Quelles sont les plus importantes découvertes de l’archéologie israélienne ?
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La pièce manquante qui les relie

Quelles sont les plus importantes découvertes de l’archéologie israélienne ?

Des Rouleaux de la mer Morte aux technologies de l'ère spatiale, l'histoire spectaculaire de ce domaine en développement constant est immanquablement entremêlée à celle du pays

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Professeur Eleazar Sukenik. (Crédit : autorisation)
Professeur Eleazar Sukenik. (Crédit : autorisation)

29 novembre 1947. Alors même que les Nations unies votaient la fin de la Palestine mandataire britannique et établissaient deux Etats – Juif et arabe – en Palestine, le fondateur de l’archéologie juive sur la Terre d’Israël tenait entre ses mains l’un des plus grands trésors historiques de tous les temps : Les rouleaux de la mer Morte.

Dans son journal, ce soir-là, le professeur Eleazar Sukenik avait écrit : « Aujourd’hui, on m’a montré un morceau de rouleau. Je n’ose pas écrire ce que j’en pense ».

Le jour suivant, les implantations juives, sur tout le territoire, étaient attaquées mais le professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem savait qu’il devait se rendre à Bethléem pour acquérir tous les fragments de rouleaux possible avant que cette opportunité ne disparaisse.

Rapidement, Sukenik avait demandé des conseils sur des voies de passage sûres pour son déplacement à son fils, un officier de la défense secrète appelé Yigal Yadin (qui devait devenir plus tard général, puis politicien avant de finalement suivre les traces de son père en archéologie).

Selon une transcription d’une conférence donnée dans les années 1950, le fils aurait dit à son père : « En tant que militaire, j’ai répondu qu’il ne devait pas effectuer ce voyage, en tant qu’archéologue, qu’il devait y aller ; et en tant que fils – que mon opinion était réservée ».

Eleazar Sukenik, photographié en 1951 (Eldan David – Collection nationale Photo / Wikipedia)

Sukenik avait alors récupéré les autres rouleaux et fragments détenus par un antiquaire de Bethléem. Après une étude minutieuse, il avait organisé une conférence de presse pour présenter ses conclusions initiales dans l’immeuble à moitié détruit de l’Agence juive, dans une ville de Jérusalem déchirée par la guerre. Un long article paru en 1955 dans le New Yorker dépeint l’image du pilonnage quotidien des quartiers de la Nouvelle Jérusalem entre « trois et cinq heures, tous les après-midis » – exactement à l’heure et dans l’un des quartiers choisis pour cet événement organisé pour la presse.

« Pour s’y rendre, il fallait du courage. Un correspondant américain s’est évanoui dans la rue, sur le chemin, et il a dû être pris en charge par ses collègues. Les journalistes ont été sidérés lorsque Sukenik, qui paraissait très peu perturbé par les éclats et les explosions autour de lui, a annoncé la découverte des rouleaux de la mer Morte », avait écrit le journaliste Edmund Wilson.

Alors que Sukenik décrivait sa trouvaille, « un obus a explosé. Les reporters avaient tout d’abord été irrités qu’on leur ait demandé de risquer leur vie pour de vieux manuscrits mais ils ont finalement été impressionnés par l’enthousiasme triomphant du savant ».

Les premières recherches sur les rouleaux de la mer Morte au Rockefeller Museum, à Jérusalem Est (Autorisation du laboratoire des rouleaux de la mer Morte, AAI)

Aujourd’hui, les rouleaux de la mer Morte sont largement considérés comme « LA » découverte archéologique du 20e siècle. Parallèlement au domaine de l’archéologie israélienne lui-même, des méthodologies scientifiques entières et des innovations technologiques consacrées à leur préservation ont été développées depuis leur trouvaille spectaculaire.

