JTA — Le mois dernier, lorsque Mickey Gitzin est arrivé à New York avec ses deux fillettes et quelques manteaux d’hiver emballés à la hâte en Israël, il s’apprêtait à endosser un rôle qui aurait jadis paru improbable pour l’organisation qu’il dirige aujourd’hui.
En décembre, Gitzin, âgé de 44 ans, a été nommé président directeur général par intérim du New Israel Fund (NIF), alors que le directeur général de longue date, Daniel Sokatch, entame une année sabbatique.
Gitzin prend ainsi la tête d’un organisme qui finance des organisations juives et arabes progressistes en Israël, souvent en désaccord avec le gouvernement de l’État juif. C’est en raison de ces désaccords que le NIF a été vilipendé par la droite israélienne et ses alliés aux États-Unis, qui le qualifient de dangereusement radical, voire de traître.
Et pourtant, aujourd’hui, alors qu’Israël est dirigé par le gouvernement le plus à droite de son histoire et que l’antisionisme gagne du terrain au sein de la gauche américaine, le NIF se trouve dans une position certes différente, mais non moins précaire : il s’applique à défendre un espace dans le courant dominant juif qui critique farouchement la politique israélienne tout en affirmant une version du sionisme qui s’aligne sur l’égalité démocratique.
« Le NIF a toujours été à l’avant-garde des idées libérales progressistes, qui sont ensuite reprises par le courant dominant », a déclaré Gitzin, qui est le premier Israélien à diriger l’organisation, au cours d’une interview sur Zoom. « Notre objectif n’est pas d’être le courant dominant. Nous sommes là pour pousser le courant dominant. Mais pour y parvenir, il faut être en contact avec lui et ne pas l’abandonner. Ce qui nous place sur une ligne très, très fine. »
Dans cette position, le NIF se retrouve exposé aux critiques des deux côtés. Pour certaines parties de la gauche américaine, le sionisme, quelle que soit sa forme, est incompatible avec la démocratie et les droits humains des Palestiniens et des autres minorités. Dans de nombreux secteurs du centre juif, les bénéficiaires du NIF révèlent des maux politiques et sociaux en Israël qu’ils préféreraient ne pas voir – et qu’ils ne veulent pas diffuser au reste d’un monde déjà hostile.
Et pourtant, Gitzin affirme que le NIF reflète la véritable position de nombreux Juifs américains, qui sont horrifiés par le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, dévastés par la destruction de Gaza, et isolés par un discours qui exige une allégeance totale à un récit ou à un autre.
« Les gens souhaitent pouvoir agir en accord avec leurs valeurs », a-t-il indiqué. « Nous avons une histoire très forte à raconter, celle de l’Israël qui est capable de se soucier de l’État d’Israël et de se battre pour lui, et de se soucier aussi de la notion d’égalité entre Juifs et Palestiniens. »
Né en Israël de parents immigrés venus de l’ancienne Union soviétique, Gitzin a grandi à Azor, une ville ouvrière en plein essor située au centre d’Israël. Sa première rébellion, se souvient-il, l’avait conduit à s’opposer aux positions politiques de ses parents, qui étaient de droite. Son propre éveil politique est venu tardivement, renforcé par son service en tant qu’officier du renseignement dans l’armée israélienne. Il avait alors travaillé sur les affaires palestiniennes pendant les négociations de Camp David et la deuxième Intifada.
Cela « m’a permis de saisir toute la complexité des relations entre Israéliens et Palestiniens, de comprendre le rôle joué par Israël, et toutes les occasions manquées tout au long du processus », a-t-il expliqué.
Plus tard, en tant qu’émissaire de l’Agence juive à South Bend, dans l’Indiana, Gitzin a découvert un monde juif américain qui a bouleversé ses préjugés sur la politique libérale et la pratique religieuse juive, que de nombreux Israéliens laïques considèrent souvent comme incompatibles. « J’ai pu passer avec bonheur d’une communauté à l’autre, ce que je n’avais jamais pu faire en Israël », a-t-il fait remarquer.
Revenu en Israël, Gitzin a fondé une organisation axée sur la liberté religieuse, qui a ensuite pu bénéficier de subventions du NIF. Gitzin avait trouvé sa place au sein d’une institution. Il y a huit ans, il est devenu directeur exécutif du bureau israélien du NIF. Une période qui a coïncidé avec certaines des attaques les plus virulentes que l’organisation ait jamais subies.
