Qui sont les 20 personnes tuées en Israël par des attaques de missiles balistiques iraniens ?
Une famille entière décimée à Haïfa, trois frères et sœurs tués à Beit Shemesh, plusieurs immigrés et deux travailleurs étrangers font partie des victimes de ces 40 jours de combats
Depuis le début des combats qui opposent depuis 40 jours les États-Unis et Israël à l’Iran, ce sont 20 civils israéliens et étrangers qui ont perdu la vie en Israël, victimes d’attaques de missiles balistiques iraniens.
Voici leurs histoires.
28 février, Tel Aviv
La guerre a fait sa première victime en Israël le 28 février, premier jour des combats. Mary Ann Velasquez De Vera, une soignante d’origine philippine, a été tuée par un missile balistique iranien qui s’est abattu sur un immeuble résidentiel à Tel Aviv.
Elle a été « blessée alors qu’elle aidait courageusement sa patiente à se mettre en sécurité », a déclaré l’ambassade d’Israël à Manille. La femme dont elle s’occupait a pu être extraite vivante des décombres.
De Vera, 32 ans, était enceinte. C’est en tant qu’aide-soignante auprès d’une femme âgée de Beer Sheva, Doris Gurin, décédée en 2021, qu’elle a fait ses premiers pas en Israël en 2019. Les deux filles de Gurin ont confié au Times of Israel à quel point elle était généreuse et dévouée.
« Elle avait un sourire merveilleux. Nous l’avons emmenée chez notre mère. Elles se sont immédiatement jetées dans les bras l’une de l’autre : un véritable coup de foudre », a raconté Barbara Wachspress.
Sa sœur, Janice Prawer, a ajouté que De Vera « faisait partie de notre famille. C’était un rayon de soleil, une personne si unique, attentionnée et dévouée. »
1er mars, Beit Shemesh
L’attaque la plus meurtrière de cette vague de combats a eu lieu le 1er mars. Un missile balistique iranien a frappé Beit Shemesh, tuant neuf personnes, détruisant une synagogue et heurtant directement un abri antiaérien.
Parmi les victimes figuraient trois adolescents, frères et sœurs : Yaakov Biton, 16 ans, Avigail Biton, 15 ans, et Sara Biton, 13 ans. Ils laissent dans le deuil leurs parents, Tamar et Yitzhak, ainsi que leur jeune sœur, Rachel.
Dans une interview accordée à l’Associated Press, Tamar a expliqué que Yaakov, leader et orateur né, étudiait à la yeshiva que dirigeait son mari, et qu’il était connu pour son aptitude à amener ses amis à se rapprocher de la pratique juive. Avigail était intelligente, sensible et attentionnée. Quant à Sarah, c’était une véritable tornade, toujours prête à donner un coup de main à la maison et au sein de la communauté.
« Par leurs vies, ils ont rendu gloire à Dieu. Et même après leur mort, ils continuent de le glorifier », a déclaré Yitzhak au média.
Gavriel Ravach, 16 ans, un camarade de classe de Yaakov, a également été tué lors de l’impact du missile.
« Gavriel était le genre de personne dont la présence mettait tout le monde à l’aise ; c’était un excellent frère et un très bon ami. Il avait une place unique dans le cœur de ceux qui le connaissaient », a déclaré son frère, Refael, à Galei Tsahal.
« Toute la souffrance et toute la douleur sont un moteur qui nous pousse à continuer de répandre la lumière. Tant que nous continuons à faire le bien et à donner de nous-mêmes, nous sentons que Gavriel est avec nous », a-t-il ajouté.
Ronit Elimelech, 44 ans, et sa mère Sara Elimelech, 67 ans, ont également perdu la vie dans cette attaque. Ronit laisse derrière elle ses trois enfants, qui ont tous été secourus sur les lieux de l’attaque, à l’instar du mari de Sara et père de Ronit, Yaakov. Les deux femmes laissent également dans le deuil les quatre frères et sœurs de Ronit.
Ronit était bénévole au sein de l’organisation United Hatzalah, et suivait une formation d’infirmière, a indiqué l’une de ses amies.
« Ronit était l’incarnation même de l’altruisme et du professionnalisme », a souligné Eli Beer, président de United Hatzalah. « Elle répondait présent chaque fois qu’on appelait à l’aide, jour et nuit. Même dans ses derniers instants, alors qu’elle se précipitait vers l’abri, accompagnée de sa famille, elle avait toujours à portée de main sa trousse médicale et son gilet orange, prête à sauver des vies. »
Momi, fils de Sara et frère de Ronit, a raconté à une station de radio que sa mère cuisinait depuis dix ans pour les soldats de l’armée israélienne : « Ma mère était une personne très généreuse. Elle cuisinait et envoyait des dons à l’armée, aux soldats, tous les ans depuis dix ans. »
Une autre mère et son enfant ont également perdu la vie lors de l’attaque de Beit Shemesh. Il s’agit de Bruria Cohen, âgée de 76 ans, et de son fils Yosef (Yossi) Cohen, âgé de 41 ans.