La cheffe de l’unité des rouleaux de la mer Morte au sein de l’Autorité des antiquités israéliennes Pnina Shor inspecte un fragment du rouleau 11QPsalm. (Crédit : Shai Halevi)

Tandis que les chercheurs s’asseyaient, la cigarette entre les lèvres, touchant les fragments antiques à mains nues – et les voyant souvent se désintégrer entre leurs doigts – le laboratoire des rouleaux de la mer Morte de l’Autorité des Antiquités israéliennes présente aujourd’hui une atmosphère qui appartient résolument à l’ère spatiale. Ce qui n’est guère étonnant : Avec à sa tête Pnina Shor, cette unité immaculée utilise des techniques d’imagerie high-tech qui émanent directement du laboratoire de propulsion par réaction de la NASA.

Même s’ils sont les joyaux de la couronne de l’archéologie israélienne, les rouleaux de la mer Morte ne sont qu’une pièce du puzzle antique que les chercheurs tentent actuellement de déchiffrer alors qu’ils revisitent le passé pour esquisser une image plus claire de ceux qui ont foulé cette terre bien avant la fondation de l’Etat juif.

Pour les 70 ans de l’Etat d’Israël, le Times of Israel a demandé aux plus grands archéologues quelles ont été, selon eux, les découvertes ou les développements les plus importants dans le domaine de l’archéologie israélienne – et aussi pourquoi.

L’archéologie israélienne est un sport d’équipe

Lorsqu’elle n’entreprend pas des fouilles aux abords de la Vieille Ville de Jérusalem, la docteure Eilat Mazar est installée à l’Institut d’archéologie de l’Université hébraïque, sur le campus du mont Scopus. Dans un bel immeuble en pierres – il faut dire qu’elle s’y sent presque comme chez elle. La chercheuse est la petite-fille de l’archéologue israélien pionnier Benjamin Mazar, ancien président de l’université, qui aura dirigé ce qui reste probablement les fouilles les plus significatives effectuées sur un site biblique en Israël : Ses excavations, de 1968 à 1978, menées dans les zones adjacentes du mont du Temple à Jérusalem.

Alors que Mazar – la jeune – a été à l’origine de certaines des découvertes les plus vantées par les médias ces dernières années lors de son travail mené dans la cité de David, ce ne sont pas ces travaux qu’elle veut toutefois mettre en exergue lorsqu’elle évoque 70 années d’archéologie israélienne, mais plutôt l’envergure et la diversité du secteur.

L’archéologue Eilat Mazar à l’Ophel Excavations 2018 à Jérusalem. (Capture d’écran YouTube)

« C’est le domaine dans son ensemble qui est important – sa recherche, son enseignement, son patrimoine – il part d’aujourd’hui et remonte à des millions d’années », s’exclame Mazar. « Les archéologues israéliens sont des chercheurs de classe mondiale et un grand nombre d’entre eux sont au passage des femmes. Dans un secteur considéré comme ‘macho’, il y a de nombreuses femmes archéologues en Israël ».

En raison de la localisation de l’Etat juif, un carrefour entre les continents, ajoute Mazar, « notre territoire est un centre culturel significatif de la préhistoire jusqu’à aujourd’hui ».

« Je constate [parmi les chercheurs israéliens] l’étude et la reconnaissance de processus dynamiques, de différentes cultures qui se sont recoupées – l’étude de quoi a influencé quoi », poursuit Mazar, qui souligne le travail remarquable mené dans le domaine de la préhistoire par une équipe de chercheurs « maison » qui ont été élevés au sein de l’institut.

« Bien sûr, au premier rang de notre curiosité culturelle, il y a nous-mêmes… Nous [les Juifs] sommes ici et nous nous plaçons au centre mais vraiment, il y a des chercheurs de tous les domaines, de toutes les profondeurs et de toutes les périodes », dit-elle.

