L’armée « réprimande sévèrement » un commandant pour avoir critiqué Netanyahu
Halevi a dit au général Goldfus que ses remarques avaient 'porté atteinte à la dignité de Tsahal et aux frontières entre les échelons politiques et militaires' ; excuses de Goldfus
Vendredi, Tsahal a annoncé que le général de brigade Dan Goldfus, commandant de la 98e division de l’armée israélienne, avait reçu une « réprimande sévère » de la part du chef d’état-major suite à des remarques non-approuvées par ses responsables. « Le chef d’état-major a sévèrement réprimandé le commandant de division pour avoir agi contrairement à ce qui était attendu d’un commandant supérieur de Tsahal », a déclaré l’armée.
Le lieutenant-général Herzi Halevi a déclaré que Goldfus avait « abusé de la confiance placée en lui d’une manière qui a porté atteinte à la dignité de Tsahal et aux distinctions entre les échelons politiques et militaires d’un pays démocratique ».
Le chef d’état-major a également déclaré qu’il « apprécie son professionnalisme et sa profonde contribution à Tsahal, certainement pendant la guerre de ces derniers mois, mais cela ne l’autorise pas à se comporter comme il l’a fait ».
Selon Tsahal, Goldfus a accepté la réprimande de Halevi, a reconnu que ses actions étaient erronées et contraires au protocole militaire, et s’est excusé.
Selon une information publiée jeudi, le haut-responsable de l’armée israélienne qui a défrayé la chronique cette semaine en critiquant l’attitude des politiciens avait déjà fait part de ses inquiétudes au Premier ministre Benjamin Netanyahu, peu de temps après le massacre du Hamas du 7 octobre qui a déclenché la guerre, au sujet des divisions qui fracturent le pays.
En dénonçant, mercredi, l’existence de luttes intestines et l’extrémisme qui règne au sein du gouvernement, Dan Goldfus en a fait sourciller plus d’un, particulièrement lorsqu’il a appelé les politiciens « à être dignes de nous. Vous devez être dignes des soldats qui ont donné leur vie. Il faut être digne des réservistes qui ne font, eux, pas de [politique] et se battent, les uns avec les autres ».
Il a tenu ces propos à la toute fin d’un discours annoncé sur l’action de sa division à Khan Younès, dans le sud de Gaza. La première partie de son allocution avait été validée par les services du porte-parole de Tsahal mais pas la seconde, ce qui lui a valu une convocation par le chef d’état-major, Herzi Halevi, pour une « clarification », a fait savoir l’armée.
Dans les extraits vidéo diffusés jeudi par la Douzième chaîne, on entend Goldfus parler à ses soldats, plusieurs semaines après le début de la guerre, de sa rencontre avec Netanyahu à la base militaire de Mahane Bilu, quelques jours après l’attaque dévastatrice, et des critiques qu’il lui a faites.
« Je ne savais pas trop ce que j’allais lui dire. J’ai choisi trois messages importants pour moi », a-t-il dit aux soldats. « Je lui ai dit : monsieur le Premier ministre, avant la guerre dans laquelle nous sommes entrés, il existait une autre guerre. Dans cette guerre, nous étions en train de nous entretuer », allusion aux dissensions nées du projet de loi de refonte judiciaire.
« Nous nous sommes faits beaucoup de mal les uns aux autres. Nous nous sommes parlé de manière irrespectueuse. Cela ne peut pas continuer. Nous sommes des soldats, nous nous battons. Et nous nous battrons là où vous nous direz de le faire. Mais nous voulons être sûrs que nous retrouverons un pays différent, après la guerre. Sans guerres intestines… au cours desquelles nous nous étripons entre nous », a-t-il dit.
S’agissant de son deuxième message à Netanyahu, Goldfus dit lui avoir « pris fermement la main et dit : monsieur le Premier ministre, regardez-moi dans les yeux ». « Je sais que vous avez vu ces voitures entrées dans Bilu, toutes ces colonnes de véhicules. Il est impossible de ne pas les voir. Des centaines de voitures, des kilomètres de voitures. Il y avait plus de réservistes qu’il n’en fallait : ils sont tous venus. Personne n’a hésité ne serait-ce qu’un instant », disant des réservistes qu’ils sont « l’assurance-vie » du pays.
Les ministres du gouvernement Netanyahu avaient eu des mots très durs, à l’époque, envers les réservistes qui avaient cessé d’effectuer leurs périodes de réserve et leurs entrainements en guise de protestation contre la loi de refonte judiciaire. Mais lorsque la guerre a éclaté et que l’armée a rappelé ses réservistes, elle a, de son propre aveu, « mobilisé [plus] de réservistes [et plus] rapidement que jamais – 300 000 en l’espace de 48 heures ».
Goldfus a également dit trois mots en anglais au Premier ministre : « Make it worth [it] », qu’il a repris dans son discours de mercredi.
« J’ai utilisé ma culture générale en lui disant une phrase en latin, Ex unitate vires, qui signifie ‘De l’unité, de la force’. Je crois beaucoup à l’humain. Je crois beaucoup en nous. Je sais que nous vaincrons tout ce qui se mettra sur notre route », a-t-il poursuivi.
Goldfus assure avoir refusé de répondre à une question sur sa confiance envers ses propres commandants, évoquant la méfiance et les « coups de poignard dans le dos » entre officiers pendant la deuxième guerre du Liban, en 2006.
« Je n’ai pas l’intention d’entrer dans ce débat. Je ne veux pas remettre les pieds là-dedans. Je m’occupe de ce qui se passe ici et maintenant et de notre état de préparation à la guerre. »
L’officier supérieur a par ailleurs rappelé à ses soldats que la vengeance n’était pas le but de la guerre et que les soldats devaient respecter les valeurs de Tsahal.
« [L’objectif] est de vaincre l’ennemi. Ce qui n’est en rien contradictoire avec le respect des valeurs militaires israéliennes. Bien au contraire », a-t-il déclaré. « Nous ne sommes pas des meurtriers, nous sommes des soldats. »
La guerre a commencé le 7 octobre dernier, lorsque des milliers de terroristes du Hamas ont attaqué le sud d’Israël sous une pluie de roquettes tirées sur des centres de population dans tout le pays. Ces hommes armés ont brutalement tué 1 200 personnes, sans oublier les cas de torture et de viols, et fait 253 otages. Israël a riposté en déclarant rapidement la guerre au Hamas afin de renverser son régime à Gaza et de libérer les otages.
Emanuel Fabian a contribué à cet article.
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