Yossi laisse dans le deuil sa femme, Pnina, et leurs quatre enfants. Bruria laisse derrière elle ses enfants et ses petits-enfants.
Lors des funérailles, Pnina est arrivée directement de l’hôpital, où elle avait été soignée pour ses blessures. Elle a ensuite déclaré : « Yossi, merci pour ces 14 ans passés à tes côtés, dans les bons comme dans les mauvais moments. Tu as toujours été là pour moi. »
« On dit que ce sont les meilleurs qui partent en premier. Tu étais le meilleur de tous. On ne pouvait pas rêver mieux », a-t-elle ajouté. « Je t’aime, et tu seras toujours dans mon cœur. »
Tamir, le fils de Bruria et le frère de Yossi, a pour sa part confié, lors des funérailles, que sa mère était « pleine d’amour. Comment te dire au revoir ? Comment ? »
La neuvième victime de ce tir de missile sur Beit Shemesh s’appelait Oren Katz. Ce père de famille âgé de 46 ans laisse derrière lui son épouse, Smadar, ainsi que leurs quatre enfants.
Interrogée par la chaîne publique Kan, Smadar a expliqué que toute la famille s’était réfugiée dans l’abri antiaérien. Oren était resté près de la porte, attendant que tout le monde soit à l’intérieur pour la refermer. Mais il n’en a pas eu le temps. L’impact du missile l’a tué sur le coup ; le reste de la famille a survécu.
« C’est sa gentillesse qui lui a coûté la vie », a ajouté Smadar.
Lors des funérailles de son mari, Smadar a raconté qu’Oren lui disait toujours « qu’il était important de donner », « et cette générosité t’a coûté la vie… tu m’as appris ce que signifie donner. Pardonne-moi si je n’en ai pas fait assez. Je t’aime, Oren. »
9 mars, Yehud
Deux ouvriers du bâtiment israéliens de Petah Tikva ont été tués à Yehud le 9 mars après qu’une sous-munition de bombe iranienne à fragmentation s’est abattue sur leur chantier.
Rustam Gulomov, 61 ans, est mort sur le coup. Amid Mortozov, 40 ans, mortellement blessé, a succombé le lendemain.
Gulomov avait quitté l’Ouzbékistan pour s’installer en Israël en 2011. Depuis, il travaillait dans le bâtiment. Il laisse dans le deuil sa femme, ses deux enfants et ses quatre petits-enfants.
Sa fille, Sabrina, a indiqué dans un communiqué qu’il était « le meilleur père du monde » et qu’il « prenait toujours soin de toute sa famille, de sa mère, de ses enfants et de ses petits-enfants ».
Son fils, Sardar, premier membre de la famille à s’être installé en Israël afin de s’enrôler dans l’armée, a expliqué que le reste de ses proches l’avaient ensuite suivi. Il a évoqué « un père de famille dévoué ».
Mortozov s’était installé en Israël avec sa famille en 2007, après avoir quitté l’Azerbaïdjan. Il laisse dans le deuil sa femme et leurs trois enfants âgés de 15, 12 et 4 ans.
Lors de ses funérailles à Petah Tikva, le frère de Mortozov, Emil, a pris la parole : « Mon frère était quelqu’un de bien. Nous étions proches, comme le sont les frères. Tant de personnes sont venues lui rendre hommage. Il était un bon père pour ses enfants. Si seulement tous les parents étaient comme lui. »
Son fils, Jubran, a confié : « Tu me manques tellement. Tu m’as tout donné. L’espoir et la foi. Tu as toujours pris soin de moi, tu étais toujours là pour moi. Je ne te décevrai pas, je te le promets. »
18 mars, Ramat Gan et le moshav Adanim
Au petit matin du 18 mars, Yaron et Ilana Moshe, un couple marié âgé de 69 ans, ont été tués lorsqu’une bombe à sous-munitions lancée par l’Iran a détruit leur maison à Ramat Gan.
Les premiers intervenants ont déclaré avoir trouvé le couple juste devant leur abri. Selon eux, ils n’auraient pas eu le temps de l’atteindre à temps : Yaron marchait avec un déambulateur et ne pouvait pas se déplacer très rapidement.
D’après les témoignages des voisins, le couple vivait discrètement et ne se mêlait pas beaucoup aux autres. Ils étaient néanmoins très attachés l’un à l’autre.
Un voisin, Chen Amir, a raconté à la chaîne publique Kan qu’il s’agissait de « deux personnes âgées, de bons voisins. On les voyait souvent : elle l’emmenait à ses rendez-vous médicaux et le ramenait tous les jours. C’était un couple très uni. » Ni les membres de la famille du couple ni leurs proches n’ont fait de déclaration aux médias, ni publié de photos d’eux.
Quelques heures plus tard, le 18 mars, Chaiwat Waewnil, 33 ans, a trouvé la mort lorsqu’un missile à sous-munitions iranien a frappé le moshav Adanim, dans le centre d’Israël, où il travaillait.
