comme les nazis et pratique le nettoyage ethnique, pourquoi ne devrait-il pas être traité comme un paria et étouffé dans l’oeuf ?

L’Israël de Wallis Simons n’est pas une utopie. Il critique la politique du gouvernement israélien à l’égard de ses citoyens arabes, suggérant qu’il faut en faire plus pour réduire les inégalités sociales et économiques et favoriser un « sentiment plus large d’identité nationale ». Il n’a pas de temps à perdre avec les extrémistes juifs marginaux, comme le gang de résidents d’implantations qui a saccagé Huwara en février dernier.

Il n’a pas davantage de tendresse pour les partis d’extrême droite qui siègent dans la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Mais Wallis Simons est catégorique sur un point : leur présence et leur discours ne devraient en aucun cas être utilisées pour justifier l’israélophobie.

« Je me méfie toujours de l’idée selon laquelle l’antisémitisme est de la faute des Juifs », dit-il. Il poursuit en citant Zeev Jabotinsky : « Comme l’une des premières conditions de l’égalité, nous exigeons le droit d’avoir nos propres méchants, exactement comme les autres. »

Wallis Simons poursuit : « Aujourd’hui plus que jamais, les méchants d’Israël sont sur le devant de la scène, mais le fait de ne tolérer aucun méchant au sein de la communauté juive – d’appeler Israël, comme l’a dit Saul Bellow, à « supporter les fardeaux moraux que tout le monde a déversés » – fait partie de la diabolisation et n’est qu’une excuse pour l’antisémitisme. Les antisémites sont extrêmement doués, non seulement pour trouver des couvertures et des alibis, mais aussi pour trouver des excuses.

En dernière analyse, dit Wallis Simons, Israël n’est « qu’un pays parmi d’autres, avec ses qualités et ses défauts ». Il y a, selon le livre, beaucoup de choses à critiquer et le pays ne devrait pas être à l’abri des critiques légitimes. Il y a, cependant, une ligne à tracer : « Si vous vous égarez du côté de la théorie du complot, de la bigoterie et de la diabolisation », dit-il, vous entrez dans le territoire de l’israélophobie.

« Israelophobia », par Jake Wallis Simons. (Autorisation)

Israël n’est peut-être « qu’un pays comme les autres », mais il est aussi en première ligne d’une bataille extraordinaire, affirme Wallis Simons.

Le massacre sauvage perpétré par le Hamas, estime-t-il, a « clairement montré, plus que jamais, à quel point il nous incombe, à tous, de nous tenir aux côtés du libéralisme, de l’État de droit, de la liberté d’expression et du respect des minorités contre ce mouvement islamo-fasciste qui trouve des idiots utiles au sein de la gauche pour faire avancer sa cause ».

Israelophobia par Jake Wallis Simons.

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