Rambam nie toute maltraitance d’un soldat blessé par du personnel arabe après que ses proches ont donné l’alerte

Selon ses proches, un soldat s'est vu refuser de l'eau et a été malmené par des soignants arabes à l'hôpital de Haïfa, des propos amplifiés par des députés d'extrême droite ; selon l'hôpital et des députés, ces accusations relèvent du racisme

Des professionnels de santé utilisant un respirateur à l'hôpital Rambam, dans la ville de Haïfa, au nord du pays, le lundi 27 juillet 2020 (AP Photo/Oded Balilty)

L’hôpital Rambam de Haïfa a démenti dimanche les accusations de négligence médicale qui ont été portées par les proches d’un soldat récemment blessé au Liban, qui reprochaient au personnel arabe de l’établissement de l’avoir maltraité.

Ces accusations ont très vite trouvé un écho auprès des responsables politiques d’extrême droite. Les députés arabes, pour leur part, ont réagi en affirmant que cet incident témoignait une nouvelle fois du racisme généralisé à l’encontre des Arabes israéliens – pourtant largement intégrés au système de santé israélien.

L’un des plaignants, Yehoshua Shani, président du Forum Gvura, une organisation de droite qui regroupe les familles de soldats tués au combat à Gaza et père du défunt capitaine Ori Mordechay Shani, est également l’oncle de l’un des quatre soldats qui ont été gravement blessés la semaine dernière par un engin explosif dans la ville de Majdal Zoun, au sud du Liban.

Dimanche, Shani, sur le réseau social X, a accusé le personnel infirmier de l’équipe de nuit de l’hôpital, qu’il a présenté comme « parlant arabe », d’avoir privé son neveu, Eitan, d’eau et de l’avoir retourné dans son lit « comme une crêpe », en lui cognant apparemment la tête contre le lit.

Selon Shani, Eitan était sous sédatifs et sous respirateur artificiel jusqu’à samedi. Cette nuit-là, le personnel hospitalier a demandé aux membres de la famille de partir, comme il est d’usage dans les unités de soins intensifs.

Mais Shani a présenté cette mesure de routine comme alarmante, arguant que les soldats avaient été laissés aux seuls soins du personnel médical arabophone.

« Toutes les familles ont été priées de quitter le service à un moment donné, et les portes ont été verrouillées », a raconté Shani. « Il faut bien comprendre la situation : quatre soldats de l’armée israélienne gravement blessés, tout juste de retour du combat au Liban, se retrouvent seuls derrière des portes verrouillées, sans leurs proches, sous la seule surveillance d’un personnel de garde arabe. »

Illustration : des soldats israéliens et des équipes de secours attendent l’arrivée d’un hélicoptère transportant un soldat blessé depuis le Liban à l’hôpital Rambam de Haïfa, le 12 avril 2026. (Sharon Leibel/Flash90)

David Chesterman, le frère de ce même soldat blessé, a formulé des allégations similaires sur Instagram.

« Dans la nuit, une nouvelle équipe est arrivée dans le service, composée exclusivement de personnes parlant arabe », a écrit Chesterman en légende d’une série de photos montrant du matériel hospitalier. « Ils ont fait sortir toutes les familles, puis ils ont verrouillé les portes. »

Chesterman, après qu’un soignant a refusé de laisser la famille entrer dans la chambre de son frère, a dit avoir forcé le passage.

« J’ai enfoncé la porte, pour m’assurer qu’il allait bien. Ce n’était pas le cas. Il réclamait de l’eau, mais il n’y avait personne », a indiqué Chesterman. « Il m’a chuchoté qu’ils l’avaient brutalement retourné dans son lit ‘comme une crêpe’, que sa tête avait été violemment projetée contre le lit, et que tout le monde s’en fichait. »

Ces accusations ont rapidement été reprises par des responsables politiques d’extrême droite et populistes. Le ministre de la Défense, Israel Katz, est alors intervenu ; il a ordonné à l’armée israélienne d’enquêter sur l’incident, en coordination avec toutes les parties concernées.

Le ministre de la Défense nouvellement nommé, Israel Katz, s’entretient avec le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d’une séance plénière à la Knesset, à Jérusalem, le 8 novembre 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je prends très au sérieux les témoignages qui ont été rendus publics quant aux traitements réservés aux soldats blessés de l’armée israélienne à l’hôpital », a déclaré Katz. « Ces soldats héroïques, blessés alors qu’ils défendaient l’État d’Israël, méritent les meilleurs soins, le plus grand dévouement et un comportement respectueux, tant pour eux-mêmes que pour leurs familles. »

« J’ai demandé à l’armée israélienne de mener immédiatement une enquête approfondie sur toutes les allégations qui ont été formulées, auprès de l’hôpital et des parties concernées », a-t-il ajouté.

Le ministre de la Sécurité intérieure d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, a également condamné les mauvais traitements présumés, appelant à l’ouverture immédiate d’une enquête.