Le professeur Aren Maeir dans le laboratoire du projet archéologique Tell es-Safi/Gath à l’université Bar Ilan (Autorisation)

Le professeur Aren M. Maeir de l’université de Bar-Ilan va plus loin. Le directeur du projet archéologique Tell es-Safi/Gath affirme qu’au cours des dernières décennies, le secteur est passé d’une « version démodée, provinciale de la profession d’archéologue » à des pratiques high-tech. « Le caractère à la pointe de la technologie de la ‘nation start-up’ apparaît intégralement dans l’archéologie israélienne », explique-t-il.

« Les recherches inter- et multi-disciplinaires, la volonté de revérifier des paradigmes qui paraissent établis et les avancées faites à pas de géant, à travers diverses méthodes, dans la compréhension du passé sont très impressionnantes », affirme l’archéologue né à New York.

Parmi les institutions qui font la promotion de ces méthodes interdisciplinaires de l’étude archéologique, l’université de Tel Aviv, qui accueille des laboratoires d’archéozoologie, d’archéobotanique, de pétrographie et de métallurgie.

Eminent professeur à l’université de Tel Aviv, Israel Finkelstein prédit que le secteur va continuer à avancer dans cette direction interdisciplinaire et high-tech. L’une de ses équipes, à l’université, a récemment utilisé l’imagerie multispectrale et a découvert des inscriptions en hébreu qui n’avaient jamais été vues auparavant sur un fragment datant de l’époque du Premier Temple en utilisant une caméra numérique modifiée ainsi qu’une nouvelle technique révolutionnaire.

Le docteur Erez Ben-Yosef et la docteure. Naama Sukenik examinent des fragments de textiles colorés retrouvés à Timna (Crédit : Yolli Schwartz, Autorisation de l’Autorité des antiquités israéliennes)

« Cette orientation de l’archéologie vers les méthodes des sciences exactes et de la vie – elle continuera à impacter la discipline au cours des prochaines années, en particulier dans le domaine de l’ADN ancien », commente Finkelstein.

Une jeune chercheuse s’intéressant très étroitement aux vestiges physiques des cultures passées en Israël est la docteure Dafna Langgut, de l’université de Tel Aviv. Egalement conservatrice des collections de pollen, de bois, de charbon et d’archéobotanique au musée d’histoire naturelle Steinhardt, qui ouvrira bientôt ses portes, la discipline de l’archéobotanique – celle à laquelle se consacre Langgut – implique l’identification des vestiges botaniques dans le contexte de l’archéologie. Par exemple, elle et son équipe ont découvert des pollens de citron dans un jardin privé de Jérusalem datant de la période du Premier temple.

« L’archéologie de l’antique Israël jusqu’à récemment s’est principalement intéressée aux preuves macroscopiques, c’est-à-dire à celles qui sont observables à l’oeil nu – en particulier des silex, des ossements d’animaux, l’architecture, la poterie et ainsi de suite », explique Langgut au Times of Israel.

« Beaucoup d’informations supplémentaires peuvent être néanmoins extraites du registre micro-archéologique – le registre qui est révélé avec l’aide des microscopes. Il comprend, par exemple, les grains de pollen fossiles et les phylotothes (les organismes minéralisés que les plantes produisent) qui peuvent fournir des informations sur l’usage des matières végétales », ajoute-t-elle.

La professeure Dafna Langgut est à la tête du laboratoire d’archéobotanique à l’Université de Tel Aviv (Autorisation)

Un dépôt d’ordures comme celui qui a été récemment retrouvé dans la cité de David ou d’anciennes canalisations peuvent être un trésor pour de telles études.

« Les restes de parasite microscopique peuvent mettre en lumière les anciennes maladies », note Langgut. Savoir ce qui a tué nos ancêtres peut également éclairer ce qu’ont été leurs existences.

Un autre scientifique « hybride » éminent de la profession est le professeur Guy Bar-Oz, chef du laboratoire d’archéozoologie à l’Institut Zinman d’archéologie à l’université de Haïfa.

