Hommage à l’aviculteur Ofer Moskovitz, tué par un tir israélien
Résident de longue date du kibboutz Misgav Am, le cultivateur d'avocats et porte-parole plus connu sous le nom de "Poshko" s'occupait de sa communauté et de ses vergers même tout brûlait autour de lui
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Il y a de cela onze jours, j’ai envoyé un texto et discuté avec Ofer Moskovitz, producteur d’avocats de son état mais aussi porte-parole du kibboutz Misgav Am, où il vivait depuis 43 ans.
Dimanche matin, Moskovitz est mort à l’âge de 60 ans, tué par une roquette tirée depuis le Liban qui s’est écrasée sur la voiture à bord de laquelle il se trouvait. Le Hezbollah a revendiqué l’attaque, tout en précisant qu’il visait des soldats.
L’armée israélienne a ensuite indiqué qu’elle enquêtait pour déterminer si ses propres soldats ont causé sa mort.
Selon le média Ynet, il avait déclaré vendredi dernier à l’antenne d’une radio de Haïfa : « Je peux prendre une roquette ou un drone à tout instant. C’est la roulette russe. »
Moskovitz m’avait dit qu’il était retourné dans sa plantation d’avocatiers, où de jeunes arbres étaient en train de pousser, mais qu’il trouvait étrange de se savoir épié par des terroristes du Hezbollah, de l’autre côté de la frontière.
Moskovitz m’avait raconté être allé près du poste de guet, non loin du kibboutz, d’où l’on pouvait voir le Liban et même prendre des photos du drapeau du Hezbollah suspendu dans les maisons, de l’autre côté de la frontière.
« Ils peuvent me voir, tout comme moi », m’avait-il dit.
Moskovitz était une personne haute en couleurs : cela m’avait frappée dès nos premiers messages sur WhatsApp et nos conversations téléphoniques.
« Appelle-moi Poshko », m’avait-il demandé, « c’est comme ça que tout le monde m’appelle. C’est un prénom, comme Madonna ou Rihanna. »
Sur son profil Instagram, il se disait « père, grand-père, agriculteur, photographe, animateur radio à l’antenne de la radio de la Haute Galilée et porte-parole de Misgav. »
La première fois que nous avons parlé, je lui avais demandé si un missile était tombé dans l’un de ses vergers d’avocatiers, à une centaine de mètres de la ligne bleue désignée par l’ONU marquant la frontière avec le Liban.
Non, m’avait-il répondu, « Dieu merci. »
Moskovitz m’avait dit croire en la force et la volonté de l’armée israélienne, et lui faire confiance lorsqu’elle disait aux habitants du nord qu’elle avait éloigné le Hezbollah de la frontière et que les habitants pouvaient revenir. Ce qui était arrivé deux ans après l’évacuation des riverains, du fait des tirs de missiles et de drones et de crainte d’une attaque terrestre du Hezbollah, suite au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.
Moskovitz disait de Misgav Am et du nord en général que c’était une « communauté formidable ».
Il disait prendre régulièrement des nouvelles des membres du kibboutz les plus âgés, s’assurer qu’ils puissent accéder à un abri lors des frappes du Hezbollah, et aimait parler de l’entraide qui régnait entre eux.
Chaque matin, Moskovitz faisait une trentaine de minutes de route depuis sa maison de Misgav Am jusqu’à ses plantations pour prendre des nouvelles de ses ouvriers agricoles thaïlandais, dont l’un aimait tellement la région qu’il était revenu avec un ami après avoir travaillé pour Moskovitz dix ans plus tôt.
Il me disait dit que les travailleurs thaïlandais n’avaient jamais peur et couraient rarement aux abris lorsqu’ils travaillaient dans les champs.
« Ils font des vidéos pour leur famille pendant ce temps-là », m’avait-il dit.
Nous avions beaucoup ri en parlant des avocats. Moskovitz cultivait des avocats Hass — les petits, en forme de galets, très recherchés par les Israéliens — mais nous nous étions dit que nous préférions tous les deux l’Ettinger, plus gros et lisses et aussi plus charnus.
Lorsque nous avions parlé au téléphone, Moskovitz m’avait dit son amour pour Misgav Am, où il avait débarqué en faisant son service dans les rangs de Nahal en 1983. Ensuite, il s’y était marié et c’est là que ses trois filles ont grandi.
L’une de ses filles venait d’accoucher, une semaine plus tôt, faisant de Moskovitz le grand-père de deux petits-enfants.
Il m’avait annoncé que deux de ses filles voulaient revenir vivre à Misgav Am pour y élever leurs enfants, mais que ces nouveaux tirs de roquettes du Hezbollah les faisaient hésiter.
« C’est dur à entendre », m’avait-il confié. « Je leur ai dit : ‘Faites ce que vous avez à faire, je viendrai vous voir où que vous soyez.’ »
« Aujourd’hui, nous avons perdu Poshko »
Dimanche matin, à 8 heures, lorsqu’est tombée la nouvelle de la frappe de roquettes du Hezbollah, j’ai relu les messages que lui et moi nous étions envoyés sur WhatsApp, ce qui m’a rappelé qu’il disait être sur la route à cette heure-là, en direction de ses plantations d’avocatiers qui commençaient tout juste à fleurir.
« C’est rassurant de voir ça », m’avait-il dit à propos de ces fleurs blanches.
J’ai immédiatement écrit à Amit Fahima, un autre agriculteur, celui qui m’a fait connaître Moskovitz. Il m’a répondu : « Aujourd’hui, nous avons perdu Poshko. »
Agriculteur, photographe dans l’âme, porte-parole de Misgav Am, Moskovitz était avant tout la voix, puissante et honnête, du nord.
Profondément lié à sa terre, à sa communauté et aux habitants qui l’entouraient, Moskovitz a continué de s’occuper de ses vergers malgré la guerre, dans une relation que seuls les vrais agriculteurs peuvent comprendre. Il connaissait chacun de ses arbres.
L’agriculture n’était pas que son travail : c’était sa passion, et la relation qui l’unissait à sa terre était profonde et forte.
Il vivait avec la peur de la guerre, comme les autres. Pourtant, chaque matin il se levait et sortait s’occuper de ses avocatiers, même si les champs autour de lui étaient en flammes.
Il était fort, honnête et assez courageux pour dire la vérité : « J’ai l’impression de jouer constamment à la roulette russe. » Ce qui ne l’a pas empêché de rester.
Le nord a perdu une voix puissante, ce dimanche, un vrai mensch, un agriculteur passionné et un ami cher.
la Communauté du Times of Israël !