« Si ces témoignages inquiétants concernant l’hôpital Rambam sont avérés, alors il s’agit d’un véritable scandale qui devrait alarmer les citoyens israéliens », a écrit Ben Gvir sur X.

« Ces témoignages exigent une enquête immédiate, approfondie et exhaustive, afin de déterminer notamment si, dans certains cas, nous sommes en présence de harcèlement à caractère nationaliste », un acte considéré comme du terrorisme par les services de sécurité israéliens, a-t-il précisé.

Vue d’ensemble de l’hôpital Rambam à Haïfa, dans le nord d’Israël, le 10 mars 2026. (Yossi Aloni/Flash90)

De son côté, l’hôpital Rambam a rejeté ces accusations après avoir mené sa propre enquête sur l’incident. Dans un communiqué, il a déclaré que « tous les patients, et a fortiori les soldats de l’armée israélienne, bénéficient de soins professionnels, de grande qualité, prodigués par une équipe médicale compétente et expérimentée ».

« Nous prenons chacune de ces allégations très au sérieux. Nous menons des enquêtes approfondies sur ce type de plaintes. Après avoir examiné l’incident, nous avons conclu que les allégations selon lesquelles le patient aurait été traité de manière inappropriée étaient infondées », a affirmé l’hôpital.

Une diffamation dangereuse

La réaction de l’hôpital a suscité les critiques de certains de ses propres employés arabes, qui ont fait part au quotidien Haaretz de leur déception de ne pas avoir été défendus publiquement par l’institution contre ce qu’ils considérèrent comme des accusations plus générales à l’encontre des professionnels de santé arabes.

« En réalité, c’est une attaque contre l’ensemble du personnel médical arabe », aurait dit un professionnel de santé. « Cette absence de tout soutien clair, public et sans équivoque de la part de l’hôpital est insultante et décevante. »

La directrice générale de Rambam, le Dr Michal Mekel, a néanmoins cherché à rassurer ses employés en interne. Elle a envoyé un e-mail au personnel, dans lequel elle condamnait « toute tentative de généralisation ou de division des membres du personnel sur la base de la langue, de l’origine ou de l’identité ».

Dr. Hagai Levine. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Mais pour les employés arabes, l’absence d’une telle prise de position en public reste source de colère.

Lundi, le professeur Hagai Levine, président de l’Association israélienne des médecins de santé publique, a pour sa part condamné dans un communiqué les accusations portées contre le personnel médical de l’hôpital Rambam, les dénonçant comme une « dangereuse diffamation ».

« Les fausses accusations portées contre l’hôpital Rambam mettent à mal l’ensemble du système de santé », a affirmé Levine. « Les mensonges diffusés sur les réseaux sociaux au sujet des soins prodigués à Rambam ne sont pas simplement des “fausses informations”. Il s’agit d’une diffamation dangereuse, qui vise à détruire de l’intérieur l’unique système qui fonctionne encore comme un havre de bon sens et d’égalité en Israël. »

Lorsque des responsables politiques portent des accusations sans fondement contre des hôpitaux et leur personnel arabe, a fait valoir Levine, « ils ne nuisent pas seulement au personnel médical arabe, mais à chaque patient, qu’il soit juif ou arabe, qui franchit les portes de l’hôpital. Les éléments marginaux qui attisent ces tensions à des fins politiques commettent un acte honteux. »

« Les professionnels de santé israéliens ne resteront pas les bras croisés. Les équipes de Rambam, juives et arabes, ont sauvé des vies et continueront à le faire, même sous les tirs. Notre santé à tous dépend de cette confiance. Ensemble, nous recommencerons à construire », a-t-il conclu.

Le président du parti Hadash-Taal, Ayman Odeh, assiste à une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Réagissant à cette controverse, Ayman Odeh, chef du parti radical à majorité arabe Hadash-Taal, a exprimé son soutien au personnel de l’hôpital Rambam et a vivement critiqué Katz et Ben Gvir pour leurs propos.

« L’hôpital Rambam de Haïfa, ma ville, soigne tous les êtres humains, quelle que soit leur identité ou leur religion », a-t-il écrit sur X.

« Il n’est pas étonnant que Katz et Ben Gvir, deux pitoyables clowns qui ont échoué à maintes reprises dans tout ce qu’ils ont entrepris au cours de leur vie, tentent aujourd’hui de s’en prendre précisément à ce que cet hôpital incarne : le professionnalisme plutôt que l’incitation à la haine, la solidarité plutôt que le racisme, et l’humanité plutôt que la barbarie », a ajouté Odeh.

« Votre travail, votre professionnalisme et la solidarité que vous incarnez sont la meilleure réponse à tous les kahanistes », a-t-il poursuivi.

Le député Ahmad Tibi (Taal), gynécologue de profession, a quant à lui publié un message dans lequel il a raconté comment une femme avait refusé qu’il mette son bébé au monde alors qu’il travaillait à l’hôpital Hadassah du Mont Scopus, à Jérusalem.

« Les racistes ont toujours existé, mais il y a toujours eu une solution. Il suffit d’être humain », a-t-il souligné.

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