« Je suis un biologiste qui travaille avec des matériels archéologiques pour répondre à des questions anthropologiques. Mes principaux efforts de recherche s’intéressent au développement et à l’application de nouvelles méthodes qui sont utilisées pour reconstruire en haute résolution la culture et le paysage environnemental des société éteintes ou passées », dit Bar-Oz.

« Dans la mesure où il nous sera impossible de jamais rencontrer ou parler directement avec les populations que nous étudions, nous devons développer à la place de multiples lignes de preuves indépendantes qui sont utilisées comme supplétifs pour reconstituer le passé humain », indique Bar-Oz. Ce qui inclut ce que les cultures antiques mangeaient, la manière dont elles cultivaient leur alimentation. « Nous investissons une grande partie de nos activités de recherche à extraire des données des génomes des plantes et animaux antiques ».

« Maintenant, pour la première fois dans l’histoire, les choses tournent en notre faveur avec cette revendication active de ces connaissances perdues, en capitalisant sur une nouvelle vague de percées technologiques dans notre capacité à déchiffrer le code des génomes anciens en cours de détérioration », explique Bar-Oz.

Le professeur Guy Bar-Oz, chef du laboratoire d’archéozoologie à l’institut Zinman d’archéologie de l’université de Haïfa, lors d’une fouille dans le Negev (Autorisation)

Parmi les projets dans lesquels Bar-Oz est impliqué, le projet bio-archéologique entrepris dans le désert du Negev qui tente de comprendre les conditions de vie dans la région durant la période byzantine, en allant de l’agriculture à la viticulture. Les chercheurs espèrent « faire revivre et retrouver les anciens élevages et les cultivateurs antiques et leurs récoltes », précise-t-il.

« Des projets en cours à la pointe de la technologie dans de telles directions couvrent les secteurs déterminants de la résistance à la maladie, de la sécurité alimentaire et de la biodiversité, ainsi que la restauration des génomes d’espèces de plantes et d’animaux qui se sont éteintes. L’archéologie hybride, avec sa communauté forte de scientifiques spécialisés, en Israël, vise à être en première ligne dans ce rôle nouveau et concret pour l’avancement sociétal contemporain et pour garantir un avenir plus durable », note Bar-Oz.

Les archéologues doivent-ils « prouver » la bible ?

Beaucoup d’encre a coulé sur un débat en cours passionnant qui entoure l’exactitude historique de la bible.

Concernant l’archéologie biblique, certains d’entre nous ont été libérés de la lecture non-critique du texte

Dans un échange de courriels avec le Times of Israel, Finkelstein, professeur à l’université de Tel Aviv, explique essentiellement ce qui, pour lui personnellement, est révolutionnaire dans le secteur actuel de l’archéologie israélienne : « En ce qui concerne l’archéologie biblique, certains d’entre nous ont été libérés d’une lecture non-critique du texte », écrit-il.

« Les traditions bibliques doivent être lues avec en arrière-plan l’époque de leur composition, l’idéologie des auteurs », avait écrit Finkelstein dans une correspondance précédente entourant une nouvelle quête du tabernacle de Shiloh.

« Je crois fortement qu’on doit conduire une recherche archéologique avec la meilleure méthode et mener une exégèse biblique avec la meilleure méthode. Il n’est pas nécessaire de commencer dans la perspective de confirmer ou d’infirmer le caractère historique d’un texte biblique donné », selon Finkelstein.

L’archéologue israélien, le professeur Israel Finkelstein, en mars 2017 (Crédit : Argonauter, CC-BY-SA, via wikipedia)

Finkelstein est l’un des quelques spécialistes en archéologie contemporaine qui prennent la bible non pas en tant que cadre, mais plutôt comme une parmi plusieurs sources d’information. Avec certaines nuances, on peut dire que deux écoles générales de pensée ont émergé – avec le « nouvel » Israël, Tel Aviv – qui se place du côté des notions non-préconçues dans la recherche – versus Jérusalem, dans une approche plus biblique, avec des moyens de recherche plus traditionnels.