Ces attaques, bien que plus intenses, n’avaient rien de nouveau. Depuis les années 1980, les critiques du NIF accusent l’organisation de nuire à Israël en finançant des groupes de défense des droits de l’Homme qui promeuvent des positions opposées à l’État juif. En 2010, l’organisation de droite Im Tirtzu a déclaré que les bénéficiaires de subventions du NIF aidaient des groupes hostiles à l’étranger à monter leur dossier contre Israël. Parmi ces bénéficiaires figurait le groupe de défense des droits humains controversé B’Tselem, qui affirmait se contenter de signaler les violations des droits de l’Homme et laisser les autres tirer leurs propres conclusions.
À l’époque, le NIF a répondu que les groupes politiquement engagés, notamment B’Tselem, ne représentaient qu’une fraction de ceux qui recevaient son aide, citant d’autres bénéficiaires, parmi lesquels l’Association pour les droits civils, le groupe pro-démocratie Mehazkim, la coalition de la société civile Citizens HQ et le Religious Action Center, une branche du mouvement réformé chargée des politiques publiques.
Plus récemment, le NIF a également dû faire face aux critiques du cabinet du Premier ministre. Netanyahu, en 2018, a en effet reproché à l’organisation d’avoir contrecarré son projet d’expulser les demandeurs d’asile africains. La même année, il a accusé le NIF d’affaiblir Israël en s’opposant à la loi sur l’État-nation, qui privilégie l’identité nationale juive par rapport à l’égalité des droits civiques pour les Israéliens non juifs.
« Cela a été très déroutant pour l’organisation », a raconté Gitzin. « Notre objectif est de faire le bien. Et tout à coup, nous nous sommes retrouvés confrontés à cette attaque. »
La réponse de l’organisation, a-t-il ajouté, a été de se réorganiser et de cesser d’esquiver chaque attaque individuelle ou de tenter de convaincre les critiques que la mission du NIF consistait à soutenir, sans idéologie, la « société civile » ou la « justice sociale ».
Le NIF, au lieu de cela, a clairement fait savoir qu’il entendait défendre la démocratie, la paix, la construction d’une société civile palestinienne, le partenariat judéo-arabe et la protection des droits humains. D’autres questions, notamment la justice économique et le pluralisme religieux, sont désormais moins prioritaires, a poursuivi Gitzin, qui a décrit ce processus comme « être poussé hors du placard ».
« En tant que personne sortie du placard, personnellement, en tant qu’homosexuel, je sais qu’il est extrêmement difficile d’être poussé hors du placard », a-t-il constaté. « Et une fois que vous êtes sorti, c’est le sentiment le plus puissant que vous puissiez éprouver. »
Grâce à ces éclaircissements, a-t-il déclaré, le soutien accordé au NIF en Israël s’est accru. Les dons provenant d’Israël ont également augmenté après les attaques de Netanyahu, a fait valoir Gitzin, les Israéliens libéraux considérant désormais le NIF comme faisant partie d’un combat plus général pour la défense des institutions démocratiques.
Selon le NIF, depuis 2023 — et en particulier après le 7-Octobre —, le nombre de donateurs a augmenté de plus de 7 000, passant d’environ 14 000 à plus de 21 000 en 2024. Le budget annuel de l’organisation en 2025 était de 28,5 millions de dollars, un chiffre qui ne comprend pas les fonds supplémentaires que gère le NIF provenant de cadeaux aux donateurs et de fondations familiales.
En 2025, le NIF a distribué plus de 12,8 millions de dollars de subventions de base à 97 bénéficiaires. Il a dépensé 3,7 millions de dollars supplémentaires pour le renforcement stratégique des capacités et la défense des intérêts en Israël.
Le NIF emploie 112 personnes, 42 aux États-Unis et 70 en Israël.
Le NIF, s’est vanté Gitzin, a été l’une des premières organisations à réagir aux atrocités du 7-Octobre, trouvant des hôtels pour les personnes évacuées d’Ofakim et d’autres villages. L’organisation a également collecté plus de 3 millions de dollars pour une campagne humanitaire visant à aider les civils de Gaza.
En Israël, le NIF a étendu son action à la Cisjordanie, finançant non seulement la défense juridique, mais aussi une « présence protectrice », apportant son soutien aux Israéliens et aux Palestiniens se présentant comme observateurs et manifestants dans les communautés palestiniennes menacées par la violence des résidents d’implantations. Selon Gitzin, il existe une campagne systématique et encouragée par l’État dont l’objectif est de chasser les Palestiniens de la zone C, le territoire entièrement contrôlé par Israël en Cisjordanie.