Selon le ministère thaïlandais du Travail, Waewnil était employé depuis l’année précédente dans une exploitation de pommes de terre à Adanim. D’après les médias thaïlandais, il était originaire de la province de Chaiyaphum, dans le centre-nord-est de la Thaïlande.
L’association à but non lucratif Hotline for Refugees and Migrants a indiqué que Waewnil avait été tué lors de l’impact de la bombe à sous-munitions sur le hangar dans lequel il se trouvait. Il laisse dans le deuil son épouse et un enfant. Son corps a été rapatrié en Thaïlande, où il a été incinéré à l’issue d’une cérémonie.
27 mars, Tel Aviv
Vyacheslav Vidmant, 52 ans, originaire d’Ashdod, a été tué le 27 mars par une sous-munition provenant d’une bombe à fragmentation iranienne. Il montait la garde sur le site de l’impact d’un missile à Tel Aviv, là où Mary Ann Velasquez De Vera avait trouvé la mort un mois auparavant.
Vidmant avait quitté la Biélorussie pour Israël en 2001. Il était employé par la municipalité de Tel Aviv, qui l’avait chargé de surveiller le bâtiment endommagé pour éviter les pillages. Selon les premiers intervenants, Vidmant n’a pas cherché à se mettre à l’abri lorsque l’alerte au missile s’est déclenchée.
Sa fille, Yana, a confié au journal Maariv que son père ne travaillait que depuis une semaine dans le domaine de la sécurité à Tel Aviv. Il était auparavant employé au port d’Ashdod.
« Il savait tout faire, il avait des mains en or. C’était un homme de travail », a-t-elle raconté.
Yana a expliqué au site d’information Ynet que leurs relations avaient été tendues ces dix dernières années, et qu’ils n’étaient plus en contact. « Je n’aurais jamais pensé que nous ne pourrions pas nous dire au revoir. »
5 avril, Haïfa
Quatre membres d’une même famille ont perdu la vie lorsqu’un missile balistique iranien s’est abattu sur leur domicile à Haïfa, le 5 avril. Ce n’est que le lendemain matin que leurs corps ont été retrouvés, au terme d’une opération d’extraction particulièrement complexe menée sur le site de l’impact.
Les quatre victimes étaient Vladimir Gershovich, 73 ans, son épouse Lena Ostrovsky Gershovich, 68 ans, leur fils Dimitri (Dima) Gershovich, 42 ans, et son épouse Lucille Jean Gershovich, 29 ans.
Vladimir et Lena avaient quitté l’Ukraine pour s’installer en Israël dans les années 1990 en compagnie de leur fils unique, Dima. Ils vivaient à Haïfa. Dima avait rencontré Lucille Jean lors d’un voyage aux Philippines ; le couple s’était marié en 2024 et vivait à Herzliya.
Ses proches ont indiqué que Vladimir, hospitalisé ces dernières semaines, n’était rentré chez lui que le jour même de la tragédie. Dima et Lucille Jean étaient venus à Haïfa pour l’aider à se réadapter à la vie à domicile.
Vladimir, expert en technologie à la retraite, travaillait auparavant au Technion, avant d’intégrer une petite entreprise du secteur. Lena était une professeure de chant et d’élocution réputée au Nissan Nativ Acting Studio.
Dima était employé dans l’entreprise technologique JFrog et Lucille Jean travaillait comme assistante dans une crèche de Tel Aviv, a rapporté le site d’information Ynet. Vladimir, Lena et Dima ont été inhumés ensemble à Haïfa. Le corps de Lucille Jean a quant à lui été rapatrié aux Philippines pour son enterrement.
Lors des funérailles, Olga, une membre de la famille, a rendu hommage à ce « couple qui aimait la vie ».
« Votre maison regorgeait d’œuvres d’art du monde entier », a-t-elle déclaré. « L’amour que vous vous portiez les uns aux autres était une source d’inspiration. Vous répandiez la lumière partout autour de vous. La patience qui caractérisait votre famille était digne d’admiration. Quand Dima nous a parlé de Lucille, nous nous sommes réjouis ; ils étaient tellement impatients de fonder une famille ensemble. »
« Vous nous manquerez profondément, à toute la famille, aujourd’hui et pour toujours », a ajouté Olga.
Quatre femmes palestiniennes ont également été tuées le 18 mars, lorsqu’une bombe à sous-munitions iranienne a frappé un salon de mariage situé dans le village de Beit Awwa, non loin d’Hébron. Il s’agit de Sahira, Amal, Aseel et Mais Masalma, âgées respectivement de 50, 36, 32 et 17 ans.
Par ailleurs, deux Israéliens ont trouvé la mort lors d’attaques à la roquette lancées par le Hezbollah sur le nord du pays : Nuriel Dubin, 27 ans, et Uri Peretz, 43 ans. Ofer Moskowitz, 60 ans, a quant à lui été tué par un tir accidentel de l’armée israélienne dans le nord.
Dans le même temps, 12 soldats de l’armée israélienne ont perdu la vie lors de combats contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah dans le sud du Liban.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.