Encore considérée comme controversée par certains segments de l’érudition biblique internationale, l’école de pensée critique de Tel Aviv a connu des percées au cours des dernières décennies.

« La majorité des archéologues professionnels israéliens (mais pas tous) ne sont plus dans un ‘engagement’ idéologique d’utiliser leurs recherches pour prouver des idéologies nationalistes », explique Maeir, de Bar-Ilan.

« La connexion individuelle qui était souvent faite dans le passé (et aujourd’hui parfois encore) entre les découvertes archéologiques et leur signification politique/idéologique est moins ressentie chez les archéologues professionnels », ajoute Maeir.

« Elle est toutefois encore très présente dans le public en général », poursuit-il (un article récent paru dans la Biblical Archaeology Review a noté 40 années de débat sur la controverse « minimaliste-maximaliste).

Des découvertes qui confirment des ‘souvenirs’ bibliques

La conversation est également très vive à Jérusalem.

« Un débat majeur vieux de 40 ans tourne autour de l’historicité de la bible hébraïque », note le professeur Yosef Garfinkel, chef de l’Institut de l’Université hébraïque, s’adressant au Times of Israël.

Yosef Garfinkel avec un modèle de tombeau en pierre découvert à Hirbet Qeiyafa (Autorisation de l’université hébraïque de Jérusalem)

Lors des dernières décennies, il y a eu plusieurs découvertes qui ont pu être interprétées comme un renforcement du narratif biblique – dont plusieurs ont été retrouvées dans la Vieille Ville de Jérusalem. Parmi les plus récentes, une inscription sur un sceau en argile portant ce qui pouvait être le nom du prophète Esaïe, découverte par Mazar lors de fouilles récentes renouvelées à Jérusalem.

« Nous semblons avoir découvert une inscription sur un sceau qui a pu appartenir au prophète Esaïe lors d’une fouille archéologique scientifique », avait affirmé Mazar dans un communiqué de presse émis au mois de février.

Garfinkel donne au Times of Israel plusieurs autres exemples de preuves archéologiques qui viennent soutenir le récit biblique.

Le site de Khirbet Qeiyafa dans la vallée d’Elah. (Crédit : Skyview Société / avec l’autorisation de l’université hébraïque et Israel Antiquities Authority)

« Quelques trouvailles indiquent que la bible contient, en effet, une réelle mémoire historique », commente Garfinkel qui est à la tête d’expéditions archéologiques à Khirbet Qeiyafa, Tel Lachish et Khirbet er-Rai.

Garfinkel explique que les fouilles entreprises dans la ville fortifiée de Khirbet Qeiyafa « indiquent une société urbaine en Judée à l’époque du roi David ». Un tombeau mobile découvert à Khirbet Qeiyafa « indique une architecture royale en Judée à l’époque de David et de Salomon ». Selon Garfinkel, « le texte biblique décrit une architecture similaire qui était utilisée à cette période ».

Parmi d’autres découvertes présentant un intérêt au niveau biblique, Maeir souligne l’altar à deux cornes en pierre trouvé par son équipe, le Tell es-Safi/Gath philistin ainsi que l’inscription de temple « Patgaya » du Tel Miqne-Ekron philistin.

Mais parmi les toutes premières trouvailles mises en exergue par Maeir et Garfinkel, la stèle de Tel Dan remise au jour en 1993 et arborant une inscription sur un bloc de pierre du 9e siècle avant l’ère commune qui mentionne « la maison de David ». La pierre et son inscription fragmentaire sont appelées par certains « la première preuve historique du roi David ».

La stèle de Tel Dan mentionne ‘la maison de David’. Elle a été découverte par Avraham Biran en 1993. (Autorisation : Professeur Yosef Garfinkel)

Tout en ne nommant pas spécifiquement ce roi légendaire, selon la Biblical Archaeology Review, elle raconte la victoire d’un roi araméen sur ses deux voisins du sud : Le « roi d’Israël » et « le roi de la maison de David ».