« Il ne s’agit pas d’erreurs », affirme-t-il. « C’est une politique. »
Gitzin est inquiet pour les dizaines de milliers d’Israéliens qui ont quitté le pays depuis le 7-Octobre. Pour lui, nombre d’entre eux sont des démocrates libéraux qui approuvent le programme du NIF. Il met en garde contre la montée de ce que lui et d’autres appellent le « kahanisme », un sionisme hypernationaliste associé à Meir Kahane, rabbin américain aujourd’hui décédé qui, à une époque, était rejeté même par la droite israélienne pour son radicalisme.
Selon Gitzin, les acolytes de Kahane, notamment les ministres d’extrême droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, rendent de plus en plus manifeste l’idée que « l’attaque contre Israël et la démocratie provient de l’entreprise d’établissement d’implantations et des résidents d’implantations ultranationalistes », aux côtés de « dirigeants populistes comme Netanyahu » et de forces « incapables de vivre en respectant la notion d’égalité ».
Interrogé sur l’avenir du sionisme libéral en Israël, Gitzin a souligné que le paysage politique évoluait de manière à créer de nouvelles opportunités – même si celles-ci sont limitées. Si la gauche traditionnelle n’est encore qu’une petite minorité, « la définition même de ce qui est de gauche ou non est en train de changer » a-t-il précisé, tout particulièrement depuis le 7-Octobre et, avant cela, depuis la proposition de réforme judiciaire du gouvernement, qui a déclenché des manifestations massives en faveur de la démocratie.
« Il existe un espace d’influence, là où davantage de personnes cherchent des réponses. On constate clairement le développement d’un camp de plus en plus important de personnes qui sont insatisfaites du gouvernement actuel, et qui s’identifient comme des démocrates libéraux », a-t-il commenté. « Notre mission consiste à les atteindre, et à essayer de les rapprocher de notre position. »
Les sionistes libéraux « ne seront jamais majoritaires », a-t-il reconnu. Toutefois, tirant les leçons de leurs adversaires idéologiques, il a affirmé que les résidents d’implantations n’ont jamais été majoritaires, mais qu’ils ont appris à exercer leur influence. C’est, selon lui, un modèle que devraient suivre les Juifs et les Arabes qui pensent qu’Israël a besoin d’une « vision différente de celle représentée par ce gouvernement ».
Renforcer cette vision aux États-Unis implique d’établir des ponts et de fixer des limites. D’après Gitzin, les employés et les bénéficiaires du NIF comprennent des citoyens juifs et palestiniens d’Israël, sionistes et non sionistes. Dans le contexte israélien, « non sioniste » désigne ceux qui ne soutiennent ni ne défendent activement un État juif, mais qui ne cherchent pas non plus activement à mettre fin à Israël. Le NIF, dit Gitzin, a plusieurs lignes rouges, refusant de soutenir les groupes qui prônent la violence, le racisme ou l’affiliation au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, ou BDS. « Nous ne soutenons pas ceux qui s’opposent activement à la notion de patrie du peuple juif », a-t-il en outre ajouté.
« Nous offrons un espace dans lequel sionistes et non-sionistes peuvent vivre et travailler ensemble, tant que nous partageons des idées telles que l’égalité, le partenariat, la recherche de la paix, etc. », a-t-il déclaré. Hors de cet espace, il y a ceux, tant à droite qu’à gauche, qui proposent des solutions « du fleuve à la mer » avec une domination exclusive soit des Juifs, soit des Palestiniens, en Israël proprement dit, à Gaza et en Cisjordanie.
En tant que PDG par intérim, Gitzin s’efforce encore de trouver ses marques dans un nouveau pays et dans un nouveau rôle. Il apporte cependant avec lui une sensibilité façonnée par les contradictions d’Israël, ainsi que par la conviction que s’éloigner, que ce soit du sionisme ou de la démocratie libérale, n’est pas une option.
« Israël m’offre, à moi personnellement, avec mon histoire familiale, une opportunité qu’aucun autre pays ne m’aurait jamais donnée. Je refuse de la gâcher », a-t-il affirmé. « Malgré ma critique extrême des politiques actuelles, je ne suis pas prêt à y renoncer. Israël est trop cher à mon cœur. »
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