Archéologues sans frontières ?

Le lieu de la découverte du fruit le plus célèbre de l’archéologie israélienne, les rouleaux de la mer Morte, se situe en définitive hors des frontière de l’Etat juif.

« Les rouleaux de la mer Morte ont été décrits comme étant la découverte archéologique la plus importante du 20ème siècle – et je suis d’accord avec ça », écrit la professeure Jodi Magness, de l’université de Caroline du Nord, dans un échange de courriels avec le Times of Israel.

L’archéologue de l’université de Caroline du nord Jodi Magness. (Crédit : George Duffield © J3D US LP)

« Les premiers rouleaux ont été découverts en 1946-47, avant l’établissement de l’Etat d’Israël mais la majorité a été trouvée après 1948. Bien sûr, Qumran (où les rouleaux ont été trouvés) est en Cisjordanie », écrit Magness.

Magness, auteure du livre lauréat L’archéologie de Qumran et les rouleaux de la mer Morte, dirige actuellement les fouilles menées dans une synagogue de l’ère romaine à Huqoq, qui a permis de retrouver des mosaïques étonnamment belles et inhabituelles illustrant des scènes bibliques – et notamment la première représentation de Jonas dans une synagogue ancienne. « Tout cela est en train de révolutionner notre compréhension de ce qu’était le judaïsme dans la période talmudique et l’implantation juive en Galilée romaine-byzantine », écrit-elle en évoquant ses fouilles actuelles.

Un poisson avale un soldat égyptien sur une mosaïque montrant la scission de la mer Rouge au cours de l’Exode, dans la synagogue du 5e siècle de Huqoq, au nord d’Israël (Crédit : Jim Haberman/University of North Carolina Chapel Hill)

Mais pour Magness, c’est la découverte, en 2007, du tombeau de Hérode à Herodium par feu l’archéologue israélien Ehud Netzer qui est la trouvaille la plus importante qui ait été récemment faite.

Une fois encore, Magness s’interroge : « Je ne suis pas sûre si on pourrait la considérer [comme la trouvaille la plus importante] dans la mesure où Herodium, bien entendu, est en Cisjordanie, hors de la Ligne verte ».

De la même manière, l’un des parcs archéologiques les plus développés et agréables d’Israël aujourd’hui, la cité de David à Jérusalem, est construit sur des terres annexées par l’Etat d’Israël après la guerre des Six jours de 1967. Pour certains – et parce qu’il est administré par Elad, une organisation qui fait la promotion d’une connexion juive à Jérusalem, même dans les quartiers traditionnellement arabes – ce fait suffit à créer la controverse autour de ce site historique du patrimoine.

Un groupe de diplomates africains observent les pierres de fondation du mur occidental à Jérusalem, sous la zone connue sous le nom d’Arche de Robinson, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)

Mais pour l’ancien archéologue chargé du district de Jérusalem à l’Autorité des antiquités israélienne, le professeur Dan Bahat, qui a fouillé les tunnels du mur Occidental au milieu des années 1980, « l’histoire globale » de l’archéologie israélienne dans la capitale n’a pu véritablement commencer qu’après la guerre des Six jours. Seulement à ce moment-là, certains lieux antiques de Jérusalem n’ont pu être mis à la disposition de la recherche scientifique.

Même s’il y avait eu des fouilles sur des sites de Jérusalem-Est avant la fin du mandat britannique, « un grand nombre des questions soulevées par les travaux réalisés avant 1967 n’ont pu avoir de réponse qu’après ».

Dans une conversation téléphonique avec le Times of Israel, Bahat se souvient d’une première visite dans une partie de la Cité de David appelée zone G « où il n’y avait presque rien à voir ». Aujourd’hui, dit-il, « une visite à la cité de David prend presque la moitié d’une journée, sinon plus, et c’est très excitant de s’y rendre ».

Une vue de pierres de construction du Second Temple détruit depuis la plateforme pluraliste de prière située aux abords du mur Occidental (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)

Il qualifie le parc archéologique Davidson de « joyau de la couronne » de l’archéologie de Jérusalem, se référant au site adjacent au mur Occidental qui devrait accueillir un plan gouvernemental de construction d’un pavillon pluraliste de prière (Bahat a déposé une pétition auprès de la Haute-cour pour stopper son édification).

Pour l’archéologue qui est maintenant à la retraite, le segment du parc appelé communément l’arche de Robinson est de la plus haute importance.

« Nulle part ailleurs, il est possible de voir si clairement les résultats de la conquête romaine de l’an 70 de l’ère commune, et de ressentir véritablement comment tout s’est terminé », explique Bahat.

Le parc archéologique Davidson dans la Vieille Ville de Jérusalem, au mois d’avril 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

La vue d’ensemble

L’été passé, une équipe d’archéologues de l’Autorité des antiquités israélienne a dévoilé une section massive de huit mètres de profondeur du mur Occidental de Jérusalem, soustraite aux regards pendant 1 700 ans. Capturant les unes des médias à l’international, le monde a été ému face à ce premier aperçu d’une autre proportion souterraine énorme du mur qui symbolise dorénavant le lieu de prière le plus saint pour le judaïsme.

Mais pour les archéologues, estime le directeur des fouilles, Joe Uziel, la « réelle surprise » a été la découverte d’une structure ressemblant à un théâtre romain, qu’ils ont qualifié de fenêtre jamais ouverte auparavant sur la vie publique de la ville qui venait d’être conquise par Rome suite à sa destruction en l’an 70 de l’ère commune.

Les archéologues de l’Autorité des antiquités israéliennes, de gauche à droite, Tehillah Lieberman, le docteur Joe Uziel et le docteur Avi Solomon sur le site d’une structure ressemblant à un ancien théâtre antique, caché pendant 1700 ans, et adjacent au mur Occidental, en-dessous de la vieille ville, le 16 octobre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Noté par Flavius Joseph et d’autres sources anciennes, ce petit théâtre – de 200 à 300 sièges – a échappé aux fouilles de Jérusalem pendant environ 150 ans. C’est le premier exemple remis au jour d’une construction publique romaine à Jérusalem, ont déclaré les archéologues lors d’une conférence de presse souterraine, organisée l’été dernier.

Récemment interrogé par le Times of Israel sur ce qui serait, selon lui, la découverte la plus importante des 70 dernières années en termes d’archéologie, Uziel rétorque qu’il est « impossible » de répondre à cette question.

« Parce que dans mon esprit, l’archéologie est un puzzle que nous tentons d’assembler et que chaque pièce a son importance. Même si vous avez les plus grandes, et si la petite pièce qui les relie vous manque – elles n’auront aucun sens », estime Uziel.

Le docteur Joel Uziel de l’Autorité israélienne des Antiquités tient des sceaux de la période du Premier temple dans la Cité de David à Jérusalem, en août 2017 (Crédit : Eliyahu Yanai, City of David)

« Si nous étions en possession des rouleaux de la mer Morte – qui sont de manière définitive des fragments extrêmement importants de la recherche archéologique – mais que nous ne savions pas ce qu’il se passait, à cette époque, à Jérusalem ou à Qumran, alors nous serions moins en mesure de les comprendre », explique Uziel.

Chaque artefact n’ayant pas de précédent a une « importance extrême », dit-il, en cela qu’il vient compléter un lien dans la chaîne de compréhension des activités humaines.

« Ainsi, dans mon esprit, la ‘trouvaille’ la plus importante est la continuation des recherches menées et publiées qui permettent à la prochaine pièce du puzzle de s’assembler », dit Uriel.

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